Opération « Juliette-Siéra » Flux

Corruption : les militaires en ont marre !...

 

Notre élite militaire, mais aussi la base, commencent à en avoir franchement marre de la corruption des dirigeants politiques et la meilleure démonstration tient dans le témoignage de Jean-Louis Porchier, contrôleur général des armées, devant les parlementaires le 15 décembre 2009.

La déposition du contrôleur général des armées permet d’en savoir nettement plus sur le contrat Agosta de la vente de sous-marins au Pakistan signé le 21 septembre 1994 par le gouvernement Balladur :

http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20101210/1451617_cf56_pvporchier15122009.pdf

Le compte rendu de l’audition de Jean-Louis Porchier est absolument sidérante et met à mal toute défense future du ministre du Budget de l’époque.

Les lecteurs réguliers du site Alerte éthique connaissent tous les accusations que je porte contre François Mitterrand au sujet du détournement des indemnités de la guerre du Golfe et ils savent aussi que j’ai obtenu un soutien très important de la défense pour révéler et faire avancer le dossier.

C’est « l’Opération Haddock » telle est décrite dans le polar estival 2009 rédigé par « l’Ignoble Infreequentable » :

http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/op%C3%A9ration-juliette-si%C3%A9ra/

C’est le même type de source – militaire – qui m’a permis de prendre connaissance et de dénoncer le trafic de diamants du président "Valéry Gys-Car-Destin" que je viens de révéler sur ce blog :

http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/2010/12/le-trafic-de-diamants-du-pr%C3%A9sident-val%C3%A9ry-gys-car-destin.html

Les militaires sont naturellement soumis au pouvoir politique – c'est-à-dire à la voix du peuple -  mais cette soumission est tout de même conditionnelle : il faut que les élus méritent d’être leur respect, et nous en sommes bien loin…

Pour 2011, les tensions vont monter progressivement entre les militaires et les politiques et il faut s’attendre à un grand déballage qui laissera les Français effrayés de tant de manque de scrupule de notre élite politique.

Ce sera une nouvelle leçon de démocratie qui permettra d’améliorer le système démocratique et d’obtenir un meilleur contrôle des dirigeants par les citoyens.

 

« L’Amiral »

 


« l’Ignoble Infreequentable »

 

« L’Ignoble » est en train de mourir.

« L’Ignoble », c’est « l’Ignoble Infreequentable », mon partenaire dans la lutte contre la corruption des dirigeants politiques.

C’est lui qui a notamment rédigé « l’Opération Juliette-Siéra » à laquelle j’ai participé sous le pseudo de « Capitaine Haddock ».

C’est 520 emails envoyés, l’un à l’autre, principalement depuis avril 2010.

Un partenaire unique que je suis en train de perdre.

Il n’en a plus que pour 15 jours notre « Ignoble » :

http://infreequentable.over-blog.com/article-j-30-61289426.html

Je ne sais pas quel sera sa dernière blague, sa dernière révélation, ou son dernier texte, mais je mets en ligne le premier email qu’il m’a envoyé.

Histoire de rendre hommage à sa lucidité, à sa ténacité, à son humanité.

« L’Amiral »

 

 

L'arsouille !

Mercredi 11 mars 2009 15h50

 

Cher Monsieur,

A la recherche de quelques informations autour d'AZF, le groupe terroriste homonyme de la filiale de Total en jugement à Toulouse, suite à un rapprochement "audacieux" qu'a fait un des commentateurs de mon site www.infreequentable.over-blog.com avec les balles de 9 mm retrouvées ici et ailleurs récemment découvertes dans les courriers de quelques hautes personnalités, m'ont permis de trouver vos sites à vous (http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/) !

Et quelques ahurissantes révélations.

Qui pour l'être n'en sont que plus "raisonnables", tellement ce qui est le plus gros au milieu du visage, ne se remarque finalement pas !

Mais, comme j'ai encore au moins un neurone en fonction (celui du "nerf honteux", mais ne le dites à personne : on me prend pour génial, habituellement ! C'est vrai, mais dans d'autres domaines), je me pose quelques questions.

Que Le Koweït ait participé financièrement à l'opération "Tempête sur le désert", ça me paraît naturel et quasiment indiscutable.

Que la France y ait envoyé la division Daguet (nom du Lieutenant mort pour la libération de Paris sous mes fenêtres avenue du Maine : je sais pour passer devant la plaque commémorative tous les jours), malgré un ministre de la guerre (Le "Che", qui n'en a pas démissionné pour autant), c'est indubitable.

Qu'elle ait bénéficié de la "rançon de la victoire", c'est probable.

La preuve à contrario : on comprend mieux la "résistance" de "Vil-Pain" dix ans plus tard pour l'Irak, mais l'engagement de la troupe en Afghanistan.

L'un était gratuit mais ne s'imposait que pour l'administration Bush, celle du "fils à Papa", assise sur le mensonge des armes de destruction massive, alors que l'autre et d'œuvre d'utilité publique générale et planétaire.

Ca explique aussi l'élimination du dernier premier ministre du "Chi" et la hargne des poursuites judiciaires à son égard.
Après tout, il a peut-être essayé de faire "monter les enchères".

Sans succès.

Tout cela étaye votre dire.

Par contre, rien n'indique la destination des sommes putativement versées.
Que la DNEF et les Douanes n'y voient que du feu, c'est que tout simplement les sommes ne sont jamais rentrées sur le territoire Gaulois : rien d'anormal quant il s'agit de virement de "compte à compte" numérotés en Suisse par exemple...

Jusqu'au jour où le secret bancaire sera levé.

Personnellement, j'aurai été "Mythe-errant" et après l'affaire des frégates, naturellement que j'aurai pris des précautions supplémentaires, évitant de passer par des officines ayant pignons sur rue et le cortège de cadavre qui traine dans le sillage desdites frégates (dont la rumeur dit qu'elles sont au Qatar... racheté à Taiwan qui n'en avait de toute façon pas besoin ! Encore une affaire qui résiste, qui a tué Lagardère, mais a fait des remous jusque dans EADS récemment en passant par Clearstream où se débat "Vil-pain" à la marge).

Bref : Où sont donc ces sommes d'après vous ?

A quoi ont-elles servies entre temps ?

Parce que s'il est assez facile de faire "échapper" des sommes à "Tracfin et Cie", il est nettement plus long et difficile de les rapatrier sous le manteau.
Et je ne vois pas "Mythe-errant" s'être constituer une force exotique aussi importante en un seul "one shot" !

Ce n'est pas dans le personnage (des millions, oui, peut-être, mais des dizaines, voire des centaines, c'est trop gros pour son seul neurone à lui-même !), ce n'est pas au PS : trop surveillé, même si certains ont le train de vie dispendieux et somptuaire avec des montres au poigné qui valent quelques années d'indemnités parlementaires.

Ce n'est pas les "amis" qui en moins d'une vie sont capables d'accumuler des œuvres d'art récemment "vendue à la bougie" pour plus qu'il n'en faut pour un Musée national...

C'est autre chose, c'est ailleurs !

Avez-vous quelques pistes de réflexion ?...

Car ce ne sont pas non plus vos clippers...

Il faut donc savoir pour rendre la chose plus consistante, que l'on puisse déterminer le "mobile" (ou inversement) pour comprendre !

Le reste, vous savez, ça n'a pas bien d'importance, même si l'affaire du commando AZF est particulièrement géniale : Un vrai roman policier plus vrai que vrai !

Même dans les romans de gare, on n'en trouve pas de cette qualité là !

Si vous pouviez me répondre, de façon anonyme, car je ne suis ni journaliste, ni mandataire de quoi que ce soit, ni quelqu'un ayant la moindre importance dans la vie civile ou politique, ou policière, ou d'autre chose, mais juste quelqu'un de curieux.

Par contre, si vos réponses permettent de "construire" une hypothèse, même hallucinante, je me ferai un plaisir, en vous citant ou sans vous citer selon votre choix, d'apporter un éclairage sous forme d'un post comme l'été dernier...

cf. http://infreequentable.over-blog.com/archive-07-2008.html

et les "grandes aberrations" du 11 septembre 2001 :

http://infreequentable.over-blog.com/article-21609613.html

Vidéo “911 in plane 2/2”


911 in plane 2/2
envoyé par atmoh. - L'actualité du moment en vidéo. 

 

Mon site n'est qu'un passe temps anonyme (juste un numéro d'IP, une adresse mail et un code (je fais vivre plusieurs entreprises dont des crèches, des écoles de musique, une boîte de défiscalisation, et une autre de mécénat, mais ce qui m'amuse c'est de redresser des PME en difficulté sans licencier personne ! Rigolo comme tout...) et mon site n'est lu que par quelques milliers de personnes par semaine, trois fois rien sur les dizaines de millions de connexions/jours, d'autant que la prescription est courte mais que l'information reste en ligne de nombreuses années...
 
Pouvez-vous m'éclairer ?

Merci par avance et bien à vous !

I² (Pour Ignoble Infreequentable, bien sûr !)

 


Opération « Juliette-Siéra » (XXXIII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

 Trente-troisième chapitre : Fin de parcours

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Les figatelli sont ôtés du feu… c’est plus « âpre » que les langoustes à l’huile d’olive, filet de citron et herbes du maquis…

Le « Capitaine Haddock » imperturbable sait qu’il arrive en zone sensible : « Presque tous… Il y a bien entendu quelques rares courriers que je garde en confidentiel parce qu’ils sont très ciblés, mais, dans la grande majorité des cas, mes courriers sont mis en ligne afin de déstabiliser le pouvoir politique lorsqu’il est corrompu… Voyez-vous, le pouvoir c’est, d’abord, l’information. Les hommes de pouvoir ont toujours contrôlé l’information, mais internet permet de faire éclater des siècles de culture du secret d’État… La technique que j’emploie permet de mettre à nue la crapulerie de certains de nos dirigeants politiques… Ils perdent ainsi progressivement leur pouvoir… ».

Un putschiste sur le pont, entre les deux mâts dont les voiles poussent le bateau jusqu’à destination. On aura presque tout vu sur ce voilier. Manque plus qu’une attaque de pirates somaliens !

« Rappelez-vous ce que je vous ai dis à Malaga. Les dirigeants politiques savent très bien qu’ils ont dépassé la ligne rouge de la corruption et que les « services » ne pardonneront jamais la trahison du détournement des indemnités de la guerre du Golfe. Il est souhaitable que les politiques restent tranquilles. Ce n’est franchement pas recommandé de chercher des ennuis avec les forces spéciales… D’ailleurs les politiques se souviennent tous du groupe AZF… ».

Paul comprend que derrière la fanfaronnerie, le « Capitaine Haddock » ne rigole pas du tout.

Quand il s’agit de vie et de mort, des engagements des uns et des autres, du respect des règles éthiques, c'est-à-dire tout un ensemble de valeurs qu’il connaît bien puisqu’elles sont à la base de son propre engagement, les choses deviennent sérieuses.

« Cher capitaine, vous devez savoir que « l’Opération Haddock » n’est pas limitée à la défense. De nombreux fonctionnaires sont littéralement écœurés du niveau de corruption et de la médiocrité de nos dirigeants. Je dois vous avouer que cette opération comportait à l’origine un très haut cadre des douanes, Jean Renaudin, qui avait été l’un des cinq directeurs à compétence nationale de la Douane. Il avait été le directeur de la région Nord-Ouest. Je le connaissais très bien. C’était un authentique gaulliste, un grand serviteur de l’État, et il a apporté à « l’opération Haddock » des renseignements d’une extrême importance qui ont permis de définir la stratégie la plus adaptée. »

Ah ? Et de quoi s’agit-il ?

« La direction de la douane se trouve confrontée au même problème que l’état-major des armées : ils ont un devoir de réserve et sont soumis au pouvoir politique même si celui-ci est tordu ou malhonnête. Très prochainement, un ancien sous-officier de l’armée, « Marcel de Saint-Prière », champion de France de tir en 1991, remettra aux douanes des informations confidentielles sur le dossier de l’extinction des puits de pétrole du Koweït. Cette action sera le point de départ de l’Opération « Jean Renaudin ».

Gardez cela pour vous. Si les amiraux et les généraux sont révoltés par le détournement des indemnités de la guerre du Golfe, ils ne le sont pas moins que les sous-officiers. N’oubliez pas que nous avons régulièrement des blessés ou des tués dans nos opérations spéciales et que nos sous-officiers sont les premiers concernés sur le terrain.

D’ailleurs l’Union Nationale des Sous-officiers a écrit à « Garde-Là Kiki » pour demander des explications sur mes accusations à la suite du courrier de juin 2008. La réponse de la ministre à « Jean-Paul Rahan », président de l’association, est absolument stupéfiante ! »

Paul n’en doute pas une seule seconde…

« Vous êtes assis ? C’était du : « Nous ne pouvons pas confirmer ou infirmer les accusations du « capitaine Haddock ». Il faut tout de même le faire, non !... »

Bé oui, logique.

« Commandant, comment voulez-vous avoir une opinion éclairée, quand on est associée d’un cabinet d’avocat anglo-saxon, sur un truc que personne n’a vu passer, pas même les douanes ? Logique comme réponse !

A-t-on idée de demander aux douanes de vérifier des mouvements de fonds qui partent des EAU, de Doha, Dubaï ou Koweït-city et qui vont en Suisse, à Londres ou dans les îles Caïman sans franchir les poste de douanes frontaliers ? Faut être débile !

C’est comme demander au Pape la preuve que Dieu existe. Le pauvre, il ne l’a jamais vu ! Donc les services ne peuvent ni affirmer ni confirmer. »

Une nouvelle fois, imperturbable, le « Capitaine Haddock » poursuit…

« Si ça sort, les douanes seront alors confrontées à un dossier explosif et devront aller chercher des infos auprès de leurs collègues suisses, de Tracfin, etc.… Ils découvriront rapidement le « Pot aux Roses », c'est-à-dire le Trust britannique et les sommes faramineuses qui y étaient déposées ainsi que les transferts de fonds vers l’Otan. Bien sûr tout ceci est légal, mais ce qui n’est pas légal, c’est d’avoir dérobé 3,5 milliards de dollars à la défense… Les douanes seront alors confrontées à l’impérieuse nécessité de respecter l’article 40 du code de procédure pénale et de transmettre le dossier au procureur de la république car le délit n’est pas prescrit en raison de la demande de prime d’aviseur que j’ai faite et qui lève la prescription… ».

Complètement à la masse : Les effets du « petit-rosé-frais » confronté à la brise du large et au soleil de plomb ?

« Vous avez bien fait de passer, Commandant. Il vous faut comprendre deux ou trois choses avant de repartir sur le continent.

Un : Ni les douanes, ni la PAF, ni Tracfin ne verront rien. » Tracfin, il s’en était chargé en décembre dernier.

« Deux : En admettant que les fonds rentrent, tout le monde n’y verra que du feu. Il y a assez d’outils dans l’arsenal juridique pour ça, et croyez-moi, je ne suis pas le seul à savoir m’en servir dans le pays. » Et puis le Président avait fait très fort lors de sa conférence de presse de la mi-décembre sur le « Grand-emprunt ».

« Trois : de toute façon, ils sont totalement indécelables. Pour y parvenir, il faut forcer la porte de bien des gens qui sont loin d’être des abrutis de lampistes, qui ont eux aussi des protections au plus haut niveau et éplucher des millions de lignes d’opérations financières pour en apercevoir les traces, ce qui n’est pas à la portée du premier venu. »

L’énonçant, Paul qui l’avait fait, aime bien la perspective, finalement…

Mais le « Capitaine Haddock » poursuit jusqu’à l’agacement.

« En fait, ce sont les douanes qui vont faire exploser le système. Ils ne peuvent pas être complices d’un détournement de fonds de cette importance et n’auront pas d’autre choix que de faire avancer le dossier car, s’il passe en phase explosive, ils en seraient complices ! »

Elles ne feront rien exploser du tout. Les dés sont déjà jetés. La bombe thermonucléaire sur les institutions désamorcée et les morceaux éparpillés, dissouts, recyclés.

 

« Vous, vous vous voyez bien en justicier à vouloir faire sauter la République, comme « Sir-vaine », à plusieurs reprises, virer tous les politicards honnis, me semble-t-il. Je ne sais pas ce qu’ils vous ont fait à titre personnel. À mon avis, vous avez été brisé dans votre carrière de pilote d’une façon ou d’une autre. Je vous offre une compensation : vous dégourdir les pinceaux sur un prototype comme jamais vous n’en avez vu.

Le type qui a pu imaginer de détourner autant d’argent, il poursuivait sans doute le même but : faire péter les institutions à un moment ou à un autre. C’aurait pu être intelligent de sa part.

Mais il a oublié qu’en laissant une ardoise, y’a un moment où il faut passer par la caisse et rendre l’indu.

Ceci étant, c’était bien imaginé.

Et de vous à moi, vous pensez réellement qu’on en serait arrivé là ? Aucun de nos alliés n’a intérêt à voir voler en éclat nos institutions. Aucun responsable politique, aucun français, à part Besancenot, et encore.

Et jamais l’armée n’aurait laissé le pays partir à vau-l’eau en tapant sur la classe politique, même la plus pourrie, et ce malgré les nombreuses rancœurs et trahisons !

Ne rêvez pas Commandant ! Tous ces plans sur la comète ne sont que billevesées et redevenus purs fantasmes. Vous arrivez comme le fisrt de Cav’, après la bataille. Tout est terminé et bien terminé.

Alors arrêtez un peu et aidez moi plutôt à la manœuvre d’entrée de port, s’il vous plaît ! »

Car entre-temps, ils sont arrivés au large de Solenzara qui dessine les silhouettes ramassées de ses maisons sur le fond des crêtes de montagne dont Paul sait qu’au-delà, elles donnent sur les magnifiques aiguilles de Bavella.

Il s’agit de lancer le moteur, d’affaler les voiles, de les ferler correctement le long des baumes, de ranger les focs proprement dans leurs sacs avant de les enfiler dans la soute à voiles. De préparer le mouillage, et les haussières qui serviront d’amarre ou de garde, cul-au-quai.

 

Une demi-heure plus tard, ils passent tous les deux devant le Vulcan II qui les accueille à l’entrée de la 126 et filent vers un hangar semi fermé.

L’engin est noir, sans dérive ni empennage. Une « galette » évasée, vu du dessus, un losange arrondi. Vu de profil, une soucoupe. Rebondie de face, longiligne de profil.

« Je vous présente le prototype « Nivelle 001 ». On l’a baptisé « Isabelle » en l’honneur de notre pédégère. C’est un démonstrateur qui n’aura sans doute pas de successeur, faute de fonds et d’intérêt pour notre aéronautique. En ce moment, on fait un autre prototype, mais il s’agit d’un drone d’observation. »

Pendant que les mécaniciens s’affairent à ranger la moto de Paul dans le coffre, les deux hommes font le tour de l’oiseau.

« Comme vous pouvez le voir, les entrées d’air sont à géométrie variable situées sur l’intrados. Tout l’appareil est dessiné comme d’une seule aile à forte flèche. Pas de gouverne : on a une sortie de turboréacteur classique centrale, un Snecma de location, sans postcombustion au centre et deux tuyères spike de statoréacteurs de part et d’autre. Tuyères plates qui servent d’aileron à toutes les allures pour corriger l’assiette et le roulis.

Les ailerons sont encastrés dans la flèche des bouts d’ailes et on a aussi un superbe aérofrein qui peut se déployer en queue et servir aussi de gouverne aux faibles vitesses en cas de besoin. Normalement, il est noyé dans le corps du fuselage arrière, autour du turboréacteur. »

L’originalité tient dans le revêtement des bords d’attaque : tout en céramique réfractaire.

« Mais plus que cela. C’est la méthode de cuisson qui permet d’en faire un monobloc, d’un seul tenant, contrairement à la technique des tuiles employées pour la navette américaine. Nous sommes censés en tester la tenue mécanique, à la friction avec les aérosols à haute vitesse en suspension dans la haute atmosphère. Car les blocs sont encastrés et non pas collés. Tout casse ou tout tient d’un seul tenant, pas comme avec la navette qui peut perdre ses tuiles et se désintégrer à la première défaillance. »

 

Paul explique qu’avec 9 tonnes de carburant, ils en ont pour un peu plus d’une heure de vol. Qu’il s’agit maintenant d’être tracté jusqu’au pied de la piste, sous une bâche pour que les observateurs éventuels postés sur la montagne n’aperçoive que le minimum. De filer cap au 180 jusqu’aux côtes sud de la Sardaigne et de grimper à 90.000 pieds.

« Vous verrez, ça pulse un grand coup dès que les statos se déclenchent. Normalement, on devrait aller tutoyer le mur de la chaleur à plus de Mach 5 et se chauffer à 1.200° C. Si ça ne vous tente pas, il y a un avion de liaison pour Vélizy en fin d’après-midi. Et je comprendrais. »

Mais le « Capitaine Haddock » reste subjugué par l’engin et la perspective offerte : Pas question de renoncer au dernier moment !

« Pour dessiner ces plans, je me suis inspiré d’un prototype que j’ai croisé à Nellis AFB en 97 pendant mes stages de formation de l’aéronavale. Ce n’est juste qu’une première étape avant un autre projet plus ambitieux, d’avion orbital à deux étages récupérables et un booster perdu. Qui part du concept d’Hermès de chez Dassault et du projet Saphir, des russes des années 70, lui aussi avorté. »

Paul explique dans le vestiaire alors qu’ils enfilent chacun une combinaison anti-G, qu’en fait la température au point d’arrêt augmente à raison de 20 % du carré du Mach, le tout calculé en Kelvin et rapporté à la température ambiante. Haddock sait ce détail. « Le reste, c’est une question de sinus de la flèche d’attaque de l’aile et de son profil. Le carré de Mach 5, c’est 25. 20 %, c’est 5. 5 fois 273 – 58° K, c’est 1.017 ° C à la pointe. On va essayer d’aller un peu plus vite pour se faire du douze-cents degrés. Et on rentre. Ça vous va ? »

Pour sûr qu’on n’a pas tous les jours l’occasion de ce genre d’expérience.

Et entre les acrobaties des mécanos enfilant la moto du capitaine de frégate dans la soute et de voir le bonhomme se contorsionner pour atteindre le siège du pilote, trop petit pour sa carrure imposante, ce sont des souvenirs à garder bien au chaud ! Pour sûr…

S’il survivait à l’expérience.

 

« Bon ! Faut que je vous dise qu’après le premier vol, on sait que les buses d’arrivée du carburant dans la chambre de combustion des statoréacteurs sont mal dimensionnées. Faut dire aussi qu’un stato, plus ça compresse, plus ça pulse. Et plus ça dégage, plus ça va vite. Plus ça va vite et plus ça compresse. Et comme il n’y a aucune pièce en mouvement, ce n’est pas facile à contrôler.

Par ailleurs, le pilote automatique peut très bien nous envoyer en voile noir. C’est un machin de série qu’on retrouve sur tous les chasseurs, mais qui est manifestement sous-dimensionné dans ses réactions. Alors, on règle le problème à la main et à la mollette du trim. Mais si vous sentez le voile noir arriver et que je suis dans les pommes, débrancher « Pedro » et poussez doucement sur le manche sans nous foutre à la baille… Y’a pas de canot de sauvetage ! »

Un système d’éjection, peut-être ?

« Même pas sur ce prototype. Le suivant, si un jour il existe, c’est tout le poste de pilotage qui est éjecté. Mais là, on avait ni la place ni le temps. Je vous explique : on voulait faire un passage au-dessus de Paris au dernier 14 juillet. À Mach 4 et à 70.000 pieds, histoire d’affoler Taverny.

Et si par hasard on croisait un Boeing « d’Air-Transe », à tous les coups il nous aurait pris pour un UFO ! »

« Je vous assure que… » commence « Haddock ».

Paul sait.

Mais fait remarquer que c’est juste une illusion d’optique.

« Vous le savez comme moi, commandant, en vol on n’a pas de repaire. Déjà en mer, estimer au sextant une grandeur d’iceberg, ça n’a rien d’évident sans un coup de radar pour estimer la distance, alors à haute altitude, il suffit de tracer sur une cible de loin et changer de cap à un moment où à un autre. À Mach 3 ou 4, l’observateur à l’impression que vous vous taper une accélération d’enfer. On en fera l’essai tout à l’heure en virant sur l’aile au large de la Tunisie ou de l’Algérie. Je suis sûr d’avaler un 180 en moins de 30 secondes sans prendre plus de 3 G dans le virage. Soit, en perpendiculaire, 6°/seconde. Vu de loin et d’un point fixe, ça donne l’impression, à 2.680 nœuds, de faire une accélération de 33 G… »

L’explication est connue de tous.

« Vous savez ça parce que ça fait longtemps que vous pilotez ce prototype ? »

Non, c’est la première fois.

Rassurant, ça…

« Tout n’est que calcul ! » répond Paul en mettant la manette du turboréacteur au tableau, après avoir reçu l’autorisation de Zara-tour de décoller sur la 18.

 

L’engin s’ébroue puis saute en avant. 12 secondes après, il est en l’air. Paul rentre les ailerons et il accélère en montée rectiligne. À 250 nœuds, les portes des statos se referment doucement sur l’arrivée d’air du turboréacteur à l’en étouffer. Et là, ils sont tous les deux plaqués contre le dossier de leur siège-baquet.

L’avion se met à grimper à vive allure. Paul débranche le pilote automatique qui ne va pas assez vite sur le trim et appuie sur le manche. Rien y fait, c’est trop fort. Zara-approche annonce qu’il faut rejoindre la fréquence de Rome-center. Et Paul tout à sa manœuvre pour éviter la perte de connaissance laisse le commandant « Haddock » répondre et régler la radio.

« Maintenant, silence radio. On va se retrouver sur Agadir en moins de rien. Pas question de s’identifier ! »

En quatre minutes, ils ont déjà dépassé l’altitude de croisière du Concorde. Plus aucun avion ne vole au-dessus, sauf peut-être le SR-70.

En notant que le Concorde était réputé pour avoir consommé le tiers de ses réserves de carburant pour en arriver là et atteindre Mach 2 en petites accélérations du régime moteur, alors que le Nivelle 001 n’en est même pas à 10 %.

« Oh, le SR-70 monte à 80.000 pieds, d’après les pilotes qui m’en ont parlé. Peut-être même à 120.000. Mais le plus curieux avec cet avion là, c’est qu’il est fait en un Inconel X, un alliage secret à base de titane-acier-nickel. Ou autre chose. Ce n’est pas important. En revanche, à chaque retour au sol, le plus drôle de l’affaire, c’est que les mécanos « repassent » véritablement les plis faits par les filets d’air dans le métal avec un chalumeau ! »

« Haddock » est en sueur dans sa combinaison. Il parvient à se détendre seulement quand l’avion est stabilisé impeccablement à 90.000 pieds. Buses d’injection ouverte au maximum. Paul a les yeux rivés sur la sonde du thermomètre de pointe. L’assiette est très stable. Pas de vibration. À l’approche des 1.100 °, il réduit légèrement les gaz, sans pour autant ne percevoir qu’un léger ralentissement de l’accélération. 3.000 galons/heures de kérosène sont indiqués par le débitmètre. Pour 2.700 nœuds.

Mach 5,3 ! 2.835 nœuds : 1.236° C affichés sur la pointe de la sonde avant…

Paul bascule doucement l’appareil sur la tranche tribord et donne quelques coups sur le manche. L’avion circule lentement d’abord, pour changer de cap, puis plus vite au fil des tirées de Paul, sans perdre plus de 20 pieds à l’altimètre.

« Trop fort Pedro ! » s’exclame le « Capitaine Haddock »

« Bé oui ! Je ne comprends pas. Il a failli nous mettre dans les vapes tout à l’heure, et là, il réagit très bien… Y’a un truc qui ne colle pas. Faudra revoir tout ça au labo ! »

 

Le retour vers la France se passe toujours très haut. Paul s’identifie avant d’entrer dans la zone de contrôle de Marseille. À Mach 4. Pas de vibration, buses ouvertes au minimum.

« En revanche, la rampe de commande des buses d’admission est complètement à revoir. Quand on n’est pas prévenu, c’est un coup à se casser la gueule. Je comprends mieux Jeff, notre premier pilote d’essai. Idem pour ces satanés volets : la solution technique n’est pas bonne. »

Une vraie bombe, le « Nivelle 001 ».

« On devrait peut-être commencer à penser à descendre, non ? » estime « Haddock ».

Normalement oui. À 200 nautiques, ils volent nettement trop haut et devraient être déjà à 60.000 pieds.

« Vous avez raison : à cette vitesse-là, on est sur Aubenas dans 4 minutes. »

Paul débranche une nouvelle fois Pedro et pique du nez, à la limite du voile rouge naissant.

« Putain ! Ces sangles et ce siège sont vraiment inconfortables ! » Faut dire qu’il y a de quoi se mettre l’estomac à la gorge et que Paul n’est pas physiquement fait pour les sièges-baquets dont les rembourrements lui vrillent les omoplates depuis tout à l’heure…

Puis il sort les ailerons. Et là, stupeur, l’avion plonge et décélère à vive allure, à en faire encore plus mal aux épaules avec les courroies de ceintures de sécurité.

Paul rentre les ailerons… L’accélération est vive et la consommation de carburant s’envole !

« Écoutez ! On va tenter un truc qui n’est dans les manuels… Je coupe les statos, et vous me faites la radio. Mais vous vous tenez près à lancer le turbo quand je vous le dirai. Le bouton du démarreur est là et la commande de la valve d’injection ici. Mais faut attendre que les portes s’ouvrent. Sans ça on va finir totalement à sec avant d’arriver. Ça vous va ? On se fait un plané en espérant que je ne me goure pas trop dans le cap à suivre. »

C’est sûr que ce n’est dans aucun manuel du parfait pilote…

« C’est vous le commandant de bord. Essayez de vous guider sur le radiophare et avec l’ILS ».

Et voilà le « Capitaine Haddock » qui farfouille dans les boutons de la radio du bord comme un vrai « pro », pour régler les appareils de radionavigation et joindre la tour d’arrivée.

Dix minutes plus tard, à jouer sur les entrées/sorties des ailerons, tout en s’appliquant à se mettre dans l’axe de la piste et ne pas faire de trop brusques variations d’altitude, l’autorisation d’atterrir arrive enfin.

« Clear pour apponter ? On sort le train ! »

Paul joue avec les ailerons pour finir par glisser sur la piste à 140 nœuds, bien dans l’axe, sans avoir à rallumer le turbo, sauf en final, pour sortir de la piste et aller au parking.

Où l’engin est pris en charge par l’équipe au sol qui attend depuis le début de l’après-midi l’arrivée du prototype.

« J’avoue que beaucoup de choses sont à revoir sur ce piège ! Mais les céramiques ont tenues : Même pas une égratignure, ni même un pli ! » dit Paul fier comme un pape, une fois sorti de cet engin d’enfer.

Sacrée machine ! « Et vous avez financé ça comment ? »

« Commandant, vous m’avez dit un jour que si j’arrivais à « voler les voleurs », je devais vous faire signe. Bé voilà ! Je vous avais prévenu en début d’année et là, je vous montre que je me suis servi. C’est assez probant, pour vous, non ? »

Pas croyable…

Et la liste de tous les matériels dont ses copains des douanes, des armées, de la marine ont besoin ?

Et ses Clippers ?

 

« Ah, ça, commandant, il faut en demander l’autorisation aux autorités. Politiques… Comme je l’ai fait moi-même. Ils devraient vous écouter avec une certaine attention. Pour ma part, je suis aussi passé par Oséo pour les compléments, vous savez le « machin » qui draine des fonds pour des projets innovants. Le « Grand-Emprunt » de notre Président, ça vous rappelle quelque chose ? »

Le « Capitaine Haddock » en reste scotché, bouche ouverte.

 

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Opération « Juliette-Siéra » (XXXII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

 Trente-deuxième chapitre : Vendredi 27 août 2010

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Le monde a changé en cette fin d’été 2010. Paul guette l’Airbus A 320 qui fait sa descente au 350 pour aborder la piste de Poretta par le sud. Hier, il a invité le « Capitaine Haddock » qui voulait le rencontrer de toute urgence. « Eh bien venez. Je vous cueille à l’aéroport de Bastia par le premier avion. Je vous emmène faire un tour en mer et vous montre une petite surpriseufologique » a-t-il rajouté comme pour le faire rappliquer plus vite !

L’autre, ne s’est évidemment pas fait prié. Il avait tout juste le temps de rejoindre Orly et d’embarquer pour le premier vol vers Bastia, quasiment vide dans ce sens là en cette fin de saison. Et puis, ça fait toujours plaisir de rencontrer quelques ex-collègues dans le cockpit.

Paul est au rendez-vous.

« Heureux de vous revoir ! » commence Haddock. « Vous savez ce qui se passe ? » demande Haddock oubliant qu’ils s’étaient séparés en se tutoyant, l’année dernière.

Ça dépend sur quel sujet… Il sait plein de choses, bien évidemment.

« Vous avez des bagages ? » Juste le nécessaire en bagage à main. « Eh bien je vous emmène vous mouiller un peu les pieds : j’ai une surprise pour vous ! »

Mouiller les pieds, Paul ne peut pas mieux dire : après un petit parcours sur des routes impossibles contournant l’aéroport à cheval sur la moto de Paul, l’équipage contourne la « Canonica », une vieille chapelle construite sur les ruines d’une plus anciennes encore, puisque datant du VIème siècle, et ils se retrouvent tous les deux à « Mariana-plage ». Longue plage située sur la mer Tyrrhénienne, l’un à retirer les chaussettes et remonter le bas de pantalon sur le sable frais, pendant que l’autre embarque tant bien que mal sa moto sur le « youyou » balloté par les vagues.

Direction le ketch mouillé à quelques encablures.

Passé les vagues de la petite houle résiduelle qui viennent mourir sur la grève, Haddock questionne : « Où va-t-on comme ça ? »

Voir un prototype sur la BA 126, dite Capitaine Preziosi, de Solenzara. « On est attendu pour un vol d’essai sur le coup des 14 heures. C’est à une trentaine de nautiques, on aura le temps de se préparer à déjeuner à bord. Si ça vous dit, vous en êtes ! »

Et pourquoi à voile et pas en voiture ou à moto.

« Vue la circulation en cette période de grands retour, on mettrait presque autant de temps. Et puis il y a des radars tout le long de la N 198… Casse-gueule les freinages à l’emporte-pièce. »

Par ailleurs, Paul fera hiverner son voilier une partie de la morte saison au port de plaisance voisin.

« Et puis on pourra déjeuner à bord avant ! » Le café d’Air-France laissant comme un goût de revenez-y et le départ matinal a été tellement précipité, que la perspective est finalement la bienvenue…

« Un vol d’essai de quoi ? »

LE prototype sorti des labos et ateliers de la MAPEA au mois de juin dernier.

« Nous avons fait quelques essais statiques dans la cour de l’usine. C’est juste un démonstrateur. 16 tonnes à pleine charge. Mais le premier vol, il y a une semaine a failli tuer le pilote. Depuis, il a renoncé. En venant se poser jusqu’ici en catastrophe. Nous, nous allons tenter de le ramener à Aubenas, en faisant un essai température, vitesse et altitude ! Juste histoire de valider le concept… »

Cinglé le capitaine de corvette…

 

Une fois la manœuvre de dérapage sur le mouillage, toutes voiles dehors et bien réglées, la pale du pilote automatique immergée, le cap au sud, Paul à la roue de barre située en poste central, Haddock se dit que c’est le moment de commencer à l’enquérir des nouvelles de Paris.

« Je suis ravi de vous rencontrer et de participer à un petit vol d’essai, mais savez-vous ce qui se passe à Paris, en ce moment ? »

Il pleut, non ?

« Pas du tout. Votre enquête est en ligne depuis le début du mois ! Sur un blog anonyme. Avec de tels détails qu’il ne peut venir que de vous. »

Oui, ça, il est au courant. « Ces pages ont été mises en ligne depuis un cybercafé au mois de mai et j’ai été soupçonné d’avoir transmis ce texte à un certain René Dupont qui l’aurait romancé. C’est vrai que certains détails sont assez troublants. La trame elle-même l’est tout autant. Mais un, je ne connais pas, ni d’Ève ni d’Adam ce Dupont ; deux, mon rapport ne couvre qu’une toute petite partie de cette histoire mise en ligne. Il tient en même pas 10 feuillets de synthèse. Je ne vois pas comment on peut en tirer une trentaine de post, sauf à se tamponner les 3.627 pages des annexes et des comptes. Même moi, je n’ai pas pu faire plus court. D’autant que ce gars-là n’est pas connu des services de police, n’est militant de rien et à rien, n’a pas vraiment d’activité professionnelle assumée. S’il avait voulu se refaire ou seulement améliorer son train de vie, il l’aurait vendu, son roman.

Trois, mon rapport a été remis en deux exemplaires papiers et un CD-Rom crypté avec une clé de 1.024 bits. Sauf à avoir le code de cryptage, tous les ordinateurs de la planète réunis mettraient un million d’année avant d’espérer le casser. Si fuite il y a, ça ne peut venir que de vous, ou du ministère. »

Non ! Pas au mois de mai, mais là, durant le mois d’août. Et ce n’est pas fini.

« Le blog de l’ignoble infréquentable ! »

Ah ? « Peut-être qu’il a juste pompé les textes mis en ligne, ailleurs et avant alors ? »

« Ça veut aussi dire que vous confirmez avoir abouti et récupérer les fonds de la division Daguet ? ».

Paul ne confirme rien : Il le lui avait déjà fait savoir. « J’ai déjà oublié dont vous voulez parler, « old chap ». Je suis sur autre chose et je vais vous montrer ce qu’on peut faire avec trois sous et quelques bouts de ficelle, si vous voulez bien risquez votre peau sur un prototype avec moi ! »

Présenté comme ça, ce n’est pas si sûr.

 

En fait, le « Capitaine Haddock » est venu pour parler d’encore autre chose, si Paul de Bréveuil ne veut pas revenir sur « l’opération Isidore ».

Les langoustes grillées sur le barbecue du bord commencent à dégager un fumet exquis. « Je vais aussi vous faire du figatellu, un sifflard du pays qu’on mange normalement avec des œufs au plat. Vous verrez, c’est nettement plus fort que ces machins achetés hier soir au pêcheur de Solenzara qui a dû les trouver à Rungis le matin même… Je le fais cuire après, parce que ça dégage un fumet qui pourrait gâter les langoustes ! »

Haddock n’en a cure. Il veut livrer ses messages.

Tout d’abord le remboursement à l’Otan des fonds récupérés sur l’extinction des puits de pétrole en feu du Koweït est d’une extrême importance, car l’Otan a une importance vitale pour la paix sur la planète. C’est en effet autour de l’Otan que va se constituer une « gendarmerie planétaire », seule capable d’assurer un véritable contrôle des États qui seraient tentés par des dérives totalitaires.

La conversation revient sur le « prototype-démonstrateur » qui est stationné, à la va-vite à Solenzara. « Mon pilote d’essai a eu un mal fou à contrôler sa machine. Vous verrez, ça ressemble à s’y méprendre à l’un de vos OVNI qui vous passionnent tant ! Une machine qui est à revoir… Les buses de carburant, les ailerons, le pilote automatique du bord qui n’est pas assez rapide. Il s’est envoyé en voile noir à plusieurs reprises. Et nous on va tenter de ramener le prototype à Aubenas sans se casser la gueule. J’aimerai bien voir la tête des céramiques des bords d’attaque quand même ! »

Il a une licence « pilote d’essai », pour piloter un prototype, au fait ?

« Non mais ce n’est pas grave : il est à moi, enfin à ma boîte. Et vaut mieux le ramener par les airs que par la route : ça attirera moins les regards indiscrets en haute altitude ! »

 

Le « capitaine Haddock » rebondit : « Savez-vous que j’ai participé, le 12 novembre 1997, à une conférence au National Press Club de Washington, qui rassemblait les plus indiscutables témoignages d’OVNI ? Je dois vous avouer que l’exposé du Général-major Wilfried de Brouwer, de la force aérienne belge, a été extrêmement convaincant, car la défense belge a répertorié près de 400 observations indiscutables d’OVNI sur près de six mois. D’ailleurs, un organisme indépendant en a répertorié encore plus : près de 2.000 en deux ans… »

Paul, se tait : la langouste au charbon de bois mérite un peu d’huile d’olive semée avec attention et parcimonie, au goutte-à-goutte, pour éviter de tout flamber.

Et puis ce n’est pas 2.000 mais 4.500 observations qui on été faites en 50 ans, dont 1.500 en France, dont une bonne dizaine sont répertoriées comme « absolument sûres » par la COMETA.

Une commission de haut-gradés de toutes les administrations concernées de près ou de loin par l’espace aérien.

De plus, en qualité d’ex-pilote de chasse, il est parfaitement au courant des consignes en cas de rencontre avec un OVNI. Dès qu’il est identifié au radar, on va au visuel, mais en aucun cas il est question d’acquérir la cible au radar de tir : on ne sait pas si la réplique de l’engin inconnu peut être immédiate, et définitive… Mais il n’en avait jamais croisé dans sa courte carrière de militaire.

Le « capitaine Haddock » poursuit toujours aussi imperturbablement son laïus : « La planète est sous surveillance depuis des décennies par une ou plusieurs civilisations extraterrestres qui sont particulièrement alarmées par le niveau de corruption et d’irresponsabilité de nombreux dirigeants politiques. Le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ainsi que l’affaire de l’escroquerie sur l’extinction des puits de pétrole ne peut qu’attirer l’attention de nos visiteurs au même titre que les milliers de têtes nucléaires opérationnelles… ».

Oui, oui ! Et emporter Dupont à publier ses post. Ou l’autre d’ignoble !

« Et vous pensez vraiment que les États-Unis attachent une grande importance à tous ces phénomènes ? ».

« Voyez-vous, je suis très connu aux USA dans les « services » pour avoir été le dénonciateur du détournement des indemnités de la guerre du Golfe. Ce détournement a révolté toute la haute hiérarchie de l’armée américaine – vous en savez quelque chose - et, lorsque j’ai témoigné au NPC à Washington, j’ai eu l’énorme surprise de constater que mon témoignage était repris en priorité par CNN qui l’a diffusé, en boucle, pendant 48 heures… »

La Une de CNN ! Mazette le « quart d’heure de gloire » en boucle !

« Vous voulez dire que votre témoignage a été retenu en priorité, avant tous les autres, parce que vous traitiez aussi le dossier de la guerre du Golfe ?... ».

Haddock opine du chef et sait qu’il a été compris.

« C’est exactement cela. Si l’observation que j’ai faite d‘un OVNI au-dessus de Paris avec mon équipage est spectaculaire, les autres observations auraient tout aussi bien pu faire la une de CNN. Il y avait notamment « Fife Syming Tonne », le gouverneur de l’Arizona, qui témoignait sur l’observation de Phoenix et il pèse un tout autre poids médiatique aux USA que moi-même. Ceci est peut-être une coïncidence, mais j’ai eu droit à d’autres « coïncidences » qui ne trompent pas »

Admettons. C’est curieux pour des américains, mais comme ils ont toujours considéré les « frenchies » comme des empaffés un peu cinglés ou déjantés, ça allait peut-être dans le bon sens du moment.

 

« La défense française et la défense américaine ont suivi très attentivement toutes mes actions contre la trahison de « Thieriment ». Le fait que je n’ai jamais pardonné sa trahison envers nos armées ne pouvait qu’être bien prise par les Américains qui savaient, de plus, que les fonds de l’Otan faisaient partie du même dossier. Et c’est vraisemblablement la raison pour laquelle cette observation d’OVNI a été diffusée en priorité sur CNN. »

Ah ?

Lier de bas-détournements de fonds, certes spectaculaires par leur montant, avec des affaires de petits-hommes-verts, c’est assez osé, en effet.

« Savez-vous que la présence extraterrestre sur la Terre est classé à un niveau de confidentialité supérieur à celui de l’armement nucléaire ? »

« Ouais, peut-être. Mais qui donc a organisé cette fuite dévoilant mes supposées turpitudes pour récupérer les fonds de la Nation sur le web ?... ».

« La fuite du dossier sur le web trouve naturellement son origine à l’état-major des armées qui refuse toujours que l’élite de la Marine, de l’Armée de l’Air et de l’Armée de Terre, continue à être prise par les dirigeants politiques pour un ramassis de « Pov’Kons aux ordres », comme c’est le cas depuis trois décennies !... »

Admettons, même si ce n’est pas tout à fait comme ça que Paul a pu voir les choses…

Le « capitaine Haddock », dont le verre commence à se vider sérieusement, fait un bilan de l’état d’esprit des amiraux et des généraux qu’il côtoie depuis plus de quinze ans : « Voyez-vous capitaine, si les relations de la défense avec « l’Etna » sont courtoises, il n’en demeure pas moins que l’addition sur les détournements de fonds de l’époque de «Thieriment  » est loin d’avoir été présentée à la classe politique. Ces détournements de fonds publics ne seront jamais « digérés » par nos militaires qui ne veulent pas être complices d’actes illégaux comme le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ou l’escroquerie de l’extinction des puits de pétrole en feu au Koweït. Vous savez que les officiers formés dans nos écoles militaires, École Navale, École de l’Air et Saint-Cyr, sont tout à fait conscients de l’exigence du respect de la loi pour les crimes et délits ainsi que pour la conduite à tenir face aux ordres illégaux. »

Oui, il sait ! L’article 40 du Code de procédure pénale précise que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ».

L’instruction ministérielle n° 201710 relative aux devoirs du soldat à qui un ordre illégal à été ordonné précise sans aucune ambiguïté qu’un militaire, mis dans une telle situation, doit « refuser les ordres illégaux », et le révéler ce fait « par tout moyen, directement et dans les plus brefs délais : soit au ministre de la Défense, soit à son chef d'état-major, soit à l'inspecteur général de son armée ».

Il connaît son Code, Paul.

« Cette instruction définit les conditions dans lesquelles les militaires doivent appliquer les prescriptions de la loi portant Statut Général des Militaires et celles du décret du 15 juillet 2005 portant règlement de discipline générale. L’état-major des armées connaît parfaitement cette réglementation et se base sur les lois pour refuser toute véritable complicité avec les politiques qui ont réalisé ces détournements de fonds. »

Manquerait plus que les officiers d’état-major se mettent à contravention avec leurs propres textes…

« La seul raison pour laquelle la défense n’a pas encore transmis à la justice toutes les informations qu’elle possède, et qui sont autant de délits ne pouvant pas faire l’objet du secret défense, a tenu dans la difficulté à identifier puis à récupérer ces fonds. »

Pourquoi me raconte-t-il tout ça, se demande Paul ? Il fait beau, le clapotis de l’étrave sonne claire, le fasseillage de la bordure du foc annonçant avec régularité la légère abattée du pilote automatique. Il fait beau et encore chaud.

Ne comprend pas qu’on puisse ainsi se fatiguer pour de vieilles histoires.

L’état-major en savait déjà assez long sur… sa propre ignorance dans cette affaire, quand les cartons secret-défense sont arrivés au siège parisien de la MAPEA avant même qu’on lui tire dessus.

C’est après, quand il leur a remis le dossier de synthèse et les annexes, qu’ils ont pu en mesurer tout le gouffre.

« Il faut, d’autre part, ne pas nuire à l’image de la France ou encore à nos relations avec nos alliés de l’Otan. Toute une série de raisons qui font que le dossier peut difficilement être rendu public sans provoquer une crise politique qui entraînera la fin de la Vème république. Aussi la meilleure solution est-elle une fuite humoristiquement organisée sur le web. »

Donc, Dupont, c’est lui ?

« C’est une étape de communication qui va indiquer très clairement à nos dirigeants politiques corrompus, ou lâches, que les chefs d’état-major, actuels ou en retraite, ne baisseront jamais la garde sur la corruption politique… ».

On en avait vu d’autres, mais admettons : ce n’est plus lui, mais bien une équipe de scribouillards du ministère qui s’est tamponné tout le contenu du rapport. « M’en tamponne le coquillard ! », pense Paul. « Ce rapport, c’est leur propriété, finalement : ils en font ce qu’ils veulent. »

« Certes ! Mais à titre personnel, quelles ont été les conséquences de vos propres actions « main-propre ?... ».

 

« En fait, la conséquence la plus visible de mon action a été, jusqu’à maintenant, l’arrêt de la grève des pilotes « d’Air-Transe » pendant le Mondial de Foot en juin 1998 ; souvenez-vous du battement médiatique qui a eu lieu au début juin 1998 pour stigmatiser les pilotes de ligne – ces privilégiés – qui entamaient une grève pour conserver leurs salaires exorbitants et avantages divers alors qu’un échange « salaire-actions » était proposé par « Jean-Cyril Spin-Etna ». Cela correspondait à la politique égalitariste d’un gouvernement de gauche incapable de réaliser que les efforts doivent être rémunérés en fonction de la responsabilité et des obligations d’un métier, et que l’égalitarisme salarial – promue par des dirigeants corrompus jusqu’à la moelle - n’est rien d’autre qu’une immaturité infantile qui condamne un pays à la stagnation ou même à l’effondrement ». Paul avait lu cette histoire-là sur le blog d’alerte éthique[1], en effet : le couplet « idéologique ».

« Lors de la grève à « d’Air-Transe » de juin 1998, les pilotes étaient particulièrement remontés et lorsque que j’ai informé « Jean-Charles Kore-Bête » du dossier déposé au ministère des finances sur le détournement des indemnités de la guerre du Golfe, il m’a immédiatement répondu : « Si le gouvernement lance ses « chiens de guerre » sur les pilotes nous rendrons public cette histoire de détournement de fonds en mondovision !... »

« J’ai lu ça sur votre blog. Admettons : ils se sont immédiatement calmés en haut lieu de la « gauche plurielle », je suis au courant. »

Le « capitaine Haddock », très satisfait de sa révélation, se reprend une rasade de whisky sur la réserve du bord (qui n’est pourtant pas du Loch Lomond[2]) et continue : « J’ai su par la suite que des membres du syndicat des pilotes auraient reçu des menaces destinées à les faire taire. Je n’en sais pas plus, mais une chose est certaine : la grève s’est soudainement arrêtée le 8 juin 1998 lorsque j’ai écrit au ministre des finances de l’époque, celui qui fait banquier mondial actuellement, pour lui rappeler le dossier de la guerre du Golfe. J’avais envoyé, de plus, ce courrier à toute la presse et aux télévisions, et le gouvernement a compris qu’il fallait immédiatement céder aux pilotes « d’Air-Transe » sous peine de voir un gigantesque scandale éclater. De plus, il aurait été immédiatement confirmé par les pays du Golfe ou par des sources d’Outre-Atlantique. Le gouvernement et « Air-Transe » n’avaient pas d’autre choix que de céder. Et ensuite le syndicat des pilotes n’a plus bougé sur le dossier… ».

Un grand n’importe quoi, là : si les courriers avaient été aussi fracassants, il y aurait bien eu un tabloïd pour les reprendre !

On sait tout des positions coïtales des uns et des autres, alors une pareille énormité, elle aurait fait le tour de la planète en peu de temps !

Il se la pète, le « capitaine Haddock », dès qu’on passe aux alcools forts !

« Attendez ! Je dois tout d’abord souligner que l’arrêt de la grève a été faite avec l’aide de mon conseil « Maître Rouflaquette », avocat à la cour, et qui a été aussi le destinataire de tous mes courriers aux différents ministres des finances qui se sont succédés depuis 1998.

Ensuite, le résultat du conflit a été que, au lieu de 20 % de moins de salaire, les pilotes long-courriers ont eu 50 % de salaire en plus par une série d’avantages comme le paiement des « heures créditées », qui sont des heures de vol payées pour chaque journée passée à l’hôtel (4 heures de vol payées pour chaque jour d’hôtel), ou encore un forfait journalier accordé par le fisc au titre des frais réels pour les d’indemnités en escale…

Vous voyez que l’action du « capitaine Haddock » a été très positive pour les pilotes de ligne qui gardent malgré tout en réserve ce dossier au cas où les dirigeants actuels auraient la mauvaise idée de remettre en question leurs avantages… ».

Bé voyons ! Que deviendraient tous ces pauvres pilotes sans « Haddock » ?

« Quant à « Jean-Charles Kor-Bête », qui était un copain rugbyman de « J-C Gay-Sot », le ministre communiste des transports de l’époque, on lui a vendu la compagnie « Ayr-Lib » qui était en faillite, qu’il a rachetée pour une poignée de figues en plaçant tous les actifs intéressants dans son Holding « HolKo » ; « HolKo » pour « Holding Kore-Bête » !... »

Et puis il a fini devant un tribunal correctionnel pour faillite frauduleuse, tout le monde sait ça.

Paul perçoit que le « capitaine Haddock » est prêt à lâcher quelques confidences supplémentaires. « Ça va bientôt être prêt. Que savez-vous de plus que je ne sache pas déjà ?... ».

« Haddock », alors que Paul lui sert sa langouste, avant de mettre au feu les figatelli tranchés tout du long par moitié afin que le gras dégouline franchement dans la braise, sait maintenant qu’il peut confier au Capitaine de corvette Paul de Bréveuil le véritable niveau de soutien qu’il a obtenu des « étoiles ».

« Il faut que vous sachiez que toutes les actions que j’ai entreprises sont suivies avec une extrême attention par l’état-major des armées, car j’ai trouvé la faille du système en faisant une déclaration à la BCR du Havre en janvier 1998 au sujet du détournement des indemnités de la guerre du Golfe.

Mon action pendant la grève des pilotes a été extrêmement bien prise à l’état-major des armées car le dossier était alors « sur les rails » : parfaitement connu des principaux dirigeants politiques et des médias, et, de plus, la défense nationale était parfaitement « dédouanée » sur cette affaire car le dossier avait été transmis par une voie officielle au ministère des finances ».

« Pas mauvais, hein ? » répond Paul, les doigts s’attaquant à la carcasse de sa bestiole. « Et alors, quelles ont été les réactions de la défense nationale à la suite de votre action ?... ».

« Voyez-vous capitaine, l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998 a permis à la défense de se sentir déchargée d’un énorme poids qui était celui du devoir de se taire, façon d’une trahison monstrueuse, car le dossier avait atteint les salles de rédaction. L’Armée de l’Air m’a immédiatement fait part de sa vive satisfaction, d’une façon que je n’aurais jamais imaginée... »

« Ah ? Que voulez-vous dire ? »

« Capitaine, quelques jours après l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998, je suis descendu en TGV sur Bordeaux et le train a été attaqué par un Mirage 2000, en entrainement bien sûr !  J’étais assis à tribord et, près de Tours, j’ai vu un Mirage 2000 nous rattraper – il volait à faible vitesse – et faire une passe de tir sur ma place, puis un break pour dégager…Une façon de me dire : « nous sommes bien là, merci ! » ».

Pas commun, en effet… Faut imaginer le travail du pilote pour décoller un avion, toutes les autorisations à obtenir, y compris pour survoler un train à basse altitude hors des espaces réservés à l’armée, le boulot de navigation et de minutage pour retrouver la cible. Pas un hasard, bien entendu. Sans compter le travail de renseignement en amont !

Mais peut-être bien aussi une menace… Il n’a pas pensé à ça, le « Haddock » dégustant de la langouste.

Paul se montre sceptique : « C’est peut-être une coïncidence, avec un entraînement exceptionnel au tir sur un TGV… ? ».

« Assez peu probable ; les pilotes de chasse évitent les passes de tir sur des cibles civiles et, de plus, j’ai eu une deuxième manifestation de ce genre et qui n’est pas passé inaperçue – c’est le moins que l’on puisse dire…

Pendant la présidentielle de 2007, je suis intervenu en continu sur le web pour rappeler aux candidats socialistes l’histoire du détournement des indemnités de la guerre du Golfe afin de soutenir le candidat « Krasosky » et empêcher la victoire de la gauche.

Puis, au bout d’un an, ne voyant venir aucune action sur le dossier, en juin 2008, j’ai envoyé un courrier à « Garde-Là Kiki » afin de lui rappeler le dossier. Et là j’ai eu l’énorme surprise, quelques jours plus tard, de voir une patrouille de trois Transall survoler, à 50 mètres de haut et à très basse vitesse, mon « château » situé en plein milieu d’un petit village du pays de Caux.

L’altitude et la vitesse de ces Transall correspondaient aux caractéristiques d’un lâcher de paras de nos Forces Spéciales… L’un des ces Transall était blanc, et les deux autres kaki… Ce survol a bien sûr été remarqué par tous les habitants de mon petit village »…

Bé un peu plus, il se prenait des cocoïs sur la tronche, le « Haddock » ?

« Vous voulez dire que l’Armée de l’Air a envoyé trois Transall en formation au-dessus de votre château pour vous remercier de votre intervention ?... ».

« C’est exactement cela. Les militaires sont tenus par leur devoir de réserve et tout officier qui enverrait une lettre de ce type à la ministre des finances serait immédiatement sanctionné par sa hiérarchie. Même le commandant de gendarmerie Matelly a été renvoyé récemment pour avoir exprimé son point de vue sur le rapprochement gendarme/police. C’est dire si la « grande muette » est réduite au silence dans les rangs, même encore aujourd’hui.

Or, ce n’est pas du tout ma préoccupation et je suis beaucoup plus libre d’agir qu’un officier d’active surtout que je mets aussitôt mes courriers en ligne sur le web !... ».

Paul avait pu en lire beaucoup…

 

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[1] http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/

[2] http://www.lochlomonddistillery.com/


Opération « Juliette-Siéra » (XXXI)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Trentième-et-unième chapitre : Derniers épilogues

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Lundi 14 décembre 2009

Le Président tient conférence de presse sur le « Grand emprunt » ce matin-là devant un parterre de ministres et de journalistes.

Le Grand emprunt est annoncé à hauteur de 35 milliards d’euros. C’est en réalité 13 milliards de remboursement attendus des banques au moment de l’effort de refinancement du début d’année.

C’est un peu plus de 10 milliards de rachat de papier arrivé à terme effectué sur les marchés par l’Agence France-Trésor depuis quelques semaines.

C’est donc seulement entre 11 et 12 milliards empruntés directement sur la place.

Moins cher qu’un appel public au bon peuple, qu’il est prétendu.

Donc pas de taux annoncé, ni de durée envisagée.

Qui y souscrira ? Personne ne se pose la question, ni dans les rangs des journalistes, ni dans celui des ministres, ni encore moins chez les analystes financiers.

Pas les particuliers, en tout cas. Même pas les institutionnels.

Les taux et conditions ? Rien.

Seulement l’information que l’effet sur le budget de la Nation sera de 7,1 milliards au moins en 2010, financé par des économies budgétaires.

Avec un dollar à 1,40 € à 1,50 €, ça donne presque 10 milliards de dollar par an : En trois ans, la dette de la France, en solde de tout compte des années de la gauche unie, sera éteinte, intérêts inclus !

Trois ans à ce rythme-là, le taux effectif global dudit emprunt est de 10 %, ce qui donne à peu près une égalité avec le même emprunt, à presque 20 ans et à 1,5 %, taux accepté par l’organisation de Bruxelles pour les reliquats.

 

Mot clé de la conférence de presse : « Ce n’est pas un plan de relance (…). Crise ou pas crise, de toute façon il aurait fallu le faire ! »

Belle vérité : incontestable pour qui est au courant – et ils sont peu nombreux – de l’opération « Isidore ».

Mais le mot de « plan d’investissement » n’a été lâché que pour parler d’avenir, sur lequel le président s’étend longuement : il s’agit bien de mobiliser de l’argent, certes, mais en pariant à la fois sur un « effet de levier » financier à hauteur de 39 milliards sur plusieurs exercices et à la fois sur les efforts budgétaires typiquement étatiques à fournir.

Dont 11 milliards pour les universités de recherche anglophone dans leurs programmes, l’ouverture de marchés nouveaux aux investisseurs privés anglo-saxons, l’excellence industrielle dans les PME, plus, et notamment, dans le numérique, l’innovation industrielle et les biotechnologies, avec une petite enveloppe de 5 milliards pour le développement durable.

Époustouflant : tout le monde n’y voit que du feu !

De l’argent il y en aura. Il y en aurait eu, de toute façon, justement avec ces « fameux efforts » et économies à réaliser puisqu’avec la durée de mise en place des programmes, on serait arrivé à la même chose, même si finalement ils seront irréalisables, comme chacun s’en doute sans oser le dire : pas bien grave, puisque c’est déjà préfinancé.

L’emprunt n’est une nécessité que pour étancher la soif, d’un coup d’un seul, de l’Otan : un coup de bonneteau, pas vu pas pris.

Du grand art.

 

Le plan de « Charlotte » peut donc être finalisé, noyé dans la masse de l’annonce présidentielle, le tout contrôlé par le médiateur du crédit, et les deux ex-premiers ministres qui ont œuvré, sans le savoir, chacun de leur côté à « nettoyer » leur manque d’intérêt, au moment où ça se passait sous leur nez à chacun, de toutes ces lâchetés et détournements passés.

Paul mérite plus que sa quatrième sardine de capitaine de frégate, mais bien les cinq dorées et argentées de capitaine de vaisseau.

Et en plus, pour ne rien gâter, le Président veillerait aux aides à accorder pour l’avion hypersonique en céramique ! Il s’en est fait la promesse.

Comme de toute façon, le fonds de dotation privé de Paul a déjà fait la soudure de trésorerie et générera des crédits d’impôts remboursables en 2010 qui seront à leur tour réinvestis, il n’y a plus de souci pour les travaux de recherche sur l’avion en céramique : premier vol, prévu pour le 14 juillet… si tout va bien.

Après le jeu des questions-réponses, le Président cherche du regard « Charlotte » à qui il doit ce coup fumeux. Il a pris soin de faire vérifier qu’elle est bien invitée. Mais, « il » s’est éclipsé dans l’agitation du moment, et le Président n’a pas su mettre un nom sur le visage des quelques femmes présentes qu’il ne connaissait pas parmi les participantes à cette conférence.

En réalité, Paul est bien passé, en civil comme on le lui avait indiqué. Perdu dans le carré des anonymes accrédités et, sur le moment, il ne voit pas ce qu’il vient faire ici.

Peut-être espère-t-il une petite annonce pour sa MAPAE : mais c’aurait été hors-sujet ce jour-là jusqu’à attirer l’attention des invités respectueux de l’annonce présidentielle.

 

Le ménage est fait. Reste au Président de la République de savourer sa « parole donnée » au sommet de Copenhague. Après-demain, doit se tenir une conférence à huis-clos entre une vingtaine de chefs de gouvernement : il trouvera bien l’occasion d’aborder le Président Américain et lui refaire part de son souhait de se faire inviter à la Maison-Blanche en signe de reconnaissance.

 

Mardi 22 décembre 2009.

Le fonds de dotation originel et les deux SC de cantonnement sont officiellement liquidés, dissouts.

La bourse de Paris peut remonter à tutoyer les 4.000 points. La prescription extinctive commencer son compte-à-rebours.

Si alternance il y a, le futur ministre du budget n’aura que 8 mois pour lancer les éventuelles poursuites d’ordre fiscal. Qui se casseront le nez sur un rescrit parfaitement conforme émanant d’un directeur habilité de la DNEF, le service qui sera sans doute choisi pour enquêter, depuis que la procédure « Tracfin » s’est retrouvée indéfiniment contrariée.

« L’opération Isidore » est terminée et les rapports et comptes-rendus d’entretiens envoyés aux archives couvert par le secret-défense.

Peut-être que d’ici-là, dans 50 ans ou un siècle, elles seront déclassifiées.

Peut-être jamais…

Jean-Charles annonce qu’il prend sa retraite dès l’ouverture du prochain trimestre. En fait, il se voit bien « buller » dans le Gard où il possède une petite maison familiale. Si son épouse veut bien le suivre.

Mais il se voit bien aussi revenir faire du « consulting » dans l’orbite de la MAPEA : il apprécie Paul et, secrètement, il n’en est pas revenu de la façon, calme et féroce à la fois, où il a fait front à l’occasion de l’épisode des justiciers débarqués au siège.

Quant à Gabrielle, elle poursuit sa mission, bien plus vaste, de liquider les actifs immobiliers de la Nation impécunieuse. C’est son métier depuis 2007, à part entière, après avoir fait campagne électorale municipale dans le département du Pas-de-Calais, dont elle est originaire.

Ses fonctions-là plus celles de première-adjointe chargée des finances dans sa commune l’accaparent à plein temps.

Pour la famille Nivelle et les salariés du groupe ardéchois, ils revoient avec soulagement leur patron revenir aussi fréquemment qu’auparavant.

Et sans les pandores en tenue de combat.

Personne ne posera de question, sauf, en Conseil d’administration et en CE, au moment ou Paul annonce une ligne de crédit venant d’un fonds de dotation qu’il pilote.

Mais il reste évasif : « Je vous l’avais promis. Je tiens parole. »

Dont acte : il fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. La confiance se restaure, tout simplement.

 

Lundi 22 mars 2010

Les dés sont jetés : la soirée électorale a tourné au désastre pour le Président et sa majorité. Il s’en est fallu d’un cheveu de perdre les deux régions métropolitaines tenues par la droite parlementaire.

La Corse de son ami Ange Santini a basculée sous la poussée des régionalistes et autonomistes. Santini paye son jusqu’auboutisme sur le Plan d’aménagement du territoire qui faisait la part belle à ses amis politiques locaux. Il l’avait retiré, mais trop tard : À l’opposition de gérer le problème…

L’ire présidentielle s’abat sur son ex-garde des sceaux : « Qu’est-ce qu’elle fout là, celle-là ? On ne l’a pas vu de la campagne et elle vient nous réclamer de revenir aux fondamentaux ? Dehors ! »

Elle rentrera en taxi et sans garde du corps. Le soir même.

« Je veux un Pindevilliste et un Rackchiquien » ! C’est la consigne à appliquer après les nominations d’ouverture qui ont tant excédé l’électorat traditionnel de la droite républicaine.

L’un pour empêcher l’homme du « non à l’Onu » de revenir dans les allées du pouvoir : c’est une condition exigée par l’ambassade.

L’autre pour que les « Rackchiquiens » puissent vérifier que l’argent qu’ils n’ont pas voulu voir est revenu, que les dettes sont effacées et que désormais, les jeux des commissions et rétro-commissions à venir sont clairs et transparents.

L’homme de confiance sera donc au Budget, chargé d’enterrer définitivement « l’opération Isidore » dans son ministère.

À condition de promouvoir l’actuel titulaire.

Ce sera au ministre de l’Éducation nationale, dont le titulaire vient de se prendre une veste, mais autant que les 10 autres qui se sont lancés dans la bataille des régionales à contrecœur s’en sont pris une aussi, qui fera les frais de l’opération.

De toute façon, les patrons de l’Élysée ne l’aiment pas.

 

Dimanche 28 mars 2010

Le Capitaine de frégate Paul de Bréveuil arrive dans la soirée à Kaboul par le vol régulier depuis Londres.

Il est conduit à la base aérienne de Graham, dans un convoi discret mais sous bonne escorte.

Il y a une sorte de fièvre dans les rangs sitôt l’entrée franchie : prépare-t-on un « grand coup » ?

Air-Force-One est attendu d’un moment à l’autre : Le Président américain est à bord.

Il doit rencontrer le Président Afghan puis visiter les troupes stationnées dans la base de la banlieue de la capitale afghane.

 

Pendant qu’il discoure, un petit détachement emmène Paul dans l’avion présidentiel. Et il attend.

C’est un avion confortable, mais il ne se passe rien dans le petit salon des invités où Paul est consigné : il ne sait même pas pour quelle raison il est là.

Charles Almont, le nouveau directeur-adjoint « Europe occidental », hors la Grande-Bretagne, donc plutôt « continentale occidentale », le rejoint un peu plus tard.

Visiblement heureux de retrouver « son meilleur agent », en chaire et en os.

« Le Président souhaite vous remettre la « médaille présidentielle de la Liberté » (Presidential Medal of Freedom) en personne et avant de rencontrer votre Président.

Mes services vous ont préparé un petit speech. Mais… vous en faites ce que vous voulez, comme d’habitude ».

Ça parle du devoir de combattre le terrorisme international : Moscou vient de se prendre deux bombes tchétchènes dans son métro !

« La Médaille présidentielle de la Liberté, rien que ça ! »

C’est, avec la Médaille d'or du Congrès (Congressional Gold Medal), qu’il a déjà reçue et accordée par un acte du Congrès, la plus haute décoration civile des États-Unis. Elle est décernée uniquement par le président des États-Unis à des personnes, américaines ou non, qui ont fourni « une contribution particulièrement méritoire pour la sécurité ou les intérêts nationaux des États-Unis, un monde de paix, ou des efforts remarquables dans le domaine culturel ou autres, public ou privé. », normalement remise à son récipiendaire le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, ou à n’importe quel moment, choisi à la discrétion du président américain.

Les promus sont choisis par le président, de sa propre initiative ou sur recommandation.

« J’ai fait quoi pour mériter cet immense honneur ? »

Bien sûr qu’il le sait : et il se l’est fait résumer par Almont.

« Mais peut-être voudriez-vous que nous parlions des petits joyaux que vous fabriquent vos ingénieurs Ardéchois. Je me suis laissé dire que vous manquiez cruellement de financements gouvernementaux ! »

« Je ne suis pas sûr d’être habilité à vous en parler », le rembarre Paul, avec un sourire en coin.

« Vous savez, on y fait que tenter de reproduire plus ou moins bien les travaux menés dans vos propres laboratoires secrets. Vous devez savoir ça, n’est-ce pas ? »

Oui, il sait. Pas tout, mais il peut évaluer le reste.

« Sauf surprise inattendue ! »

Lesquelles ? Il n’y en a pas à attendre. « Tout est archi-connu dans le domaine. Les surprises, s’il devait y en avoir, se sera dans une bonne décennie. Peut-être plus », ment adroitement Paul.

Finalement l’avion décolle, direction finale Washington via une base aérienne américaine, quelque part dans le monde.

 

« Well ! Je suis très heureux, au nom du peuple Américain, de vous décerner l’une de nos plus hautes distinctions honorifiques : la médaille présidentielle de la Liberté, pour service rendu à la paix dans le monde et à nos deux pays, Commodore De Bréveuil… ».

Pas un mot d’argent…

Applaudissements.

« Mister President, Ladies and Gentlemen, Je suis très honoré et surtout très ému, tout comme un jeune communiant qui reçoit le saint sacrement pour la première fois (rires dans le salon présidentiel de l’avion qui poursuit sa montée en altitude)… je n’en dirais pas plus sur les expériences qu’un homme peut connaître dans sa vie au fil de l’apprentissage des choses… de la vie (nouveaux éclats de rire polis dans la carlingue), car cette distinction reçue me touche.

Profondément.

Non pour les efforts qu’elle représente, ni pour… les « services rendus » à nos deux patries respectives.

Mais seulement parce qu’elle nous rapproche encore plus les uns des autres. Vous la Démocratie rayonnante que le monde entier admire et envie, nous, la démocratie de la « Vieille Europe », souvent vilipendée, mais solidement assise sur son Histoire et ses traditions séculaires, que nous avons pour partie commune.

Nous en sommes tous les fils et notre dignité à tous est de rester fidèles à ces valeurs que nous incarnons… »

Il fait court.

Mais termine par : « Monsieur le Président, je dois être le seul français à qui votre nation a décerné ses deux plus hautes distinctions. La prochaine fois, il vous faudra en créer une toute spécialement pour moi ! Merci à tous. »

Nouveaux rires…

Applaudissements.

Arrêt buffet.

Paul est déposé à l’escale technique, sur un aérodrome proche Londres : il lui faut un taxi pour rejoindre Heathrow et rallier Paris, sa breloque en poche.

 

Mardi 30 mars 2010

Le Président français, après avoir encaissé le « jet-lag » léger de son vol à bord de l’Airbus A 300 tout neuf-refait, au dessus de l’Atlantique, et fait une conférence de presse à l’Université de Colombia de New-York comme d’une mise en bouche la veille, est enfin reçu avec son épouse à dîner à la Maison-Blanche.

Il est le dixième chef d’État à franchir les portes du « sein des seins » depuis la dernière élection présidentielle US.

Pas pour un dîner d’État mais, consécration des consécrations, pour deux heures de réception en tête-à-tête, intimiste… Qui sont réduites à moins de 90 minutes mais se terminant assez tard dans le petit-matin.

Il va pouvoir enfin clore cette affreuse affaire d’argent détourné qui plombe depuis près de deux décennies les relations entre les deux alliés.

Et peut-être négocier le soutien de l’administration Obama pour sa réélection.

C’est ce soir-là que ça se joue : Où la « tentation de Venise », savamment préparée par son épouse qui a dit jusque-là sur tous les tons qu’elle souhaite qu’il rentre tous les soirs pour se laisser pouponner pas ses soins et aucune autre.

Ou le démarrage d’une nouvelle campagne électorale qui s’annonce particulièrement difficile.

L’ambassade vient de lui transmettre, via son officier de liaison, le contenu d’un récent sondage : 59 % de français ne souhaitent pas qu’il se représente, contre 37 % qui le souhaitent.

« Pas insurmontable… en deux ans », commente-t-il…

Mais à la sortie de ce dîner, les choses ne sont pas aussi claires que ça.

Et l’épouse présidentielle se taira désormais sur le sujet de ses ambitions pour son mari.

Il faut rentrer d’urgence à Paris et prendre la mesure des événements à venir.

Circulent en effet d’horribles ragots sous le manteau, que « La Tribune de Genève » révèle sur son site. D’ici à ce que ça déborde dans la presse française, il n’y a pas longtemps à attendre.

Il s’agit d’allumer des contre-feux et rapidement. Même son père est sollicité pour faire entendre sa « douce musique ».

Mais c’est une autre histoire.

 

Samedi 3 avril 2010

Le scandale va éclater. La presse internationale en est pleine.

La campagne présidentielle de 2012 est lancée.

Les fidèles sont mobilisés.

On jette la vindicte sur l’ex-garde des sceaux.

On parle de complot étranger.

On en profite pour lâcher la « bouée » de l’argent… des fois que quelques malins aillent fouiner dans les affaires secrètes du Palais.

Si cette dernière piste prend, il s’agira « d’allumer » tous les cancaniers. D’une pierre deux coups : ils seront tous tenus à jamais de se taire.

C’est aussi une autre histoire.

 

Mercredi 7 avril 2010

Le « Capitaine Haddock » reçoit pas e-mail le « proto-manuscrit », à relire, d’un roman anonyme retraçant toute cette histoire et « l’opération Isidore ».

Pour avis.

C’est alors un gros document de plus de 187 pages sous Word. Il mettra du temps à le lire, trouvant l’écriture laborieuse et sans talent, d’autant qu’il s’agit d’un « premier jet ». Pas facile de se plonger dans cette histoire.

Pas facile non plus de relever les incohérences, les non-dits, les erreurs, de dates, de lieux, de noms, de chiffres, les invraisemblances.

Et puis si l’idée finale est séduisante, même si elle ne correspond à rien, le déroulé n’est pas suffisamment étayé.

L’œuvre d’un « primate plumitif » en herbe.

Il l’enrichira pour les deux chapitres le concernant.

 

30 avril 2010

Bassano écrit une nouvelle fois au ministre des finances : il veut que sa plainte pour usurpation d’identité soit suivie d’une enquête des services.

Sans suite…

Un peu avant, il reçoit le proto-manuscrit version papier.

Il consultera aussi sa version électronique, mise en ligne avant l’heure[1].

Et transmettra les liens d’avec les quelques siens[2].

 

Samedi 22 mai 2010

Paul de Bréveuil est à Londres pour ce week-end de la pentecôte. Il y rencontre Lady Joan qui le pilote jusqu’à Norwich, au nord de la capital de l’empire Britannique, afin de rencontrer Lady Catherin qui y possède une demeure.

Mais c’est une autre histoire[3].

 

Samedi 19 juin 2010

« Pindevil », soutenu par quelques « Rackchiquiens » historiques, annonce la création officiel de son parti politique.

Charles Almont s’en inquiète. Il part bientôt à la retraite, lui aussi, son bâton de maréchal en poche.

Sa hiérarchie se montre plus circonspecte. « Vous savez, entre un guignol qui ne tient pas sa queue dans son pantalon et un revanchard dont les dents rayent le plancher, nous avons de toute façon la solution de rechange », lui assure-t-on.

C’est de toute façon l’affaire de son sous-directeur-France.

Le Président émet à l’occasion la nouvelle « doctrine officielle » après le passage du Président français à la Maison-Blanche : « On n’a plus de sujet de contentieux, si je ne m’abuse ? Pourquoi intervenir dans des situations où nos intérêts sont de toute façon assurés ? »

 

Au même moment, l’équipe de France de football est balayée en Afrique du Sud à l’occasion de la coupe du monde.

Ça s’emmêle un peu les pinceaux dans le gouvernement qui ne tient plus en place sur le sujet.

On jette en pâture à l’opinion publique, pêle-mêle, des histoires de cigares incongrus, des frais de déplacements iconoclastes, des « us et coutumes » relatifs au train de vie ministériel hors de proportion avec les efforts budgétaires annoncés pour l’ensemble des français qui les priveront de « garden-party » le jour de la fête nationale, mais pas de défilé (un des rares moments où les forces armées peuvent bruler un peu de carburant hors « théâtre d’opération ».

Français qui eux n’ont qu’une hâte, c’est de partir enfin en vacances.

 

Vendredi 30 juillet 2010

Un blog anonyme, comme il y en a des centaines de milliers d’autres, met en ligne les premiers épisodes de toute cette affaire, et ce durant tout le mois d’août.

Heureusement, il est très peu lu et ce n’est qu’un roman. Les noms y sont tronqués, les personnages aléatoires. Leurs actes encore plus.

Inattaquable en droit.

On l’aura vite oublié.

D’autant que le quasi-même texte étant déjà sorti sur un blog encore plus anonyme au mois de mai dernier, sans inquiéter personne pour autant, malgré les nouvelles réglementations en cours et à venir.

Mais on se pose la question de savoir comment toutes ces informations, aussi précises, ont pu sortir des cénacles d’initiés. Sont exclus le trio des « perquisitionneurs » du siège de la MAPEA.

Ni même, « Jean-Charles », bien calme dans sa retraite du Gard, ni « Miss Gabrielle » qui se tient à carreau sans que l’on ait eu à lui rappeler sa jeunesse passée de starlette du porno.

Ils n’en savent pas assez et aucun d’eux n’est allé au-delà de leurs investigations du mois de novembre dernier.

Soit Paul de Bréveuil a parlé, soit la fuite vient de son entourage direct, soit de sa hiérarchie.

Pas possible autrement. Et pourtant, le Capitaine de frégate de réserve interrogé sur ce mystère est rapidement mis hors de cause.

Reste la piste de la hiérarchie : il y a bien eu des fuites et rumeurs sur le couple présidentiel dès le mois de mars dernier !

Noyées dans les affaires Bettencourt, de la femme de l’ex-ministre du budget passé aux affaires sociales et travail, du Préfet du projet du « Grand Paris » et tant d’autres autour du train de vie des ministres dans une cacophonie footballistique ahurissante de la fin du mois de juin.

Et personne d’envisager sérieusement un seul instant que tout ceci ne soit qu’une « simple construction littéraire ».

« Il s’agit d’être prudent : si la nouvelle se confirme, à savoir que cette histoire fasse buzz, il conviendra de prendre des mesures. »

Ce qui, sur le moment, n’est même pas envisageable, compte-tenu de la piètre qualité d’écriture.

Et puis on oubliera, c’est le pari de l’Autorité… Il y a des choses plus urgentes à régler.

Et c’est encore une autre histoire…

 

Retour au premier chapitre.

Pour accéder aux chapitres précédents (ou suivants), cliquer sur les cases correspondantes sous le post.

http://infreequentable.over-blog.com/article-operation-juliette-siera-xxxi-53522256.html


[1] http://infreequentable.blogspot.com/2010/05/operation-juliette-siera.html

[2] http://basacode.blogspot.com/ et, par exemple : www.morpheus.fr/pdf/Jeu%20de%20Banques%20.pdf

[3] Voir, « Au nom du père », à paraître aux éditions I².

 


Opération « Juliette-Siéra » (XXX)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Trentième chapitre : Débouclage final

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Lady Joan repasse au siège social de la MAPEA en fin d’après-midi, alors que plus personne n’y séjourne hormis Paul.

« Alors ? » lui fait-il

Alors rien : « C’est un bande-mou doublé d’un éjaculateur précoce ! » raconte-t-elle désabusée.

Elle n’a même pas eu le temps de lui faire sa surprise inaccoutumée. Vient-elle pour une compensation ?

« J’ai repensé à ce que tu m’as dit ce matin ! »

Quoi donc au juste ?

« J’ai bien une amie écossaise qui gère une partie de la fortune de son grand-père… »

L’autre partie, c’est le cabinet de feu Sir Arthur, qui la gère. Le foncier et les métayages, uniquement.

« C’est une famille assez curieuse », poursuit-elle alors que Paul sert l’apéritif.

Il y a le grand-père, un nonagénaire, Sir Philip. « Un ami intime de mon mari. Je crois qu’ils ont fait la guerre ensemble, dans la Royal-Navy ».

Il a eu un fils mort brutalement avec son épouse. « Ils ont laissé trois enfants à la charge du grand-père. Sir Henry, qui s’occupe d’ethnologie. Accessoirement il est gay. Jamais là quand il le faut, coûtant une petite fortune à parcourir les jungles du globe à étudier les civilisations de sauvages. »

Lady Margaret. « Une paraplégique assez mignonne, engoncée dans son fauteuil à roulettes, qui s’est installée dans une aile du château familial, n’en sort même pas pour dîner et fait des recherches sur l’Intelligence Artificielle, la robotique et autres choses sans intérêt. »

La cadette, Lady Catherin. « Mon amie. Nous avons le même âge et appartenons au même club ».

Quel club ?

Paul ne le saura pas dans l’immédiat. Il n’aura droit qu’à un mystérieux : « Tu sauras peut-être si tu sais t’y prendre… Ce n’est pas de ça dont je veux te parler », fait-elle de sa douce voix.

« Elle s’occupe de la distillerie familiale et d’une entreprise industrielle locale qui fait du traitement de surface. Tu sais, les puces, les pièces délicates de l’industrie de pointe. »

Comme si Paul peut tout savoir. Tout ce qu’il comprend, c’est qu’il ne s’agit pas de nettoyage de sols.

Et alors ?

« Feu Sir Arthur y a investi beaucoup d’argent chez son ami. Mais l’essentiel des gains de ces deux entreprises est absorbé par les dépenses somptuaires en matériel divers à destination du laboratoire de Sir Philip. Et celui-ci est inaccessible. » Quant au savant, il n’émerge de son laboratoire que de temps à autre. On ne sait pas ce qu’il y fait. « Même quand on lui coupe le courant, il ne réapparaît que pour prendre livraison de nouvelles machines ou de nouveaux appareils de mesure ».

Un vieux fou ?

Que peut donc Paul pour ces écossais ?

 

« Je me suis renseigné sur toi, depuis notre première rencontre. On m’a dit que tu étais un brillant ingénieur, sorti de polytechnique, doublé de talents de pilote d’aéronavale. »

Paul confirme et résume sa courte mais dense carrière sous les drapeaux et ailleurs à son interlocutrice.

« Ne crois pas que je sois un espion à la solde de mon gouvernement. L’opération « Isidore » est une sorte d’accident, dont je ne sais même pas qui me l’a attribuée. Vraisemblablement une erreur de casting.

Finalement, grâce à toi, je ne m’en sors pas trop mal. C’est déjà ça. »

Ou veut-elle en venir ?

« Les américains s’intéressent à ce conglomérat familial. Je ne sais pas pourquoi mais je le devine. Moi, j’y ai des intérêts. Et mon amie le dirige tant bien que mal. Pourrais-tu en savoir plus ? Pour me rendre service. »

Comprendre, savoir le pourquoi de l’intérêt des américains ? Ou savoir où file son pognon ?

« Les deux… Comprends, mon ami. Catherin est une amie. Une amie qui compte. Je me verrais mal la savoir en danger sans tenter de l’aider. D’un autre côté, j’aimerai bien valoriser les intérêts de sa firme et en même temps la mienne. Or, il me semble que tu travailles pour une SA d’armement. »

Et alors ?

Oui, la MAPEA est une entreprise familiale à taille humaine qui a pour quasi-unique client l’armée au sens large, et quelques autres.

Oui, on y a des projets technologiques avancés en développement. Mais ils viennent de trouver leur financement. En faisant jouer la chaîne des crédits d’impôts, dotation en fonds de recherche et crédit d’impôt recherche, il y en a pour deux ans avant d’aboutir et de rechercher de nouveaux financements.

Croit-elle pouvoir lui tirer les vers du nez aussi facilement ?

« Il se pourrait qu’il y ait des synergies entre vos deux entreprises. Je ne sais pas lesquelles, mais si la CIA cherche à savoir, c’est qu’il y a sans aucun doute en la matière. »

Un peu court comme raisonnement.

Mais pas forcément infondé.

 

« Milady. Je te ferai la même réponse que l’agent de la CIA qui m’en a parlé le premier. Ma chaîne de commandement passe habituellement par mon Premier ministre. Pour le reste, je suis tenu au secret militaire. Et je n’ai pas pour habitude de fouiller là où on ne me le demande pas. »

Même si c’est une faveur demandée par une jolie femme ?

« Surtout ! C’est peut-être un piège façon Mata-Hari. Tu sais, même si on n’est plus au temps de la guerre froide, la guerre technologique persiste. Et je ne me vois pas aller dénicher des petits secrets chez les royaux sujets de ta très gracieuse Majesté. Ni livrer ceux de la République contre quelques étreintes, aussi sublimes soient-elles… »

Tu me déçois, fait-elle savoir.

« Un rapprochement entre deux chefs d’entreprises, ça s’est déjà vu. Leurs gouvernements sont sollicités avant toute opération majeure, c’est tout. Rien ne t’empêche de rencontrer mon amie, tu sais ! Juste prendre contact. Personne ne te le reprochera. »

Effectivement. « Organise-nous ça à l’occasion d’un congrès quelconque. Je peux aussi solliciter mon gouvernement via les américains. Demain, les uns et les autres n’auront, provisoirement, plus rien à me refuser. On pourra toujours improviser. »

Tu es un amour, s’entend-il répondre.

 

…/ (Aparté n° 15) /…

 

Le temps passe.

Jean-Charles et Gabrielle font leur travail consciencieusement. La Bourse parisienne hésite à ne pas être vendeuse, pour finalement aller rechercher les 4.000 points avant la liquidation de fin d’année. Mais sans franchir cette barre symbolique, alors même que toutes les autres places financières, après quelques hésitations, surperforment la place parisienne…

Ces deux là arbitrent les avoirs cantonnés dans les SC de telle façon que d’un côté, il y a du dollar et des bons du trésor américain, de l’autre des avoirs liquides libellés en euro.

Il faut dire que les dizaines de milliards que représentent les fonds du fonds de dotation et des SC de Paul pèsent à la vente.

Fin novembre, tout est fin près pour le transfert du capital de la première SC entre les mains de l’Otan.

Manque plus à Washington que de désigner un mandataire ad hoc. Ce sera Charles Almont.

Naturellement. Pour lui, c’est un grand honneur et la réunion de signature a lieu dans les locaux de l’ambassade parisienne des États-Unis, en présence de son excellence l’ambassadeur.

Discours simples et courts. À huis-clos.

Aux petits fours dressés sur une table pour l’occasion de la « confortation dans le respect mutuel de deux grandes démocraties face aux défis du monde », Charles Almont, nouvellement directeur-adjoint de la branche « Europe continentale », adjoint au Directeur Europe, Ivan Niwe présent pour l’occasion, en profite pour relancer « Charlotte ».

« Avez-vous pensé à la petite affaire dont je vous ai parlé lors de mon dernier séjour dans votre belle ville ? »

« Naturellement. Vous connaissez mes conditions, n’est-ce pas ? »

Bien sûr qu’il s’en rappelle. Mais ce n’est pas de ça dont il veut parler. Estime-t-il qu’il peut avoir une ouverture favorable, ou pas du tout ?

L’occasion est trop belle : « Je ne jurerai de rien, mais disons que Lady Joan pourrait ne pas me refuser quelques menus services. Je ne garantis rien, bien entendu. Souvent femme varie. Mais d’ici le début de l’année prochaine, quand j’en aurai terminé avec toute cette affaire-là, si j’ai les autorisations et accréditations que vous savez, pourquoi vous refuserai-je d’essayer d’en savoir plus, après tout le mal que vous et votre pays vous êtes donnés pour le plus grand bien du mien ? Un prêté pour un rendu. »

Mais qu’il veille avant toutes choses aux accréditations et ordres de mission. « Notamment vis-à-vis de vos homologues britanniques. Au moins autant que des miens. »

 

De leurs côtés, Le Capitaine de corvette Gijou a pu faire son trekking dans le grand nord à la recherche du soleil d’équinoxe d’automne.

À son retour, elle est promue Capitaine de Frégate le même jour et au même endroit que Paul de Bréveuil l’est aussi, au même grade ! Peut-être que désormais, on ne lui gâchera plus ses vacances estivales…

La cérémonie, a lieu à Toulon fin novembre.

Émotion garantie pour toute l’équipe de Fox qui fait le déplacement.

Emily Lison repart de son côté pour enregistrer son disque à L.A. Plus tôt que prévu.

Et sans avoir pu approcher Paul avant son départ.

Le Lieutenant-colonel Solre est enfin détaché à Tahiti, comme le souhaitait, depuis si longtemps son épouse : à eux la douceur des alizés tropicaux.

Le Général Li-Phong se frotte les mains : Son agent Mahido est réapparue dans les rues de Paris après quelques semaines d’absence.

Elle a repris contact selon la procédure prévue à cet effet.

Pour l’heure, elle reste en « quarantaine » au restaurant de Mylène, à aider au service. Mais ce n’est pas à désespérer, puisqu’elle a obtenu des papiers et sa naturalisation française.

Un jour où l’autre, on en saura plus sur ce de Bréveuil et ses activités.

Joëlle Lidoire a repris son travail à la Cour des comptes régionale de Marseille. Elle est en instance de divorce et se bat pour la garde de ses filles…

Elle obtiendra la garde partagée alors qu’elle sera promue à Paris et rattachée à Tracfin, là où son ex est déplacé à Bordeaux. Il avait demandé l’Alsace…

Charlotte, la vraie, de « CAP Investigations », voit passer un jour sur le compte un relevé avec des tas de zéro. Elle soupçonne Aurélie d’une arnaque quelconque et s’affole avant de se rassurer auprès de Paul.

De toute façon, les fonds ne restent pas plus d’une semaine : Le « Boss » fait jouer la « clause croupier » insérée dans les statuts de leur petite société et réalise son opération de donation à son fonds de dotation.

C’est tout juste s’il laisse un peu de trésorerie supplémentaire.

Maître Lardco est averti par Paul que si il s’adresse à la bonne personne et selon la bonne procédure, son client peut espérer quelques minimes compensations indemnitaires… « Mais estimées suffisantes par l’Autorité ». À prendre ou à laisser.

Ce qui laisse l’avocat assez perplexe sur ses prétentions.

Quant au « Capitaine Haddock », il est appelé un jour au téléphone.

« Vous vous souvenez de moi ? Barcelone, Amiral ! »

Bien sûr qu’il se souvient. « Les voleurs ont été dépouillés à leur tour. » À lui de monter sa fondation. Mais il voudra en savoir plus… plus tard.

 

Et tous ces mouvements de fonds remontent tout au long de la hiérarchie bancaire. Le procureur en est saisi et fait débarquer, un matin du début du mois de décembre, un substitut accompagné d’un commissaire de la brigade financière et d’un lieutenant de police du même service. Entre Isabelle, la PDG qui passe justement ce jour-là signer quelques contrats de fournitures et Françoise, la secrétaire encore plus émotive que jamais sur ce coup-là, il y a grande improvisation.

Jean-Charles et Gabrielle finissent par recevoir ces messieurs.

« Mais vous savez, le patron ici, ce n’est pas moi ! » se dégonfle assez sûrement le bonhomme devant l’assurance du trio.

Au grand dam de Gabrielle qui se tait dans son coin, acharnée à lire des rapports d’expertise.

Paul, alerté par la secrétaire, rentre en trombe de déjeuner d’avec un client dans les dix minutes qui suivent.

« De quoi s’agit-il, Messieurs ? » Les uns et les autres se présentent sur un ton qui se veut menaçant.

« Et que puis-je pour vous ? »

On lui explique que les forts mouvements sur les comptes intriguent l’agence où les comptes bancaires, Banque de France, Caisse des dépôts et une banque commerciale, sont ouverts.

« Et alors ? Il est interdit d’ouvrir des comptes au nom de personnes morales, dans ce pays ? »

Pas vraiment, mais les montants importants qui laissent supposer un trafic d’influence ou une origine « sale », illégale, sinon obscure desdits fonds…

« J’admets que vous puissiez avoir des soupçons. Ce n’est en effet pas tout-à-fait habituel. Néanmoins, je suis dans l’obligation de vous opposer le « secret-défense » avant que vous ne poursuiviez vos investigations plus avant. Il me coûterait de devoir mettre au secret trois fonctionnaires de mon pays du seul fait qu’ils aient fait consciencieusement leur boulot. »

Quel « secret-défense » ?

« Celui-là. » Et Paul de saisir son téléphone et de composer un numéro par les raccourcis du clavier. « Le Général Wimereux, s’il vous plait. C’est urgent. De la part du Capitaine de frégate Paul de Bréveuil. « Opération Isidore », s’il vous plait. »

L’un des flics tente d’arracher le combiné téléphonique des mains de son détenteur. Paul se recule instantanément.

« N’approchez pas ! Je serai dans l’obligation de faire usage de la force ! »

« Parce qu’en plus vous nous menacez ? » réplique le substitut, alors que les policiers sortent leurs armes de leurs étuis et mettent en joue Paul.

« Tout doux ! Rangez vos flingues, vous n’êtes pas menacés ni même en situation de légitime défense… Précision : mes locaux sont sous surveillance vidéo… Mes respects mon Général. J’ai un petit problème à régler sur le champ. Je vous propose de bloquer les accès de mon immeuble… Oui, j’ai un substitut du Procureur encadré par deux officiers de police judiciaire qui s’inquiètent pour ma santé mentale et me soupçonne de blanchiment d’argent. Je leur précise quoi au juste, mon général ? »

Silence de plomb dans une oreille alors que dans l’autre, Paul entend nettement le général déglutir avant de reprendre sa respiration et d’éructer dans l’appareil téléphonique.

« Oui, mon général. Je sais bien que c’est du blanchiment. Mais doivent-ils repartir en sachant que c’est pour le compte du gouvernement qui les paye tous les mois, ou dois-je taire même cette information ? »

S’en est presque comique : le trio de justiciers en écarquille les yeux au point qu’on peut penser qu’ils vont sauter de leurs orbites.

« Les neutraliser ? Vous n’y pensez pas, mon général : Pas en présence de trois femmes dans mes locaux ! »

Les deux flics relèvent leurs armes vers le visage de Paul.

« Bien sûr, mon général. Mais je préférerai qu’ils reçoivent des ordres de leur hiérarchie. Il me semble qu’ils deviennent nerveux et pourraient être amenés à se méprendre sur nos intentions véritables. »

Paul fait un clin d’œil à Gabrielle qui reste dans ses petits souliers, l’air complètement tétanisée, la bouche ouverte.

Encore un peu et, soit elle, soit Jean-Charles vont finir par faire pipi sur eux.

« À vos ordres mon général ! » Et Paul raccroche. « Vous allez devoir patienter cinq petites minutes avant de recevoir un appel de vos patrons respectifs. Je peux vous offrir quelques rafraîchissements, en attendant ? »

Le substitut opte pour un Perrier rondelle. « Françoise, sans faire de geste brusque, pourriez vous avoir l’amabilité de préparer un Perrier rondelle pour Monsieur le substitut et un glaçon ou deux mouillés dans du scotch pour moi, s’il vous plaît ? », fait-il à l’interphone.

 

À peu près au moment même où la secrétaire entre, faisant s’entrechoquer les verres maladroitement poses sur un plateau dans la salle de conférence encombrée de dossiers et d’écrans d’ordinateur, la rue bruisse de claquements de portières des commandos du ministère arrivés en trombe et en crissant du pneu, le téléphone du commissaire vibre.

Puis celui du substitut sonne.

« Bien, Monsieur le Directeur ! » fait le flic avant de reprendre à l’adresse de tous. « Désolé Monsieur le procureur, mais il y a méprise. Nous ne sommes jamais venus jusqu’ici. Nous ne vous avons jamais accompagné aujourd’hui. Ce sera dans notre rapport dès ce soir. » Et à l’adresse de son collègue : « Viens ! On se casse. Mes respects, capitaine ! », fait-il avant de prendre congé.

« Mais… Mais… ». Le substitut est quant à lui plus rétif à déguerpir, accroché à ses convictions et son portable, et ce, malgré la défection de son escorte policière.

Puis il raccroche. « Capitaine, je ne sais pas comment vous avez fait. Il est clair que cette subite intervention du Parquet n’est pas claire et suscite des questions renversantes… »

Paul se veut rassurant : « Ne vous inquiétez pas, Monsieur le substitut. Tout ce que nous faisons ici n’a strictement rien d’illégal au contraire. Si vous êtes capable de tenir un secret d’État tout au long de votre vie, je peux même être plus précis sans violer ma mission. »

L’autre hésite et puis acquiesce.

« Nous n’avons fait que voler des voleurs. L’argent de la Nation rentre au bercail. Et de telle sorte que demain, il n’y ait plus aucune trace de nos actions. C’est tout ce que je peux vous dire et vous en savez déjà trop pour votre sécurité. » Il pense aux noms du général et de l’opération qu’il a prononcé en la présence des trois hommes.

« En bref, vous n’êtes jamais venu. Tout ceci n’a jamais existé. Les ragots, rumeurs et délations seront classées sans suite. Jusqu’à n’avoir jamais existé. Il en va de la sécurité de nos institutions républicaines, croyez-moi ! »

Une question toutefois : « Pourquoi l’armée et vous en particulier ? »

Paul éclate de rire : « Ah ça ! Je me serai bien passé de ce cadeau empoisonné : il m’a gâché mes vacances d’été et me pollue l’esprit quant à mon travail. Je ne peux pas vous répondre parce que je n’en sais rien.

Peut-être tout simplement parce qu’aucun autre service de la République ne pouvait le faire pour ne pas réunir toutes les conditions de sa réussite. Allez savoir ? Enfin non, n’essayez pas de savoir : moi qui suis le premier concerné, je me passe bien de la réponse, figurez-vous ! »

 

On n’entendra plus jamais parler de cet… « incident ».

Nulle part et personne.

 

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http://infreequentable.over-blog.com/article-operation-juliette-siera-xxx-53522015.html

 


Opération « Juliette-Siéra » (XXIX)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Vingt-neuvième chapitre : Haute-voltige

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

« Voilà comment les choses vont se passer », commence Paul.

Et d’expliquer que le trust subventionne un « fonds dédié ». Article 140 de la LME…

« Mais ça génère des crédits d’impôt ! Ce n’est pas neutre pour le Trésor », proteste Jean-Charles.

« Uniquement pour les donateurs domiciliés en France. Or, je vous ai dit qu’il est britannique. »

Et pourquoi pas une fondation dans ce cas-là, c’est plus orthodoxe.

« Pas question d’utiliser des fondations existantes avec pignon sur rue et charge de manipuler les fonds comme on l’entend : ce serait remettre d’autres personnes dans le secret d’État. Pas question non plus d’utiliser la mienne, on pourrait s’y perdre et attirer l’attention. Quant à en créer une, ça va prendre des mois. Idem pour une association reconnue d’utilité publique, les autres ne pouvant recevoir des dons. Et les services du Préfet concernés vont demander des comptes.

Le fonds dédiés est nettement plus simple d’autant que c’est cette grande maison ici même qui valide le schéma. Ce n’est pas pour rien que nous vous avons choisi, puisque vous en êtes issus tous les deux. »

Et une structure helvétique ? « C’est ça ! » s’insurge Paul. « Pour se prendre encore un juge incontrôlable sur le dos ? Pas question ! »

L’objection levée, Paul continue, le général Wimereux buvant du petit-lait en écoutant l’exposé de l’agent imposé par le Chef d’État-major, qu’il a déjà écouté par trois fois, mais sans rien y comprendre jusque-là.

Actif, les titres du trust. Passif, une dotation de subvention d’investissement conforme à l’objet social : « Vous me soignez ce détail. Il s’agit de prendre en charge des dettes républicaines. Ce qui ne veut rien dire. Et de souscrire tout emprunt émis par l’État, dont nous savons tous les trois qu’il s’agira de les abandonner, une fois l’opération faite. »

Abandonner une créance ? Comment est-ce possible sans que ce soit un produit.

« Je vais vous expliquer. Première étape, on cantonne les titres les plus liquides dans une SC à capital variable de 1.000 euros. C’est notre « fonds dédié » qui possède le capital social. Il cède ces actifs-là à ladite société civile… »

Mais pourquoi ne pas les apporter en capital ?

« Parce que la SC doit ne rien valoir, nominalement. Actif, les titres. Passif un compte-courant au nom du fonds. Tous les deux, vous bazardez les titres et récupérez du cash. Pour l’essentiel, ce sera le Trésor public qui rembourse ses obligations en avance sur le terme. »

Avec quel argent ?

« Une seconde, s’il vous plaît Madame. Une fois qu’on atteint la contre-valeur de 15 unités en dollar, l’Otan souscrit à hauteur de 1.000 euros au capital social. Pas de droit d’enregistrement à prévoir puisqu’on est en capital variable et qu’il n’y a pas d’immobilier. Ce n’est même pas un acte à enregistrer. Le jour même, le « fonds dédiés » sort du capital social. On se retrouve avec une société civile dont toutes les parts se retrouvent réunies en une seule main. Le lendemain, l’AG de dissolution est convoquée. Et dans les 15 jours, les fonds cantonnés sont la propriété de l’Otan par dévolution de tout l’actif. Il n’y a pas de droit de partage, ni d’impôt sur un éventuel boni de liquidation, puisqu’on est dans l’article 8 du CGI. Ça vous va ? »

Les trois personnes qui écoutent Paul en restent un peu étourdies. C’est le général qui rompt le silence le premier : « Je croyais qu’on devait faire faire un rescrit ? »

Ça, c’est pour « blinder » l’opération, de façon à couper court à toute tentative d’un contrôleur territorial qui viendrait mettre son nez dans l’affaire par inadvertance. En attendant la prescription fiscale : après, le dossier est de toute façon classé.

« Notez que la création de la SC, je suis dedans pour 100 euros, le fonds dédié à créer pour 900 euros, est à faire immédiatement. Et elle sera dissoute avant la fin de l’année. »

Quant à la procédure de l’article L. 80 B du CGI, elle passera par l’Élysée, sans contreseing du ministère des finances : c’est là la seule irrégularité mineure consentie à la procédure. « Si un jour on rencontre un os, on trouvera bien un directeur ayant délégation de signature, juste le temps d’apposer son paraphe si nécessaire, le tout pour verrouiller totalement le système du point de vue fiscal. »

 

Mais alors, c’est qui qui paye ? Le Trésor ou le fonds ?

« Officiellement le Trésor : il rembourse ses obligations émises dans le passé. Mais vous n’ignorez pas qu’il n’a pas d’argent. Donc on va le lui fournir.

Or, vous n’êtes pas sans ignorer que les banques de notre pays ont reçu, il y a plusieurs mois, des dizaines de milliards d’avance de trésorerie. Une grande partie a été remboursée, mais il en reste. Chacune gère également des Sicav, des FCC et des FCP qui servent à leur refinancement sur les marchés.

Eh bien, puisque le fonds dédiés en possède pour plus de 13 unités, nous allons faire de même, avec une autre SC à capital variable et liquider ses titres.

Attention, rapidement, mais sans déstabiliser les marchés : il s’agit de se financer par les marchés, simplement. Ce faisant, dès que l’opération est terminée, l’Agence France-Trésor devient le nouvel et unique associé de cette SC là.

Même cause, même effet, réunion de toutes les parts en une seule main, dissolution et dévolution des actifs au Trésor Public, ni vu ni connu. Or, je crois que vous êtes tous les deux accoquinés avec vos collègues de ladite agence. Donc à vous de jouer.

Idem pour les fonds gérés sous forme de « pierre-papier ». Une troisième SC et même dévolution, mais à l’agence « France-patrimoine », qui se chargera de liquider la pierre-physique et les reliquats de l’opération reçue en dévolution.

Je suis le gérant de ces trois SC. Vous êtes mon comptable. Je suis le patron du fonds dédié, vous êtes mon trésorier et vous Madame, notre secrétaire de Conseil d’Administration. »

Il s’agira d’être réactif et de ne pas se tromper dans les arbitrages et la circulation des flux et des jours de valeur.

Et pourquoi ne pas rembourser directement l’Otan avec du papier émis par les institutions financières bancaires ?

« Justement, parce qu’on veut effacer l’existence des bons du Trésor avec l’argent du marché sur les autres nature de titre. Ces derniers réapparaîtront un jour ou l’autre, au moins à leur échéance. Mais, car il y a un mais, on ne tient nullement en haut lieu à ce qu’un malin fasse le lien entre l’Otan et des créances balancées n’importe comment sur le marché.

Ni avec nos OAT tirés sur le Trésor. Et je rajouterai qu’on ne laisse pas non plus le Trésor américain le soin d’arbitrer l’opération autrement qu’à la marge : trop dangereux pour les épargnants du pays ; on le fait nous-mêmes ! »

Et puis, selon les réactions des marchés financiers, il se peut qu’il n’y ait pas assez pour éteindre la dette américaine.

« C’est sûr que jusqu’à la fin de l’opération, la bourse aura du mal à se redresser… » prédit Huisne.

 

« Deux impératifs : Nous sommes 6 à être au courant de ces opérations. 3 à les mener à bien. Il n’est pas question de déléguer à vos staffs respectifs. En revanche, je vous héberge tous les deux au siège social de la MAPEA, de l’autre côté de la Seine, à deux pas : Vous bénéficierez ainsi de la logistique des locaux.

Il n’y en aura qu’un 7ème à savoir : le commissaire aux comptes du « fonds dédié ». On fait les choses à la régulière et on liquide et dissout le fonds avant Noël : ce sera donc mon commissaire.

Pas question de laisser à un prochain gouvernement, au plus tôt en 2012, le temps de fouiller dans nos opérations financières. On boucle pour que la prescription fiscale tombe le 31 décembre 2012 au soir. »

Le deuxième impératif ?

« Notre Président doit être en mesure d’annoncer en décembre prochain que le Grand emprunt sera d’un montant de 35 milliards d’euro.

13 milliards de remboursement attendus des banques au moment de l’effort de refinancement du début d’année.

10 milliards de rachat de papiers arrivés à terme effectué sur les marchés par l’Agence France-Trésor.

Et 11 et 12 milliards empruntés directement sur la place, dont partie sera financée par vos ventes via l’agence France-patrimoine.

En définitive, Il ne devrait coûter que 7 milliards au pays en effort d’investissement l’année prochaine, moment où une loi de finances rectificative, vraisemblablement en mars 2010, autorisera l’exécutif à engager la dépense et à lever les fonds.

On n’a pas le temps de l’intégrer dans la loi de finances classique de fin d’année, actuellement en discussion devant le Parlement. Et tout dépendra des résultats de votre travail des prochaines semaines. »

Des questions ?

Des centaines de questions, mais rien ne sort.

 

« J’ai par ailleurs trois cas particuliers à traiter dans toute cette masse. Mais il ne s’agit que de quelques dizaines de millions d’euro.

Mes frais : 3,4 millions seront attribués par le fonds dédié à « CAP Investigation ». Une prime de 1 pour 10.000. Je compte la réinvestir dans un second « fonds dédié » à ma seule botte pour assurer le besoin de financement de recherches appliquées de ma petite usine de l’Ardèche.

Le Secrétariat général de l’Élysée n’a pas émis d’objection et ça lui évitera de consommer du grand emprunt en subvention de recherche.

Une vraie prime d’aviseur de 50 millions d’euros qui filera à une prochaine fondation destinée à construire quelques grand-voiliers, à créer par un aviseur rencontré à Barcelone.

Et une indemnisation à hauteur de 24 millions d’euro à un dénommé Ferrayé ou ses ayants-droits désignés, sans qui tout ceci ne serait pas possible. Il s’agit d’indemniser à raison de 1 pour 1.000 sa participation à ce vaste effort de nettoyage. »

Mais seulement si les uns et les autres réclament ces sommes.

« Je vous en parle, parce que sur ce second fonds, je compte bien utiliser les effets de leviers fiscaux sur les donations, mon Général. Bon, ce n’est pas grand-chose, mais je compte sur vous deux, Monsieur, Madame, pour être tout autant respectivement les Trésorier et Secrétaire du conseil d’Administration de ce second fonds de dotation. »

Il semble qu’à part Paul, autour de la table, personne ne comprenne vraiment la manœuvre de haute voltige financière.

Même le général Wimereux, pour qui c’est la 4ème fois qu’il l’écoute avec avidité.

Quant aux deux autres, ils ont tout juste capté qu’ils bossent désormais « rive-gauche » et en solo… Voilà qui ne sera pas vraiment simple !

Mais avec un « chef » pareil, ils en auraient peut-être assez pour combler leurs carences.

« Vous êtes sûr que le Trésor n’est pas perdant, dans cette affaire ? » questionne Jean-Charles.

Paul reste un instant coi, comme tétanisé à l’idée de ne pas avoir été assez clair.

 

« Monsieur le Contrôleur Général, j’aimerai bien savoir comment il pourrait être perdant. L’opération se solde par l’effacement de 23 unités de dette contractée par lui-même ou au nom de nos banques, plus 11 à 12 autres unités à termes plus ou moins rapide en foncier.

Moyennant quoi il en abandonne le même montant, 12 à 13 selon la parité Euro/dollar, immédiatement et sans décaissement autre que les jours de valeur.

Vous préférez que ces fonds restent en à dormir en Angleterre ? »

Mais d’où viennent ces fonds anglais ? Pourquoi ?

« Ne posez pas les questions dont vous n’aurez jamais la réponse ! 

En revanche, il vous est impératif d’être vigilants aux normes juridiques, y compris leur enregistrement si nécessaire, à la validité juridiques des actes auxquels il ne doit manquer aucune virgule, leur rapidité d’exécution et à la neutralité fiscale de l’ensemble. Nous comptons absolument sur vous.

Et hors les 77,4 millions de « traitement spécial », vous serez l’un et l’autre, ou les deux, témoins immédiats et privilégiés de tout ce que vous souhaitez savoir ou voir.

En revanche, les questions idiotes, du genre qui pourraient vous faire bêtement basculer au travers d’une fenêtre d’immeuble grande-hauteur, évitez, s’il vous plaît. »

Solide… Ils en blêmissent tous les deux !

Dans quelle galère ils se sont engagés ?

« La question des compensations à attendre pour ce travail hors norme, c’est de votre ressort ? »

Le regard du Général croise celui de Paul : vont-ils se retrouver avec le syndicat unifié des agents des impôts sur le dos, d’ici peu ?

Sentant le piège venir, Paul prend les devants.

« À compter de ce jour, et je vous rappelle ma question préalable du début de cet entretien à laquelle vous avez tous les deux répondu par l’affirmative, vous êtes détachés de votre administration pour entrer au service de la MAPEA.

Naturellement, dans le privé, on paye un peu plus que dans le public. Mais pas énormément.

Si la boutique vous plaît, à vous de faire votre demande de « mise en disponibilité » à votre administration. Mais l’essayer, c’est parfois l’adopter, je vous préviens. »

Au moins, il les aura sous la main, ces deux là…

Visiblement, le général apprécie : lui n’a pas les moyens de subordonner tout le monde.

Un bon élément a dit, le jour de son enlèvement par la coréenne, le chef d’État-major dans les locaux de la DCRI…

 

Courant octobre, les choses se mettent rapidement en place : les fonds dédiés et sociétés civiles sont créés, immatriculées, publiées. Les comptes bancaires sont ouverts. L’inventaire des actifs est bouclé et les valeurs sont surveillées comme du lait sur le feu.

Lady Thornner peut venir recueillir les signatures des mandats de transfert à Paris qu’elle a fait préparer par ses clercs.

Miss commence très fort en reluquant le physique de Gabrielle et énonce en anglais qu’elle apprécie que Paul prenne goût aux fortes poitrines.

« Soyons sérieux, Milady. Nous avons du travail : il convient de vérifier que tout est en ordre ».

L’échange de signatures et les actes de transfert d’actifs sont entérinés au siège social de la MAPEA, ce jour-là.

S’en suit une scène assez cocasse.

Paul, pour faire honneur à son hôte, l’invite à déjeuner dans un des hauts-lieux gastronomiques de la capitale, accompagnés par le Trésorier et le Secrétaire du Bureau du fonds dédié nouvellement créé.

L’homme le plus riche de France, pour quelques-temps seulement, peut faire l’effort de faire découvrir le chevet de Notre-Dame de Paris depuis le fait d’un restaurant internationalement réputé pour sa recette de canard au sang, au-dessus du quai de la tournelle.

Ils sont accueillis par un : « La table de Monsieur le Baron n’attend plus que Monsieur le Baron et ses invités ».

Baron ?

Noblesse de second empire : « Ma famille a toujours servi son pays ! »

Lady Joan est installée en direction de Notre-Dame, face à Paul qui du coup tourne le dos à la cathédrale. Ce n’est pas orthodoxe, mais cette disposition permet aux deux autres, rien qu’en tournant la tête, de mirer la Seine en contrebas.

Le repas se passe, jusqu’à ce, s’exprimant en anglais, Lady Joan s’adresse à Paul.

« Si ce n’est vous qui me faites du pied, est-ce donc notre voisin ? »

Huisne serait-il « hot for you ? »

Gabrielle Choisille lève le nez de son assiette : « Vous parlez de quoi ? ». De la température de nos mets. « Mais elle est parfaite. C’est vraiment délicieux. »

Et lady Joan de poursuivre : « Seriez vous choqué si je poursuis ? »

Pas le moins du monde. Il aurait simplement envisagé que l’après-midi se passe à son avantage.

« Peut-être aviez-vous prévu compensations. Je vous invite à dîner pour poursuivre cette conversation ? »

« D’autant que j’aimerai vous parler d’une information captée par hasard il y a quelques semaines, » poursuit-il en français.

De quoi s’agit-il.

« Il se trouve que mon contact américain souhaite que je m’intéresse tout particulièrement à une entreprise écossaise dans laquelle vous auriez quelques intérêts. »

Elle ne voit pas de quoi il s’agit : il y a plein d’entreprises dans les diverses participations qu’elle gère.

« Rassurez-vous, je lui ai seulement indiqué d’en référer à ma chaîne de commandement. Mais de toute façon, je me réserve le droit de refuser toute nouvelle mission. Ce n’est pas mon rôle ni ma fonction. »

Jean-Charles est manifestement troublé durant le repas. Lady Joan et Paul s’en amusent alors que la Gabrielle commence à perdre sa bonne humeur.

La cerise sur la gâteau, c’est quand au moment de se séparer, Lady Joan invite Jean-Charles dans son taxi : « Vous est-il possible de me faire visiter votre ville avant de me ramener à mon hôtel ? » lui demande-t-elle sur le trottoir…

Une croqueuse d’hommes, la veuve !

 

Et, une fois partis, Gabrielle s’adresse à Paul sur un ton véhément : « Vous croyez ce que je crois ?

Mais comment fait-elle ? Mon chef ! Avec cette poufiasse toute refaite de partout ! Même son trou du cul doit être un faux !

Vous vous rendez compte, lui qui ne touche jamais à personne au bureau, qui est marié en plus, le voilà qui s’envoie en l’air avec cette pimbêche qui pourrait être ma mère ? »

Elle exagère… un peu, là, non ?

« Il y a des femmes, c’est comme ça, elles ont un charme qui les rendent irrésistibles. Il leur suffit de claquer dans les doigts et tous les hommes tombent à genoux à leurs pieds ! »

« Claquer dans les doigts ? Mon œil ! Vous voulez dire qu’elles sont juste blondes avec une grosse poitrine. »

Ça rajoute au charme et ne lui retire rien. « Mais ce n’est pas l’essentiel. Claquez dans les doigts plus qu’à votre tour, Gabrielle, et vous verrez que vous avez tout ce qu’il faut pour faire tomber à vos pieds n’importe qui ! »

Elle lève le bras et claque des doigts, l’air furieux.

Une invitation ou une opportunité ?

Paul met à terre un genou devant elle.

 

…/ (Aparté n° 14) /…

 

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Opération « Juliette-Siéra » (XXVIII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

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Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Vingt-huitième chapitre : Le compromis

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Le lapin posé par « Charlotte » au Sofitel de Saint-James, après avoir faussé compagnie à son équipe de bleusailles la veille, n’est pas pour plaire à Charles Almont.

Il en fait une « grosse colère » à l’encontre de « ses » amateurs avant de filer à Waterloo-station, direction gare du nord à Paris.

Pour finalement se présenter en fin de matinée au siège parisien de la MAPEA où l’on attend le patron, en visite matinale au ministère.

« Où étiez-vous passé ? » attaque-t-il avant même de dire bonjour, quand Paul rentre en coup de vent au bureau.

Il n’a pas de compte à lui rendre. « Françoise ! » fait Paul à sa secrétaire-standardiste-hôtesse d’accueil, « J’ai oublié de vous informer que j’ai invité ce monsieur pour un petit déjeuner. Vous pourriez nous faire chauffer un « continental breakfast » avec des croissants chauds ? »

« Venez, Monsieur le Directeur. Il faut que nous fassions le point, tous les deux ! »

Et Paul d’entraîner son visiteur dans la salle du Conseil.

« Je constate que le blindage des fenêtres a tenu le coup », fait ce dernier en regardant les trois traces d’impacts de balle de ses tireurs…

Efficace.

C’est du Saint-Gobain.

« Elle vous a donné rendez-vous dans un lieu sûr, n’est-ce pas ? J’imagine qu’elle doit savoir que ses locaux sont « piégés » depuis longtemps ! »

Ça tombe sous le sens. En tout cas pour la première assertion. Pour la seconde, Paul emballe le tout dans une affirmation générale… Voilà ce que c’est que de faire des phrases à plusieurs propositions en même temps !

« J’ai besoin de vous » commence l’agent spécial de la CIA.

Moi aussi, répond son vis-à-vis !

Et de résumer la situation. « Milady Thornner m’a rendu les clés du trust. Maintenant, elles sont entre les mains de mon gouvernement. Ma visite de ce matin : c’était urgent et je vous prie de m’excuser pour le faux bond londonien. Ma mission d’abord. »

Le directeur peut comprendre.

Seulement voilà… « J’ai de nouveau un problème : Je sens qu’on va me coller la suite sur le dos, à tous les coups. À savoir l’apurement de nos dettes à l’égard de votre pays, dont mes chefs vérifient ses prétentions, et la liquidation du trust.

Ce n’est pas vraiment mon métier, les liquidations, ça me met le bourdon au moral, mais il me semble qu’ils ne voudront pas mettre trop de monde sur le sujet, venant de notre administration. Et j’ai manqué d’à propos en imaginant déjà des voies de sortie de ce merdier qui ne fasse pas trop de bruit. »

De quoi s’agit-il ?

« Est-ce que votre administration serait capable d’accepter des créances arrivées à échéance sur le Trésor public français en remboursement de ce qu’on vous doit ? Il vous suffira d’encaisser le coupon final. »

Là, Charles Almont ne comprend pas : il s’attend à un chèque ou un virement encaissé sur un compte de l’Otan dont on lui précisera le numéro.

« Vous ne les connaissez pas : radins comme pas possible quand il s’agit de faire un chèque. Et puis ça passerait par un compte du Trésor en Banque de France, donc impliquerait au moins deux types « hors circuit » qui verront passer ces sommes. Autant de personnes à mettre au parfum, sans compter la hiérarchie. Ce n’est pas possible ! »

Par conséquent, le virement ne peut que se faire « en douce », hors les comptes publics de la Nation. « Et justement, nous disposons d’une tierce personne morale de pleine capacité, à savoir le trust lui-même ou son successeur : ce serait idiot de notre part de ne pas en profiter, convenez-en ! »

Admettons et alors ?

« Alors, pourriez-vous convaincre vos patrons d’accepter la manip ? Il n’y a aucun risque vu la nature des actifs du trust. » Et Paul de lui montrer l’inventaire fait par Joëlle Lidoire.

« Vous voyez, entre novembre et janvier prochain, il y a quelques milliards d’euros attendus en remboursement de la dette, très officielle celle-là, de la France. Le reste peut se recéder sur les marchés : il suffit de votre feu vert pour s’en occuper rapidement. »

Comment vous transférez ces OAT français dans le patrimoine de l’Otan ?

« On peut très bien envisager de faire un don. Mais on peut aussi user de mécanisme juridique moins voyant en cantonnant ces titres sur une société support dans laquelle vous rentrerez au capital pour 1.000 euros. Et on vous laisse la place. Vous le dissolvez et accaparerez la totalité de ses actifs dont vous disposerez à votre guise. »

Attention, c’est dangereux. « Il faut des hommes de toute confiance et un contrôle efficace au niveau de la Maison-Blanche, parce que le détournement est assez facile à faire même pour des imbéciles ! »

Vu comme ça, ça peut s’envisager. Mais il lui faudra en référer avant, pour tout accord.

« Et le reste, vous comptez en faire quoi ? »

Aucune idée. « On fera comme il sera décidé rive-droite. »

Même pas un peu de « gratte » ?

« Je ne mange pas de ce pain-là. J’espère tout juste, en retour, une bienveillance particulière pour l’usine que je dirige dans l’Ardèche. »

Sait-il que les travaux de ses bureaux d’études intéressent sa hiérarchie à lui ? Ce qui peut très bien s’arranger au plan financier ?

« Monsieur le Directeur. Vous savez bien que c’est parfaitement impossible. Je ferai ça sans accord préalable, je serai éliminé dans la minute. Et vous n’auriez rien d’autre qu’un autre clampin à ma place. Vous n’êtes pas raisonnable ! »

Si « coopération » peut exister, c’est au niveau des gouvernements que ça se décide en la matière. Et uniquement à ce niveau-là.

 

« Commodore, comment avez-vous fait pour convaincre Lady Joan ? C’est un mystère pour moi. Ça fait des années que nous avons mis la pression, directement ou par appareil gouvernemental interposé pour dénouer la situation. Et vous, en une seule entrevue discrète, vous y parvenez alors qu’on s’est cassé le nez jusque-là. Quel est votre secret ? »

Il y a un secret qu’il peut partager avec un homme de secret : le dessein politique du Président de la gauche-unie qu’il lui explique rapidement.

« Quelle que part, c’est assez malin de sa part. Et je pense que c’est respectable. Mais c’est bien ce qui a empêché jusque-là Lady Joan et son mari, de vous révéler ce secret. En revanche, avec le quinquennat, le « piège institutionnel » s’effondre de lui-même. Lady Joan avait donc hâte que je me présente pour récupérer le magot au nom du peuple français. Magot dont elle ne s’est jamais sentie propriétaire, tout juste dépositaire. »

L’explication suffit au Directeur France de la CIA.

« Je comprends » fait-il avant de reprendre. « Rien de personnel avec cette lady, alors ? »

Que répondre ? Abonder serait mentir et il est des mensonges utiles. Dénéguer serait salir une réputation.

« Que cherchez-vous à me faire dire que je ne dis pas ? »

Almont réfléchit à ce qu’il voulait faire : en parler plus tard ou amorcer déjà le poisson ?

« Lady Thornner est une femme fort influente au Royaume-Uni. Elle gère, avec son cabinet, beaucoup d’intérêts. Et dans ces intérêts, il y a une entreprise écossaise qui nous intéresse passionnément… »

Et il veut que je rentre dans son intimité, pense Paul ?

« Je vous arrête ! Une chose à la fois : D’abord le trust. Deuxièmement, je ne suis pas votre agent, et je ne prends mes ordres que, soit venant de Matignon, comme vous avez pu le constater à Kandahar récemment, soit de mon ministère de tutelle. Pas de Langley ni de Washington ou de n’importe où ailleurs. »

« Vous êtes pourtant MON meilleur agent en Europe, figurez-vous ! »

Sur ordre et contrainte de la tutelle, uniquement. « Ce sont eux qui décident finalement. Vous connaissez ma chaîne de commandement. À vous de voir. Et notez que ce n’est pas non plus mon métier : il y a des agents mieux formés que moi pour ce genre de chose, n’est-ce pas ? »

Oui, mais… Et puis Almont abandonne et en revient au sujet du moment.

« Okay, old chap ! Je file à Washington et je vous tiens au courant par l’agent Lison. Je prends trop de risques de confusion en venant jusqu’à vous, ici-même. Même si la situation l’exigeait. Fameux vos croissants, mais je ne comprends pas comment vous pouvez boire du café aussi fort ! »

Ce n’est rien : « Avec une bonne rasade de rhum, c’est bien meilleur, croyez-moi. Mais le soir, il faut le faire avec une rasade de whisky irlandais. Sans ça, ça trouble le sommeil ! »

Du lard ou du cochon ?

La perspective n’empêche pas les deux hommes d’en rire sur le moment.

Reste à faire le rapport demandé par la hiérarchie et se remettre au travail pour l’usine.

 

Dans les jours qui suivent, le cours des choses semble reprendre une normalité perdue au début de l’été.

En fait, « au plus haut niveau », ça fermente sévère.

À l’Élysée, entre le plan de soutien des banques, le plan de relance de l’économie et le grand-emprunt avec le rapport de la commission « Carreaux-Pète-jus », on ne sait plus où donner de la tête. Il faut aussi boucler les lois de finances fiscale et sociale, y faire glisser des mesures issues du rapport Tabarot, coordonner la réforme de la taxe professionnelle, avancer sur la taxe carbone et piloter les députés et leurs amendements.

Tout ça dans la précipitation habituelle en plus de « gérer » les relations internationales, les sommets du Pittsburg, de Copenhague en ligne de mire, après la déconvenue, la « claque » même, de la rencontre de Strasbourg sans passer par l’Élysée du Président américain en début d’année et le sommet de Londres tout autant navrant.

À Pittsburg, la solution avancée par « Charlotte » n’a pas encore le feu vert du Président américain. Son homologue français plaide pourtant ardemment pour « ne pas faire de vague » dans l’opinion publique.

« Si nous sommes obligés de déballer l’ensemble sur la place publique, vous pensez bien qu’il y aura des retombées des deux côtés de l’atlantique en passant par l’Angleterre… »

Ça ne concerne que la France, lui a été-t-il répondu.

Ambiance.

À Londres, le discours « moralisateur » du patron de l’Élysée a sonné encore moins bien : on lui a vertement rappelé ses devoirs pour couper court à toute initiative…

Même Gordon s’en est mêlé. Et Merkel de rajouter sa « petite-voix ».

La totale.

Copenhague doit impérativement être un retour en grâce, ardoise réglée, pour faire une entrée par la grande porte à la Maison-Blanche, peut-être avant Noël.

Une des exigences du Président français, qui flatte son ego et lui donnerait un coup de pouce en matière de politique intérieure : c’est qu’il y avait des élections régionales, en mars 2010.

 

À Washington, on devint un peu plus précis au fil du temps. Pourquoi déstabiliser un Président et un pays avec un scandale énorme en perspective, alors qu’il a finalement fait ce qu’on attendait de lui et dans les délais fixés par l’administration précédente ?

D’accord, pas sans « coup de pied au cul » : l’agence a bien travaillé.

Après tout, la France et ses ports en eaux-profondes sur la façade atlantique, la possibilité de traverser l’espace aérien, qui avait été refusé quand il a fallu bombarder le leader libyen sous son tipi, sont toujours indispensables à l’Otan et son Président a été « fabriqué » par l’agence depuis si longtemps.

Il y a bien l’alternative du banquier mondial, mais il ne s’est pas encore prononcé et il est mouillé jusqu’au cou dans l’affaire Ferrayé.

Même si « quéquette sauvage en liberté », il fait un peu « tâche » à son poste : ce n’est après tout qu’une fonction dont on peut démissionner, n’est-ce pas ? Avec ou sans pression. L’ambition politique faisant le reste…

 

Début octobre, les décisions tombent. « Charlotte » sera en charge de piloter le dénouement des actifs du trust britannique. « Mais à condition d’être étroitement contrôlé par un agent du Trésor ». L’agence « France-Patrimoine » étant toute désignée pour s’assurer du bon déroulement et guider « Charlotte » dans ses œuvres de dépeçage.

À la même époque, son excellence de la place de la Concorde fait savoir que l’affaire des transferts de bon du Trésor français souscrits par le trust, tout ce qui est à échéance courte, l’Otan peut les accueillir en paiement du remboursement de l’avance faite au Koweït plus de 10 ans auparavant, mais à condition que l’essentiel soit déjà liquidé.

Reste alors à « habiller » l’ensemble. L’idée d’utiliser l’affaire du « grand emprunt » est retenue de son côté par le secrétariat général de l’Élysée.

« D’une pierre deux coups : ça ne coûte rien au Trésor. Opération blanche. Et ça peut rapporter gros pour le solde. »

 

Fin octobre Jean-Charles Huisne et Gabrielle Choisille, tout deux fonctionnaires du Trésor, l’un Contrôleur général, l’autre inspecteur principal, détachés l’un et l’autre à l’agence « France Patrimoine » chargé de liquider les actifs immobiliers de l’État au mieux du marché, les garnisons, campements en déshérence de l’armée par exemple, mais également des droits à construire, du matériel inemployé, des créances gérées par le CDR ou d’autres organismes discrets du même genre, sont désignés pour aviser « Charlotte ».

Aviser et en même temps « contrôler » la liquidation du trust anglais.

Wimereux, dans la voiture qui l’emmène dans les bureaux de Bercy avec le toujours « Capitaine de corvette » De Bréveuil explique.

« Nous les avons choisis avec le plus grand soin. Il y avait deux doctrines. Soit des agents, qu’il nous faut de haut niveau, à la probité impeccable. Vous nous les piloter et ils gardent le silence à vie… Exactement comme Joëlle Lidoire. Un profil idéal celle-là. Jeune, intelligente, mariée à un type sur lequel on peut faire pression. Et de surcroît, jeune mère de famille.

Or, par malchance, nous n’en avons pas trouvé qui ne soient pas assez peu ambitieux pour nous présenter un jour ou l’autre la menace de l’ouvrir.

Soit des fonctionnaires hautement compétents, mais avec un passif qui nous permet, en cas de fuite demain ou après-demain, de déjouer une tentative de chantage. »

L’état-major a tranché. Le premier est un prête défroqué depuis fort longtemps qui est un dépressif récidiviste. La seconde est une militante UMP dont quelques images et vidéos pornographiques pourraient refaire surface sur le web. « Une starlette du porno série « Z » reconvertie dans le service de l’État. Nous avons pensé que ça pourrait faire votre affaire. »

« Vous faites allusion à quoi, mon général ? »

Il ne saura pas.

 

Lui est un « petit gros », au trois-quarts chauve, sautillant d’un pied sur l’autre avec un petit rire rocailleux et stupide. Une bouille sympathique. Elle est un grande fausse blonde châtain un peu décatie, qui avait dû être superbe avec ses formes généreuses et sa voix haut-perchée, à une époque très reculée.

« Madame, Monsieur. Ravi de faire votre connaissance », fait Paul après que le général en uniforme étoilé, histoire « d’en jeter », ait fait les présentations. « Avant de poursuivre de quoique ce soit, je vous laisse le choix. Mais à faire immédiatement. Si vous vous savez incapables de garder un secret d’État, ici, maintenant, mais surtout demain ou plus tard, dans 10 ou 20 ans, quelle que soient les circonstances, vous sortez immédiatement. Votre décision vous appartient et il ne vous en sera pas tenu rigueur. »

Pas de réaction.

« En revanche, si vous êtes sûrs de pouvoir oublier à jamais et dès le lendemain ce que vous avez fait le jour même dans le cadre de votre travail avec moi, soyez les bienvenus. »

Pas de réaction immédiate. « On va travailler sur un secret d’État d’une très grande importance. Nous devons être… ». Paul se tourne vers le général. « … même pas une dizaine en vous comptant à être au courant de son contenu. Chacun, d’entre nous a déjà accepté par avance la perspective de se faire éliminer en cas de fuite. Sans autre forme de procès. Est-ce clair ? »

Éliminé ? Ça veut dire quoi, demande la femme aux yeux verts. « En terme militaire, ça veut dire neutralisé. Effacé. Une définition qui vous convient ? »

Le type est à peine ébranlé, mais elle, elle semble plus rétive. La question qui lui vient à l’esprit c’est pourquoi eux.

« Parce que nous avons confiance. Mais aussi parce que nous avons les moyens de vous contraindre. Et vous savez chacun de quoi je veux parler » insiste le général.

« Perso, je ne veux pas savoir » rétorque Paul. « Je fais confiance au général, mon supérieur dans cette affaire. C’est d’ailleurs à lui et lui seul que vous avez devoir de faire part de mes éventuelles faiblesses constatées ou supputées dans le déroulement de la mission qui nous est confiée. J‘en ai accepté les termes et conséquences », rajoute Paul.

« À moins que vous soyez dans l’obligation d’en référer directement à l’Élysée. Le Président, le Secrétaire général et le chef d’état-major sont nos seules autorités de tutelles. Aucun ministre, ni aucun autre fonctionnaire ou militaire », insiste le général.

« S’il n’y rien d’illégal, il n’y a pas de raison de refuser », répond Huisne.

« Vous avez été justement choisis pour veiller à trois choses : la parfaite légalité de ce que nous allons faire, la totale neutralité du point de vue fiscal et la conformité avec nos objectifs décidés en haut-lieu. »

La femme adhère à son tour à l’avis de son chef. « Et de quoi s’agit-il qu’il faille un si grand secret ? ».

Les deux officiers se font confirmer l’adhésion au principe du secret absolu des deux fonctionnaires du Trésor. « Je vous rappelle que « l’opération Isidore » est couverte par le secret-défense. Ce qui signifie que même un juge assermenté ne peut pas en connaître ! » entérine le général Wimereux.

 

Pour répondre au contrôleur général, Paul reprend. C’est très simple. « Nous disposons de 34 à 36 milliards d’euros cantonnés dans un trust anglais. Ces actifs sont composés globalement en trois tiers. Un tiers directement placé en obligations du Trésor à des échéances diverses. L’autre en Sicav, FCC et FCP détenant essentiellement de la dette financière bancaire. Le troisième se retrouve sous forme de parts de SCI ou de SCPI, détenant les immeubles. De la pierre-papier gérée directement ou par gérants bancaires interposés.

Le tout devra être liquidé le plus rapidement possible sans pour autant perturber les marchés financiers. »

Jusque-là, rien d’impossible. L’immobilier, c’est un peu la spécialité de miss Choisille. Les titres, celle de Huisne. Et lui de remarquer que plus les marchés sont liquides, plus c’est aisé.

« Oui mais l’originalité de l’opération, c’est que nous allons souscrire au « grand emprunt » qui chauffe à l’Élysée. Et en totalité en plus. Avec une contrainte clé : 15 milliards de dollars devront être remboursés à l’Otan, sur ces fonds, avant Noël. »

« Ce n’est pas possible ! », s’exclame le petit-chauve après un rapide petit calcul.

Comment faire entrer 35 milliards et en faire ressortir un peu plus de 45/47 ?

« Et sans que ça se voit, ni que ça coûte, avec la contrainte de la neutralité fiscale en plus du « juridiquement inattaquable ». Vous voyez le deal ? À vous de nous faire du caviar ! », répond Paul.

Ces deux là se regardent, pour le moins ahuris.

Pourquoi ne pas envisager de se faire « effacer » tout de suite ?

 

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Opération « Juliette-Siéra » (XXVII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

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Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

 Vingt-septième chapitre : En attente d’instructions

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Le « rodéo » n’en est pas pour autant terminé. Arrivé à l’adresse indiquée, une porte s’ouvre au sommet de quelques marches, sur un solide gaillard en casquette et livrée le conduit à travers un dédale de couloirs d’une maison cossue du quartier des docks, pour déboucher sur la rue parallèle de derrière, après avoir traversé un petit jardinet typiquement britannique.

C’est le chauffeur de Lady Joan qui pilote une Rolls pas si indiscrète que ça dans cet univers où il y en a tant, et dont les rideaux sont tirés sur les fenêtres des fauteuils-arrières où se glisse Paul.

Le chauffeur retourne souvent sur ses pas en virant à gauche à plusieurs reprises, comme si il voulait faire le tour des pâtés de maisons et finalement file vers la côte jusqu’à arriver dans le parc d’une vaste demeure au style Victorien donnant sur la mer du Nord.

Paul est accueilli par un maître d’hôtel qui le conduit au grand salon-terrasse et lui fait savoir que Milady Joan invite son hôte à déjeuner. Mais qu’elle aura un peu de retard. Il lui faut patienter.

En fait, la Rolls brune repart dans le grésillement des gravillons des allées du parc vers Londres pour la ramener : une bonne heure d’attente à profiter de la vue sur les vas-et-viens de la marée montante en contrebas.

 

« Mister de Bréveuil » fait l’hôtesse dans un français presque parfait, si ce n’est cet accent légèrement « so british » propre au pays, « je suis vraiment navrée de vous avoir invité si loin de Londres. C’est la demeure de feu Lord Thornner. Et ici nous pourrons parler plus à notre aise de l’affaire qui vous préoccupe : à Londres, je ne pouvais pas. Vous ne m’en voulez pas, au moins ? »

Tout dépend de ce qu’elle a à lui dire. Et ça commence très fort.

« Mettez-vous à votre aise. J’ai fait servir une collation dans ma chambre. Si vous voulez bien me suivre ! »

La maison est si vaste qu’il n’y a pas de boudoir où déjeuner ?

Menu typiquement britannique, avec des mets aux couleurs et consistances curieuses. Mais savoureux. Un excellent flacon de bordeaux décanté en carafe par le maître d’hôtel qui s’éclipse si tôt le service ordonné.

« On m’a dit que vous étiez un « bon coup ». Ils sont si rares. J’espère bien y goûter pour en apprécier toute la saveur. Préférez-vous vous restaurer avant, ou après ? »

Voilà une tournure pour le moins assez inattendue.

« Lady Joan, je ne suis pas venu pour ça. Nous avons une éducation, en France, qui nous interdit de nous jeter bestialement sur les femmes du monde. Et puis… vous pourriez être déçue.

Il me manque une donnée relative à mon problème du trust que vous gérez. Savez-vous qu’il s’agit d’argent sale, de l’argent volé à mon État ? »

Oui, elle sait ce « détail… navrant ».

Et de raconter son histoire.

En fait, c’est son mari qui a ouvert le trust. Elle vivait en Suisse à cette époque-là. « Je ne suis rentré à son service qu’en 2000. Comme femme de chambre ici même. L’année suivante, il m’épousait en troisième noces. J’ai été son dernier plaisir terrestre. Il est mort, octogénaire dans la chambre d’à côté, exactement au moment où il tentait de me faire un enfant. »

Belle inspiration…

« Ce n’est que fin 2001 que j’ai été adoubée, après une multitude de vicissitudes, par les Lloyds pour être l’unique héritière de mon mari et pouvoir reprendre ses affaires. Et c’est un peu plus tard que j’ai appris pourquoi et comment ce trust avait été créé par son généreux donateur. »

De la volonté expresse de son fondateur, les sommes sont à restituer au Trésor public français en mars 2016.

Pourquoi 2016 ?

« Sans doute parce que ça cadrait avec trois septennats de Présidents français et que mars est la période où les candidats à la magistrature suprême sont en campagne assourdissante pour des élections au mois de mai suivant.

Manifestement, votre Président de l’époque souhaitait, et sans doute de façon posthume, peser une dernière fois sur la vie politique de votre pays.

Son objectif, ça ressort de quelques notes manuscrites de feu Lord Thornner, était de démontrer que les institutions de votre Vème République, qu’il a toujours combattu depuis 1958, étaient viciées : n’importe qui arrivé à la tête de l’État pouvait détourner n’importe quelle somme, même gigantesque, sans que personne ne s’en aperçoive ni ne demande des comptes.

Malgré tous les contrôles possibles et imaginables, les contre-pouvoirs, la censure de votre Parlement, l’honnêteté ou non des ministres et de leurs administrations.

Vous imaginez les retombées en pleine période de campagne électorale !

Ça échappe à tout contrôle et c’est bien ce qu’il démontre depuis 1991. Lui seul savait et en appelle à une réforme profonde de vos institutions en lançant sa bombe posthume trois septennats plus tard à compter de son départ de la vie politique.

Le combat de toute une vie de conviction, Monsieur de Bréveuil ! »

Voilà qui est totalement surprenant, estime Paul.

Iconoclaste, même.

Mais rassurant : Paul a la conviction qu’un homme de gauche comme lui, ne peut pas être un vulgaire bandit de grand chemin. Il ne peut qu’avoir eu un dessein précis quand il détourne les sommes de la division Daguet et celle du procédé Ferrayé.

Cette « révélation » ne fait que conforter son opinion sur le sujet et il en est soulagé sur le moment.

 

« Voilà qui me rassure, Milady. Mais nous ne pouvons plus attendre 2016. Ces fonds détournés, leurs véritables ayant-droits le réclame assez vertement. Et je suis chargé de le récupérer pour le compte de mon gouvernement. »

Prouvez-le, répond-elle avec son joli sourire et sa voix douce.

Comment ?

« Dans les statuts du trust, que voici » fit-elle en tendant un mince dossier posé sous la desserte voisine de leur table, « il est indiqué que seul le Président de l’élection de 1988 peut disposer, en qualité de fondateur du trust, de l’usage des fonds, et ce jusqu’à sa mort.

Et tant mon mari que moi-même, avons scrupuleusement respecté ces statuts dans le fonctionnement et les placements effectués avec ces fonds.

En revanche, après son décès, il nous faut la signature conjointe du Président et du Premier Ministre en exercice pour en disposer.

Voici le mandat, en 5 exemplaires qui seront enregistrés par nos soins à la conservation des hypothèques de Paris au titre des actes innommés, qu’ils doivent signer pour permettre à votre pays de disposer de l’intégralité des actifs du trust, déductions faites de nos honoraires et commissions. »

Et la dame d’ouvrir le fin dossier sur la première page de celui-ci.

Incroyable : tout était donc prévu ?

« Et vous abandonnez la gestion de ses avoirs sans autre contrepartie ? »

La contrepartie, ils verront ça ensemble.

« Ces actifs ne nous appartiennent pas, en tant que membre des Lloyds. Ils n’ont jamais été notre propriété. D’autant que nous savons tout en l’ignorant, qu’il s’agit forcément d’argent sale. D’argent qui n’a en plus jamais bénéficié à l’économie de l’Angleterre ni à celle du Commonwealth. »

Tout a toujours été investi et réinvesti en France, selon les instructions reçues.

Elle sort un inventaire joint aux statuts du trust, que Paul parcoure rapidement : c’est conforme, sous réserve d’inventaire détaillé, à ce que la conseillère de la Cour des comptes régionale a reconstitué.

« Nous ne faisons que vous restituer le devenir de ce que vous avez déjà ! »

Et pourquoi n’avoir pas dit tout ça en début de matinée au siège de sa compagnie.

« Pour deux raisons : Je n’ai rien à vous dire que vous ne sauriez pas déjà. C’est dans les instructions. C’est clair, précis et impératif. Et je ne peux pas violer une clause statutaire de ce trust dans le cadre de mes fonctions et mandats professionnels… »

Alors pourquoi les violer sur la côte ?

« C’est la deuxième raison, pris en ses deux branches : C’est de l’argent « sale ». Et pour une femme honnête, c’est un poids considérable, quoiqu’en pensent les moralisateurs de la vie financière… dont votre actuel Président, futur Président du G20 en 2011, dans deux ans.

La deuxième branche, c’est qu’à part les américains qui posent les mêmes questions régulièrement, disons tous les 5 ans, mais auxquels je ne peux pas répondre du fait des statuts du trust, manifestement, tout le monde à part moi, a perdu les « clés » pour déboucler le processus d’explosion de vos institutions d’outre-manche. »

Elle avait posé la question de la conduite à tenir au Foreign-office. Instruction : aucune information à quiconque. C’était carré du point de vue juridique. Mais pas d’explosion de la République française qui aurait pu être imputée, même indirectement à un sujet de la Couronne britannique.

« Alors, nous rêvions de votre arrivée depuis des années pour déboucler cette affaire au meilleur contentement de tous ! »

Et là, patatras, un officier de réserve qui débarque comme attendu et prévu, mais sans même savoir de quoi il parle. « Je n’allais quand même pas laisser encore du temps au temps. C’aurait été inconcevable.

D’autant mieux que le septennat n’existe plus chez vous et que la date de 2016 ne correspond plus à rien. Pensez-donc, à deux ans de la fin du deuxième quinquennat de votre actuel Président, ou de son successeur, ce n’est plus une bombe atomique, c’est un pétard décalé ! Il rate complètement son objectif.

Or, par ailleurs, j’étais tenue au courant de la poussée américaine sur votre actuel Président, qui se veut, en plus, mener une politique de rupture d’avec les us et coutumes passées. Comme on ne sait pas qui lui succédera, l’occasion faisant le larron, il fallait bien vous recevoir jusqu’ici pour vous remettre les clés sans violation ni des intentions du fondateur, ni provoquer un tremblement de terre, le tout en respectant les devoirs de ma charge. »

Brillante, la fille, à résoudre sa quadrature du cercle personnelle, pense Paul en finissant d’écouter l’exposé et de déguster le fond de son verre de vin.

C’est largement cohérent.

 

…/ Aparté n° 13 /…

 

Il sait désormais ce qu’il lui reste à faire. Rejoindre City-Airport et provoquer un RDV de compte-rendu au ministère : sa mission touche à sa fin.

Enfin.

Sitôt de retour à Paris, Paul prend RDV avec le ministère, là très rapidement. Le lendemain, pas tout-à-fait aux aurores, mais juste après la pause-café d’avant d’aller bosser, il est reçu par le Général Wimereux et le colonel Gabeaux pour leur brosser le tableau du résultat de ses recherches.

Est-il sûr de ses informations totalement explosives ?

« Naturellement. Mieux que ça, puisqu’elles sont confirmées par le gérant du trust : il me demande de transmettre un pouvoir de disposer des actifs gérés à faire signer par le Président et le Premier ministre, conjointement.

Il a rajouté mon nom, mais on doit pouvoir le changer. J’y ai vu comme une certaine malice à le faire, sachant que je pouvais ne pas accepter. »

Nous avons donc un problème. Non pas de recueillir les signatures, ni de trouver un mandataire ad hoc, mais de savoir comment dénouer tous ces actifs.

« Ce n’est plus mon problème, mon général. C’est le vôtre. Moi, j’en ai terminé. Par ailleurs, j’ai aujourd’hui l’assurance que je ne suis plus en danger. Je souhaite donc être relevé de ma mission et de la troupe mobilisée pour me protéger. En revanche, j’aimerai qu’on examine sérieusement ici, au moins pour services rendus, mes demandes de subventions… »

Il est coupé net !

« Plus tard, Commandant. Votre mission n’est pas terminée ! »

Ah ? Et pourquoi donc ?

« Les fonds ne sont pas rentrés. Seulement identifiés et localisés, ce qui est très bien. Vous faites honneur à votre uniforme… »

« Que je ne porte plus, Messieurs ! »

« On ne vous aurait pas choisi en haut-lieu si une seule personne avait pu ne pas vous faire confiance et considérer que vous ne faites plus partie de la maison ! »

Au juste, ça sert à quoi de démissionner ?

« Maintenant, il me semble qu’il vous faille nous proposer un système juridique qui permette à la France de récupérer ces fonds pour en faire le meilleur usage. Vous êtes parfaitement compétent pour réfléchir à des solutions acceptables. Alors, au boulot ! »

Trop fort, pense Paul pour lui-même !

 

« Tout dépend de ce que vous voulez en faire : Demandez plutôt des instructions à vos commanditaires. Sortir les actifs, ce n’est pas compliqué. D’autant mieux qu’on sait ce qu’ils sont. Les liquider et les affecter, au moins partiellement aux remboursements qu’exigent les américains, là, c’est une affaire qui regarde le Trésor public, pas moi ! »

Justement, il est vraisemblable qu’il se pourrait que cela se fasse hors le Trésor public. « C’est ça qu’il vous faut chercher. Je ne vois pas comment on va leur donner 34 ou 36 milliards de recettes supplémentaires venues de nulle part sans qu’il y ait au moins un fonctionnaire-comptable qui se pose une question imbécile ! »

Et s’ils suggéraient de noyer le tout dans le grand-emprunt dont il est question dans la commission ad hoc du moment ? « Vous prenez les 100 milliards prévus, vous y glissez les 35 à 36 dedans ou en plus, ni vu ni connu. Et vous remboursez rapidement ce qui est dû aux américains via l’échelonnement prévu à la convention d’emprunt. Ce seront les premiers servis. Voilà ! Aussi simple que ça. »

Les deux officiers qui font face au Capitaine de corvette Paul de Bréveuil en restent pensifs, comme interloqués.

« Vous savez faire ça ? »

Pas compliqué : on loge dans une SC porteuse des actifs liquides ou quasi-liquides. Les américains souscrivent à une augmentation de capital et ils dissolvent la SC pour récupérer les actifs. « C’est sans droit de mutation si la SC est à capital variable. 1.000 € à la création. On y loge les créances comme dans une structure de défaisance. Ils souscrivent 1.000 € ensuite et les fondateurs se retirent pour leur 1.000. Ils dissolvent la SC et s’attribuent les actifs. Si c’est de l’immobilier, là, il y aura des droits de mutation. Mais pas sur des créances. Simple ! »

Paul aurait parlé chinois ou hébreu, c’aurait eu exactement le même effet.

« Bien. Je constate que vous maîtrisez ces problèmes bien mieux que nous. Je vous propose donc de nous faire un rapport écrit sur vos trouvailles et d’exposer les solutions que vous avez en tête. Nous, on se fait confirmer l’histoire de la dette vis-à-vis de l’Amérique et on transmet à qui de droit. »

Dès qu’ils ont un retour, ils le tiennent au courant.

Autrement dit, ils attendent des instructions…

« En attendant, permettez-moi de vous féliciter, Commandant. Je ne devrais pas vous le dire, puisque je n’en ai pas la compétence, mais je me permettrai d’appuyer non seulement une montée en grade… de réserve, bien entendu, mais également à une médaille. Vous l’avez amplement mérité compte-tenu du service que vous venez de rendre à la Nation. »

Paul ne court pas après les médailles. Il préférerait qu’on s’occupe un peu plus des demandes de subvention.

« J’ai mon idée là-dessus, soyez rassurés. Une chose toutefois, comment avez-vous fait pour obtenir ces mandats du gérant : il n’a aucun intérêt à vous faciliter la tâche. C’est une grosse fortune à gérer qui lui échappe, à ce gestionnaire… de fortunes, un gros manque à gagner… »

Il ne va pas leur faire le coup de raconter qu’une femme, même une dame du monde, n’a jamais rien à lui refuser, quand il s’y prend comme il faut.

« Je crois qu’ils sont parfaitement conscients de la situation plus qu’ambiguë de l’origine des fonds.

Et il me semble qu’on leur a fait comprendre qu’ils n’avaient pas à se rendre complice d’une déstabilisation grave de la vie politique en France.

Ils attendaient donc qu’on se manifeste pour nous refiler la patate chaude ».

 

Les deux chefs d’état-major se retrouvent une fois de plus place Saint-Augustin, dès le lendemain.

« Toute cette histoire est incroyable. »

Mais on a retrouvé ce que les américains exigeaient qu’on reprenne et ce que beaucoup d’officiers et sous-officiers savaient exister, par la rumeur persistante.

« Comment le reprendre, cher ami, sans provoquer un bouleversement général, telle est la question ? Ils en ont une idée, au sommet de l’Etna ? »

Pas vraiment : Le Président est rentré dans une colère noire des grands jours. Rien ne se passe comme il le souhaite. La situation politique commence à lui échapper et il hésite encore entre flanquer le pavé dans la marre, ou se faire tout petit… « Tu sais bien qu’il n’a plus qu’une ambition, c’est de se faire bien voir de tout le marigot des politiques international. La Géorgie de l’été dernier lui manque. Il lui faut être le premier de la scène internationale pour lui faire oublier le décrochage de l’opinion en politique intérieure. La crise ne l’aide pas et je ne sais pas s’il est bien entouré. On claque un pognon monstrueux en gabegies et personne ne décide d’un plan de rigueur. On ne parle que de relance, de prêts aux banquiers, de grand emprunt. »

On frôle la catastrophe économique et sociale. « Il suffit d’un rien pour que les banques déposent leur bilan, tu sais. Ça va mal ! »

Les trois dizaines de milliards retrouvés doivent aider à passer ce cap.

« La moitié seulement, enfin le tiers. Je te rappelle que si les dires des américains disent vrais, il y en aura une bonne dizaine qui leur sera reversée ».

Que fait-on ?

On attend le rapport de Paul de Bréveuil et éventuellement ses solutions. « Il est capable d’en trouver, c’est le seul qui maîtrise bien l’ensemble du problème, sur le sujet. »

Après, on avisera.

 

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Opération « Juliette-Siéra » (XXVI)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

 Vingt-sixième épisode : Rencontres londoniennes

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Le Sofitel de St James-Square, sur la Regent street à deux pas de Piccadilly-Circus, est parfait. Si tôt arrivés, les Capitaines de corvette Gijou et de Bréveuil investissent avec leur escorte la suite disponible qu’on leur loue pour le week-end.

« Dominiquette » organise comme elle peut les tours de garde, pendant qu’elle passe en urgence au consulat chercher des compléments d’instruction et des armes : un coup à se faire arrêter rapidement dans une ville bigarrée ou se côtoient des boubous et autres têtes de taliban ou de Sikh enrubannées avec des parfaits descendants de cousins des Windsor sortis tout droit de la garde-robe d’Oxford ou de Cambridge. Étonnant mélange.

D’autant mieux que le parc public voisin retient toujours le chaland par de nombreux « prédicateurs » sous le regard bon-enfant des « Bobbies » !

Paul, habitué à vivre de chemises froissées engoncées à la « va-que-je-te-pousse » dans son baise-en-ville qui voyage au fond de son hydravion ou dans le top-case de sa moto, décide d’aller faire un tour chez un tailleur du quartier : histoire de ne pas faire trop dépenaillé devant la Milady du lendemain.

À son retour de soldes, le concierge de l’hôtel lui indique qu’il est attendu au fumoir… qui ne fume plus.

Charles Almont, averti en catastrophe de l’arrivée de « Charlotte », lit le « New-York Times » dans un des confortables fauteuils. Les deux hommes se reconnaissent.

« Mister Juliet-Sierra ! Quel bon vent vous amène jusqu’ici ? Mon hydravion peut redécoller d’ici une heure ! »

Il ne s’agit bien évidemment pas de ça.

 

L’américain vient mettre les points sur le « i ».

Oui, c’est lui qui pilote l’opération, mais depuis bientôt 10 ans, tout ce qui touche la France. L’affaire des milliards de la division Daguet, ça l’a rendu malade plus qu’à son tour.

« Quand nous avons eu la conviction que votre Président d’alors les avait détournés à son profit, vous pensez bien que nous avons fait le nécessaire pour que ça ne se reproduise plus ! »

Ils savaient à l’agence, l’avancement de la deuxième équipe de cohabitation sur le marché des sous-marins de Karachi. « Et nous avions fait savoir aux deux candidats déclarés de la droite qu’il n’était pas question que cela se reproduise. D’abord parce que ce n’est pas digne d’une grande démocratie telle que la vôtre. Ensuite parce que nous craignions que cet argent aille alimenter le marché des stupéfiants… »

L’un a fait mine de ne pas entendre. L’autre s’est engagé à bloquer toute les commissions occultes. « Et devinez qui donc a pu gagner les élections de 1995 ? Celui de la bonne réponse ! Malgré nos intérêts objectifs pour l’autre… »

Comme quoi, chez les américains, l’engagement politique plie sous le pragmatisme ambiant.

« Notre problème a ensuite été de retrouver des financements pour le rachat des frégates de Taïwan. Manifestement, les 3,5 milliards de dollars, contrairement à ce que nous avions espéré n’ont pas été mobilisés. D’ailleurs, nous en avions perdu la trace dans les fichiers « Clearstream ». Mais vous allez m’en dire plus sur le sujet, j’imagine ! »

Il imagine mal, se dit Paul.

« Et puis il y a eu les questions du Koweït, nous accusant d’avoir surfacturé, à tort, le prix de l’extinction des incendies de leurs puits. Ils ont sollicité nos services. Nos sociétés étaient parfaitement en règle. Ils sont allés voir votre premier ministre de la dernière cohabitation, le trotskiste soi-disant repenti, aux cheveux blancs, votre homme du « sous réserve d’inventaire ». Pas de trace de l’argent de l’escroquerie dont ils avaient été victimes. Alors c’est nous qui les avons dédommagés, via l’Otan pour partie, via l’Onu pour un petit bout, via les bénéfices douteux de l’accord « pétrole contre nourriture ». S’agissant seulement d’une avance, vous admettrez qu’il nous faut récupérer cet argent ! »

Paul n’admet rien du tout, ni quant à une prime d’aviseur, ni quant à des droits d’auteur, ni quant à une avance de quoique ce soit.

« Je ne suis qu’un exécutant, Monsieur le Directeur… »

Que peut-il pour lui ?

« J’ai la conviction que vous avez remis la main sur la piste de cette fortune divagante. Je ne sais pas encore si vous serez dans la capacité de nous rembourser les 15 milliards de dollars dus, mais je suis venu vous apporter notre concours en m’assurant également du concours du « Foreign office ». Si vous êtes venus en urgence jusqu’à Londres, ce n’est sans doute pas pour les beaux yeux de leur Reine, ni même pour les charmes des londoniennes. »

Bien évidemment que non. Mais il a plusieurs questions demeurées sans réponse.

 

Lesquelles ?

« D’abord le rôle de l’agent Lison ? »

Un agent de liaison uniquement. « Commode en plus, puisque vous la connaissiez d’auparavant ! »

Les tentatives d’assassinat sur sa personne ? « Du pipo ! Il s’agissait seulement de mobiliser vos pandores : seuls, vous n’y seriez pas arrivés, malgré notre informateur. En définitive, ça ne vous visait pas, mais seulement vos chefs. Qu’ils vous prennent au sérieux et ne vous laissent pas tomber au milieu du gué par lassitude ou un autre motif entre-temps, comme à leur accoutumée proportion habituelle. »

Et d’expliquer : « Vous savez, on en a tellement vu depuis 15 ans sur ce dossier, des Rackchiquiens ne s’en en préoccupant même pas, des Pindevillistes nous tirant des bras d’honneur, droit dans leurs bottes alors même qu’on leur avait fait savoir que nous ne voulions pas d’eux en Irak tant qu’ils n’auraient pas remboursé les sommes dues, qu’on en a fait, des choses pour rien. »

Et le sous-directeur Almont de raconter l’affaire des fichiers « Clearstream ». « Ces imbéciles, au lieu de s’en servir pour faire le travail de recherche que vous avez dû faire cet été, de s’en servir pour s’entre-déchirer, ce n’est quand même pas banal ! »

Mais taire les opérations AZF et des balles de 9mm…

« Attendez, Monsieur le directeur, si vous saviez par où étaient passées ces sommes, à savoir la banque de compensation luxembourgeoise, vous saviez donc où elles étaient arrivées, non ? »

Non…

« On savait que le nœud était sans doute ce trust de droit anglais. Bien sûr : d’où votre nom de code à Kandahar, qui est en fait le nom de code de l’opération de votre soutien ! »

Alors qu’outre-manche, c’est « Isidore », avec un I comme Icare… Curieux ces idées bizarres d’envoyer des messages subliminaux à travers des noms de code.

« Mais ça ne cadrait pas : Il y a bien trop d’argent sur ce trust. Et en plus de l’argent dont on n’a retrouvé aucune trace en retour à des fins illégales ! C’est par ce trust qu’il vous fallait commencer. »

Il faut concéder qu’il y a en effet un mystère quant à la finalité de cette montagne d’argent.

Trop d’argent, Paul se retient de lui expliquer que non, au contraire. Et il devait savoir, l’agent Almont, puisqu’il prétend se faire rembourser son pays à « avancer » 15 milliards de dollars aux Koweïtis en réparation du préjudice subi sur ce larcin.

Pas logique…

« Et vous n’avez pas interrogé le gérant du trust ? »

Le vieux Lord est un cousin de la Reine d’Angleterre : intouchable. « Et puis il est mort avec son secret depuis. On ne sait pas. »

Pourtant le trust vit, lui.

« Parce qu’il est géré par sa veuve ! Vous verrez, puisque je suppose que c’est elle qui a provoqué votre arrivée jusqu’ici. Un sacré numéro celle-là : intraitable, mignonne, plus que cela même, mais intraitable en affaire. Elle a repris les affaires de son mari et les mène de main de maître !

Ce qui nous gêne, ce n’est pas tant qu’elle soit intraitable sur le sujet. Ce sont deux choses : il y a actuellement plus de 30 milliards d’euros sur ces comptes, en valeur, exclusivement françaises, à part quelques placements non significatifs en Allemagne. C’est beaucoup trop. On cherche tout au plus 20 à 24 milliards en tenant compte des intérêts courus échus. Et puis, deuxième chose, la clé pour disposer de tout cet argent. On n’en a aucune idée. »

Pourquoi seulement 24 milliards de dollars ? « Personnellement, j’ai compté plus de 35 milliards d’euros. Soit au cours actuel du dollar presque le double ! »

Réponse de béotien : « Justement, ça ne correspond à rien de connu. Je veux bien qu’avec les fluctuations de taux de change entre le dollar, la livre, l’euro et avant le « french-franc », qu’il y ait des ajustements à faire. Mais dans tous les cas il y a 6 ou 7 milliards de dollars de trop ! »

Et les indemnités de guerre ?

« Vous croyez ? Ça se pourrait bien être ça en effet. Mais il n’y en a que 3,5 milliards de dollars qui ont été détournés. Et ils ont également disparu, on s’en est rendu compte, effectivement. Ça voudrait dire que nos services n’ont pas fait le rapprochement ? Et que de toute façon il en manque. Si c’est ça, vous êtes très fort ! »

C’est ça, puisque Paul avait été lancé sur la piste du « Capitaine Haddock » par l’agent Lison et de lui préciser que ce n’est pas 3,5 milliards mais 6,95, d’après ce qu’il a pu reconstituer cet été.

 

« Vous avez été lancé sur cette piste parce que le « Commodore Jean-Charles » est une grande gueule. Mais son histoire n’est pas apparue comme crédible à mon agence. En revanche, c’est une excellente approche d’un système mafieux au plus haut niveau de votre État de cette époque-là ! »

Et puis, toutes ses propres démarches sont restées vaines. « Je ne pensais pas qu’elle puisse vraiment vous mettre sur la piste de l’escroquerie dont a été victime le Koweït pour ses puits de pétrole, qui mettait, en plus, l’honorabilité de plusieurs entreprises US en cause ! »

Pour Almont et son service, les deux affaires ne pouvaient pas trouver le même support d’arrivée : c’était stupide de lier.

« Manque d’imagination, au contraire. Les deux affaires sont liées. La première marchant plutôt bien pour les indemnités de la « Division Daguet », pourquoi ne pas la réactiver sur l’escroquerie du procédé Ferrayé ? À mon avis, ils ont agi dans l’urgence, sans réfléchir aux conséquences », note Paul.

Peut-être, acquiesce l’agent de la CIA, quand même dubitatif par tant d’amateurisme.

« On fait quoi, Monsieur le Directeur ? »

Ils vont dîner. C’est l’heure avancée du tea-time. « Il faut que je vous tuyaute sur Lady Joan. »

 

Lady Joan Thornner est pareille à la description faite à Paul, la veille au soir par Almont. Une femme jeune, blonde, pétillante, ultra-mince, avec de longs membres fins, y compris les doigts, et dotée d’une forte poitrine de très bonne tenue. D’ailleurs, on ne voit que ça au premier regard, malgré, ou à cause de sa tenue moulante et col roulé sous veste, juste avant de remarquer l’immense sourire chevauché par une paire de prunelle d’un bleu clair délavé irradiant et quelques tâches de rousseur sur le nez.

Assez déconcertante. Elle doit avoir autour de 40 ans, mais en paraissait dix ou quinze de moins, peut-être même vingt : Pas une seule ridelle sur le visage, des mains et des ongles impeccablement entretenus.

Et le vêtement plutôt chic, avec quelques bijoux de grande valeur ici ou là, mais sans être ostentatoires, pour mettre l’ensemble en valeur : une vraie « bimbo chique ».

« Monsieur de Bréveuil, ravie de vous accueillir ! » sa voix est douce et « jeune », rajoutant au premier effet provoqué par son entrée dans le champ de vision…

« J’ai très peu de temps, mais j’étais informée par les services de sa gracieuse majesté qu’un émissaire du gouvernement français viendrait ces jours-ci pour me quérir de quelques affaires ayant trait au « Solutré-Jarnac Trust » ? Je suis donc toute ouïe ! »

Paul, un peu embarrassé se présente et est immédiatement coupé.

« Puis-je vous demander vos habilitations ? »

Quelles habilitations ?

« Monsieur, personne ne m’a précisé ni votre identité. Vous pouvez être un bandit de grand-chemin. Ni l’objet de votre visite. Or, non seulement je suis lié par un contrat de trusting qui m’oblige à différentes choses, notamment gérer au mieux les fonds qui nous sont confiés, également d’en faire contrôler les comptes annuellement par un auditeur accrédité auprès de nos Cours royales. Mais à aucun moment de rendre des comptes à d’autres qu’aux seuls bénéficiaires du contrat de trust. Sans leurs signatures sur un mandat de représentation, je suis donc tenue de me taire. »

Et qui sont-ils ?

« Si vous l’ignorez, je ne vois pas bien de quel droit je peux vous renseigner. Sorry ! Je me dois de ne répondre qu’à eux. Ou leur mandataire habilité. C’est toute l’honorabilité de la corporation des Lloyds qui serait remis en cause si je violais l’une des clauses de notre contrat. »

Pour un accueil « intraitable » avait prévenu Almont, s’en est un.

 

« M’obligeriez-vous à revenir entouré de force de l’ordre et munis d’une commission rogatoire internationale ? Au risque d’un scandale qui pourrait éclabousser jusqu’à l’auguste hôte de Buckingham-Palace en dépassant toute la profession des vénérables membres des Lloyds ? Vous en êtes apparentée, si je ne m’abuse ? »

Pas glorieux, mais bon, sur le moment, il ne trouve que cette réplique-là.

La dame reste calme. Une lumière scintille dans ses yeux. Elle se met à griffonner sur un post-it et reprend la parole, sans émotion perceptible dans la voix, sur un ton presqu’aimable.

« Désolé de vous décevoir. Dans le cadre de mon travail, je ne peux rien pour vous, avec ou sans commission rogatoire de vos juges : Ils n’ont aucune de valeur dans ce royaume tant que la chambre des Lords n’en aura pas décidé autrement. Mais je vous invite à poursuivre vos efforts, Cher Monsieur. »

Elle se lève, tourne autour de sa table de bureau style victorien et entraîne Paul vers la porte en lui glissant le post-it dans la main.

« J’ai été ravie », fait-elle en guise d’au revoir.

Paul, pas vraiment heureux d’avoir fait le voyage pour être éconduit aussi rapidement et comme un gamin, lui rend la courtoisie.

Sur le post-it, une adresse, inconnue pour un non-londonien et une heure… tardive dans la matinée. Un rendez-vous…

Voilà qui est curieux. Il le fourre dans sa poche de pantalon avant de retrouver son équipe et celle d’Almont sur le trottoir.

Alors ?

« Choux blanc. Il me faut un mandat, mais je ne connais pas le nom du mandant ! »

« Je vous l’avais dit : coriace ! Il va falloir passer aux choses sérieuses. J’ai une équipe pour ça « Charlotte » ! »

« Charlotte », c’est qui celle-là se demande « Dominiquette » qui écoute aux portes avec son anglais primaire ?

« On se calme. J’ai besoin de réfléchir, Monsieur le Directeur. On ne va quand même pas envoyer la « home-fleet » pour dérider les fesses de cette bonne femme : ça ferait scandale ! ».

Il faut trouver un moyen de lui faire cracher son morceau, rétorque son vis-à-vis.

« Oui ! Il doit y avoir un moyen. Mais j’ai besoin de réfléchir pour le trouver. Je vous propose qu’on se retrouve demain au breakfast à l’hôtel. D’ici là, on se sépare et on réfléchit chacun dans son coin ! »

L’américain accepte avec quelques réticences et part de son côté vers son hôtel avec ses sbires.

« Commandant » fait Paul en s’adressant à « Dominiquette ». « Voilà ce qui se passe : Elle n’a pas voulu ou pas pu parler dans ses locaux. Mais j’ai rendez-vous avec elle tout à l’heure. Il faut donc qu’on se sépare. Vous filez à l’hôtel et ramassez toutes nos affaires. Vous allez ensuite rendre votre artillerie et on se retrouve à l’avion, près à décoller d’un moment à l’autre dans l’après-midi. Comme si on rentrait. »

Ça ne colle pas du tout avec sa perspective de faire un peu de shopping chez Harrods, ni avec sa mission de protection. Et puis le laisser seul avec une femme dont on sait qu’elle peut être redoutable, ça ne l’emballe pas vraiment non plus : « Je vous rappelle, Commandant, que vous êtes sous notre protection parce qu’on en veut à votre vie ! »

Qu’elle ne s’en fasse pas. Il y a une voiture de police en filature et il ne serait pas étonnant que les services secrets de sa royale majesté en soit aussi, un peu plus loin. « Je suis en sécurité, ne vous en faites pas ! Faites ce que je dis, il faut que je me sépare des chiens de garde. On se revoit à l’aéroport tout à l’heure. Si ce soir, à vingt heures, heure locale je ne vous ai pas donné signe de vie, alors oui, vous vous inquiéterez. Entendu ? Vous refilez le bébé au ministère et vous ne restez pas ici. »

Voilà une mission qui prendra toujours un tour inattendu : laisser la chèvre à portée des loups, c’est quand même assez inconcevable de la part d’un officier de la marine.

 

À la grande surprise des trois groupes de couverture, celui de Scotland-yard, celui du MI6 et celui de la CIA laissé à la traîne par Almont, le groupe des français se sépare, laissant « la cible » isolée.

Paul flâne, fait « lèche-vitrine » un temps. Le temps de repérer ses suiveurs. Appliquant la technique apprise dans le temps lors du stage de commando-marine, il presse le pas dans une direction à la recherche de foules plus compactes. Une fois sur une artère de plus forte fréquentation, il dépasse une entrée de station de métro. Les trois voitures suiveuses se rapprochant, il stoppe devant une vitrine, jusqu’à ce qu’elles dépassent à leur tour la bouche de métro. Il revient en sens inverse, tourne la rue dans le dos de la circulation automobile et se rue dans l’escalier du métro le plus proche.

Les suiveurs comprennent. Sortent de leurs véhicules et s’engouffrent à leur tour dans la bouche de métro, alors que Paul introduit un ticket, qu’il vient d’acheter, dans le tourniquet.

Quand la rame arrive, Paul ne sait pas si il est ou non rattrapé. À vrai dire, il ne sait même pas dans quelle direction il va. Peu importe. Deux stations plus loin, il descend et reprend son allure tranquille le long du quai. Au moment où les portes vont se refermer, il se jette véritablement dans la rame et repère qu’un suiveur en fait autant à 20 mètres de là, alors que deux autres n’y parviennent pas.

À la station encore suivante, il reste, puis à la sonnerie fait mine de sortir rapidement. Vite imité par son suiveur. Et remonte dans la rame au moment où les portes se ferment. Cette fois-ci il est seul. Il n’y a plus qu’à repartir en sens inverse deux stations suivantes et sortir prendre un taxi à qui il donne le post-it laissé par Lady Joan.

Le chauffeur maugrée en regardant l’heure inscrite sur le bout de papier.

Vus les embouteillages et la dense circulation, pas sûr qu’ils n’arrivent pas en retard au lieu-dit.

 

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Opération « Juliette-Siéra » (XXV)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

   

Vingt-cinquième chapitre : Descente à Londres

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

À Aubenas, Paul est accueilli par un piquet de grève : forte impression les « g-men » en treillis autour de lui ! Pas fait pour détendre l’atmosphère, ce genre de chose.

« Bon, tout le monde à l’atelier ! Je vais à l’échelle de coupée des bureaux pour vous voir tous ! »

Il en profite pour passer en enfilade tous les bureaux, direction les WC. Isabelle Nivelle le suit jusque-là, encadrée par deux gorilles des commandos de marine.

« Tu vas leur dire quoi ? Qu’est-ce qui se passe au juste ? Pourquoi tu n’as pas donné signe de vie depuis ton dernier passage ici ? ». La rengaine des femmes flouées, abusées, au courant de rien.

« Tu vas savoir ! »

C’est qu’ils sont tous remontés, d’abord inquiets, ensuite manipulés par les deux syndicalistes virulents qui ne manquent jamais une occasion de se faire mousser, de faire du bruit pour pas grand-chose.

Ceux-là, on n’est pas encore arrivé à les virer, mais il va falloir s’en occuper sérieusement.

Il faut dire aussi que Paul aurait dû prévoir la réaction au tir de missile sur la voiture de direction de l’été alors qu’il passait en catimini. Mais il a eu tellement de choses à régler en même temps, qu’il a oublié d’y songer.

« L’usine et son personnel ne sont pas en danger ! Cet attentat ne visait que moi et encore, ce n’était sans doute qu’un avertissement. »

« Nous devons rester vigilants. Vous savez combien notre outil de travail, nos savoir-faire, notre bureau d’études et de recherche importent aux yeux de certaines puissances étrangères[1]. »

« Toutefois, je suis en passe de finaliser une mission « secret-défense » qui m’est tombée dessus avant mon départ en vacances. Elle m’a été imposée, bien qu’elle n’ait rien à voir, afin de garantir les financements de nos projets. Ceux que vous connaissez plus ou moins ici même et qui concerne notre avenir collectif. Bien sûr, en l’acceptant pendant que vous vous reposiez au soleil, je n’avais pas imaginé une seule seconde qu’on, en viendrait à faire le coup de feu jusqu’à ici même. »

« Depuis, les autorités ont pris les mesures nécessaires pour nous protéger tous, y compris moi-même » dit-il en désignant du menton les deux garde-du-corps.

« Car c’est plus moi et ce que j’ai dans le crâne qui reste visé. Aussi, pour ne pas vous mettre en danger d’actions qui pourraient avoir des effets collatéraux dont vous pourriez, tous ou chacun être victime, je repars rapidement loin de vous par les yeux, mais reste proche par le cœur, rassurez-vous ! »

« Tout ce que je vous demande, c’est de reprendre le travail selon les plans de charge prévus, exactement comme si de rien n’était : Vous n’êtes pas menacé, ni même l’usine Vous n’êtes pas concernés, ni vos familles. Ce n’est que moi qui suis visé, et je reviendrai comme à l’accoutumée dès que cette affaire sera pliée, rassurez-vous ! »

Pas très rassurant.

Au point qu’il faut poursuivre en Comité d’entreprise « élargi », laissant la plupart rentrer chez eux pour leur première journée de « travail ».

 

Les membres du comité sont plus incisifs. De quoi parle le patron ? Par qui il est menacé ?

« Je ne peux guère vous en dire plus que tout à l’heure. Vous seriez immédiatement consignés au secret. Et je pense qu’on vous attend à la maison ce soir. Après tout, la rentrée des classes, c’est demain. »

Que se passera-t-il s’il décède ?

« Vous savez que c’est prévu. Personne, ici n’est immortel. »

Il a déjà expliqué qu’Isabelle Nivelle restait la Présidente et qu’un nouvel administrateur serait trouvé par qui de droit pour l’épauler.

« Mais si par hasard vous êtes tous les deux tués dans un nouvel attentat ? »

Ils ne sont jamais ensemble, sauf pour les Conseils d’administration parisiens et ici quand ils y travaillent, où tout le monde aura à cœur de déjouer toute tentative…

Et l’usine, son activité, ses projets ?

« Le carnet de commande est plein jusqu’à Noël. D’ici là, comme il y a des troupes qui se battent, il y aura des commandes supplémentaires pour le trimestre prochain. Par ailleurs, notre projet « Harpagon » (l’avion en céramique) peut continuer d’avancer. Nous avons les fonds jusqu’à la fin de l’année. Et je compte bien qu’on nous remettre une rallonge importante si j’aboutis rapidement dans l’affaire qui vous préoccupe. Il se trouve qu’elle est pilotée par le ministère, celui-là même qui nous finance : je ne pouvais pas refuser d’y prendre ma part de responsabilités. Pour vous, pour nous. »

Bref, il faut avancer selon le calendrier prévu, tester les parties chaudes mobiles tel que cela avait été défini en mars dernier.

« C’est aussi une question de crédibilité et de transparence. Nous devons faire ces tests et ainsi faire sérieux : Dire ce qu’on fait et faire ce qu’on dit. »

« Dites-nous ce que vous faites pour le compte du gouvernement, alors, et vous deviendrez crédible, patron ! »

Aaah, l’homme de la dialectique cégétiste !

« Désolé Jean. Tu vois les hommes et femmes en arme autour de moi. Eux non plus ne savent pas. Et pourtant, ils me font confiance et sont près à faire feu sur n’importe quelle menace ! »

Raclement de gorge de « Dominiquette », qui sonne fort dans le silence qui vient de se faire.

« Quoi ? Vous ne vous feriez pas tuer pour moi, Commandant ? »

Toute rose, empourprée du visage par l’effet inattendu de son raclement de gorge, elle explique que si on pouvait éviter d’en arriver là, elle en serait fort satisfaite.

Rires complices autour de la table.

 

La séance est levée.

C’est autour d’Isabelle de tenter de demander des comptes, sitôt Paul retourné dans son bureau.

« Écoute, Patronne ! Je ne peux pas t’en dire plus. Tu gères la boutique comme d’habitude. Moi je file : j’ai des dossiers en retard. On se joint par portable et Sms. Je refais surface dès que tout est terminé ou si tu as besoin de moi dans l’urgence comme ce midi. »

Et Paul s’engouffre avec sa suite armée sur les talons, Gijou en tête, dans les véhicules prêtées par la gendarmerie locale, direction l’aéroport.

« On file à Fox ! Au moins, je pourrais vous loger tous…»

Une fois arrivé à bon port et après un repas servi sur le pouce par Lydia, il s’enferme dans son bureau.

Le Capitaine de Corvette Gijou fait son rapport à ses supérieurs : la situation est redevenue « stable » et calme.

 

« Tu penses ce que je pense ? » Les deux hommes, assis à une table basse des salons discrets du cercle Interarmées de la place Saint Augustins sont au diapason : « Je conclue ce que tu conclues. » Et l’autre de reprendre : « Mon ami, vu ce que nous voyons, entendu ce que nous entendons, compris ce que nous comprenons, pensant ce que nous pensons, nous avons raison de conclure à ce que nous concluons ! » fit sentencieusement l’homme du château.

L’enquête a avancé comme jamais, mais « on est très pressé de conclure, au sommet de l’Etna ! »

La « crise » est passée par-là, les plans de relance de l’économie et de soutien des banquiers fleurissent partout dans le monde occidental.

« Il va y avoir un sommet à Pittsburgh à la fin du mois. C’est l’occasion pour le patron de rencontrer son homologue américain. Et il tient absolument à apporter des réponses précises à tous ces messieurs de Washington. »

Voire des solutions d’ici décembre.

Car, désormais, tous les deux soupçonnent que les fonds disparus depuis les années 90 existent bien. « Si Charlotte demande à aller opérer en Grande-Bretagne, c’est qu’il a des raisons. »

Oui, mais !

« Tu te rends compte des retombées d’une opération barbouzarde chez sa royale majesté ? Il faut absolument que cela se fasse sous contrôle des autorités locales. »

Une petite communication d’ambassade et un appui d’Interpol ?

Absolument : on ne peut pas faire autrement.

« Mais tu sais aussi ce que ça veut dire, si par hasard la pêche est bonne ? »

Bien sûr qu’il sait ! Il l’a même évoqué avec le Secrétaire général de l’Élysée. « On va devoir mettre en grande difficulté toute une partie de la classe politique. Et à l’avant-veille d’élection régionale, ça la fiche mal ! »

« Rassure-toi. En haut, ils veulent rester discrets. Tu comprends, la doctrine de « Rackchi » est toujours en vigueur. Pas de versement de commission à autoriser si elle concerne des nationaux. Donc pas de vague : on doit faire comme si cela n’avait jamais existé ! »

Puis, réfléchissant un moment, il reprend : « L’idéal serait que « Charlotte » nous trouve une solution. »

À quel problème ?

« Je résume. De l’argent disparaît. « Charlotte » le retrouve vingt ans plus tard. Admettons qu’il soit en position d’en disposer. Soit on le rapatrie dans les comptes du Trésor, mais ça va se voir. Et si ça se voit, il y aura bien quelqu’un pour poser la mauvaise question et déclencher un cataclysme politique. Or, j’ai cru comprendre qu’on aurait encore besoin d’une opposition crédible. Et puis j’avoue que si tremblement de terre il doit y avoir, il est clair que se seraient nos racailles de trotskistes-écologiste qui en profiteraient et nous serions tous en danger. »

Donc, il ne faut pas le rapatrier en direct.

« Certes, mais comme il appartient au pays, qui a, comme tu t’en doutes déjà, de lourdes difficultés financières, il faut quand même le rapatrier. D’autant mieux que les américains souhaitent leur part. Il semble, il semble seulement, c’est un point à confirmer, que notre Président ait reconnu il y a deux ans, le principe d’une dette à l’égard du Trésor américain. Une dette évaluée à 15 milliards de dollars. Ne me demande pas comment ni d’où elle vient. Mais elle existerait également ! »

Espérons que l’un compense au moins l’autre…

« Et alors ? »

À « Charlotte » d’élaborer une solution.

« Et comment lui fait-on part de ces instructions-là ? Et crois-tu qu’il en sera capable ? Ne serait-ce pas plutôt le travail des agents de Bercy ? »

Capable ? Pourquoi pas : il a bien été capable de retrouver une piste perdue depuis tant d’années.

« Et ce n’était pas gagné, souviens-toi ! »

Que Bercy pilote ou contrôle l’opération, pas de doute. « Mais à tout peser, idéalement et si on peut faire confiance à « Charlotte », autant que le moins de monde possible soit au courant à Bercy. Je préférerai nettement qu’il pilote et que Bercy contrôle. Parce que si Bercy pilote, qui va donc contrôler ? »

Faire confiance à « Charlotte » ? À part l’épisode de fin août sous les fenêtres de la DCRI et sous leur nez à eux deux, avec l’espionne Coréenne, il n’y a pas eu de bavure, jusque-là !

« Où est-elle, d’ailleurs, cette espionne ? » Au secret.

« En fait, elle a confirmé le rapport indirect fait par « Charlotte », via le Capitaine Gijou et le Colonel Solre. Sa mission ultime, c’est de noyauter les activités de la MAPAE, directement dans l’entourage de « Charlotte ». Je crois qu’on va décider de la renvoyer entre les mains de « Charlotte ». Comme ça, on pourra mieux enfumer les coréens et donc les chinois qui sont sans doute derrière ».

Mais ce n’est pas encore décidé : le Service du contre-espionnage aime bien l’idée d’avoir un agent retourné sur place, mais pèse les risques de vraies fuites. Or, il y a un projet secret d’avion de combat du futur dans les ateliers à Aubenas. Les drones, le projet le plus important pour les forces armées, sont logés ailleurs, même si Aubenas y participe. Un bon écran de fumée, en somme.

« Quant à lui passer la consigne, mais tu as tout le personnel qu’il faut au ministère, mon vieux : un officier général, son adjoint. « Isidore », c’est l’armée, non ? Tu te débrouilles avec ! »

Évidemment, pense pour lui le représentant du ministère de la défense : les corvées, toujours pour le boulevard Saint-Germain.

 

Charles Almont exulte dans son bureau de la banlieue de Washington !

Un rapide, « Charlotte » : s’il veut aller à Londres, c’est qu’il a retrouvé les fonds. Logique, Londres. Les pistes de la maison s’évaporaient toutes au-dessus du Channel. Blocus instantané des autorités financières londoniennes. Comment lui avait-il pu passer au-dessus ? Extraordinaire ce gars-là !

Quant à lui donner un coup de main sur place, bien sûr qu’avec les liens que le Service entretient avec le MI6, il n’y aura pas trop de problèmes.

Peut-être pas avec « un lasso et des pistolets à la ceinture », mais c’est l’occasion de contrôler le bonhomme dans ses excès : le coup de l’agent coréen qui passe par-dessus bord, c’est bien la preuve qu’il a un « côté sanguin » irrépressible.

À moins que ce soit un « faux-nez » ? Car ça ne cadre pas trop avec le personnage : à suivre.

Quant à le rencontrer après, eh bien non. Ce sera pendant l’opération. Il fera le déplacement et très vite pour préparer le terrain et être en mesure de réagir sur place.

Si encore l’agent Lison avait pu lui dire où et quand…

Nulle, cette fille-là !

Il s’appuiera donc sur son équipe, qui a localisé « Charlotte » dans le haut-var après son passage dans l’Ardèche : elle donnera le top départ !

Il a un peu de temps de se préparer un petit séjour « aux oignons » dans la City.

 

Le reste de la semaine se passe un peu dans une atmosphère curieuse, où chacun se regarde en chien de faïence, s’isole et ne pipe mot : à chacun sa place.

Grâce aux renseignements pris ici et ailleurs, à la veille de la gendarmerie locale, on sait qu’il n’y a pas de coréen dans le secteur. Mais quatre bonshommes, dont deux au fort accent anglais qui surveillent à tour de rôle les allers-et-venues sur la route qui mène au domaine où Paul s’est réfugié. Pas très discrets. Et identifiés comme des attachés « culturels » de l’Ambassade de la Place de la Concorde.

Le jeudi, on annonce l’arrivée de la conseillère de la Cour des comptes présentée au Capitaine de corvette Gijou comme la « hackeuse » de service.

Et Paul de s’enfermer avec elle dans le huis clos de la pièce du haut. Aux jumelles, ils bossent, avant qu’elle ne reparte.

Son travail confirme à Paul que le trust visé est bien celui recherché.

Lui-même, piloté de Londres par un vieux Lord britannique, membre des Lloyd’s depuis des générations, possède une ribambelle de comptes, au Luxembourg, en Suisse, en France, à Guernesey, aux Bahamas et en Angleterre.

Des sommes importantes arrivent en rafale depuis le début de l’année 91, depuis les comptes qui sont identifiés à la fois dans les fichiers piratés par Miss Lidoire, mais également dans ceux qui ont été remis par Emily à Calvi. Puis encore et bien plus dans le courant de l’année 92.

Et le tout par les fameuses plateformes interbancaires dont les fichiers piratés permettent de faire les corrélations, toutes les corrélations, grâce aux dates des opérations.

Consternant, avec le recul, que les fichiers « Clearstream » ait servis à tout autre chose !

Pas tout-à-fait 30 milliards de dollar… Quelques dizaines de millions se sont donc encore évaporées au passage !

Mais ça ressort de 1992 à 1994. Pour aller se placer dans trois catégories d’actifs. De la dette publique française d’une part et régulièrement renouvelée depuis à presque chaque émissions/remboursements de papier OAT émis par le Trésor français.

Des titres de sociétés françaises, actions, obligations, convertibles ou non en action, des fonds de créances, des sicav, des FCP, tous émis et gérés par des banques françaises, nationalisées à l’époque.

Et enfin, des sociétés civiles, forestières, lagunaires et quelques immeubles gérés sous forme de SCPI de bureaux et de locaux commerciaux, ou en direct, par SCI interposées, pour des locaux d’habitation dans des grandes villes, ou des domaines agricoles.

Gestion impeccable de « bon père de famille ».

Les dividendes, intérêts, loyers, plus-values perçues sont intégralement réinvestis sur des supports similaires à échéance longue, et dans les semaines qui suivent leurs versements.

Hors les commissions du gérant trust.

« Depuis 20 ans, ils ont ainsi touché plusieurs dizaines de millions d’euros. La valeur capitalisée totale, à date d’aujourd’hui est de 35 à 36 milliards d’euros. Tout dépend de la valorisation des immeubles à la revente » signale Joëlle.

« Ça veut dire que jamais une personne physique, une fondation ou une institution quelconque n’a touché quoique ce soit de cette fortune depuis tout ce temps ? »

Réponse indubitablement positive : jamais.

Voilà bien un mystère que Paul compte éclaircir rapidement. Il saisit son téléphone, compose le numéro du siège londonien du gérant du trust et engage la conversation avec son meilleur anglais.

« Je souhaiterai parler à Lord Thornner, please ! »

Milady Joan Thornner. Lord Arthur est décédé depuis plus de 5 ans. Elle n’est pas disponible actuellement.

Devant l’insistance de Paul de Bréveuil, rendez-vous est fixé au lendemain matin, dans les bureaux de la Compagnie.

Branle-bas le combat ! Joëlle est renvoyée à Marseille auprès de ses collègues habituels et sa petite famille. « Dominiquette » est sollicitée pour passer la nouvelle en « haut-lieu » et annoncer son déplacement imminent à London-city. Rémarde et ses équipes arment l’hydravion pour un vol à City-Airport dans la soirée.

 

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[1]  Voir, « Ardéchoise, Cœur fidèle » à paraître aux éditions I².


Opération « Juliette-Siéra » (XXIV)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

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Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Vingt-quatrième chapitre : Confirmations…

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Effarant !

Et pourquoi l’ancien Président décédé aurait pris le risque d’un pareil détournement personnel ?

C’est aberrant. Pas un homme de gauche, ce n’est pas possible s’insurge Paul dans son for intérieur.

Les deux hommes qui lui font face lui laissent le temps d’encaisser le « choc ». Et reprennent.

« Nous ce qu’on veut, c’est que notre client soit blanchi et plus inquiété par quiconque. Par ailleurs, il a engagé des frais pour faire valoir ses droits et exploiter son invention.

Il est bien conscient que les 24 milliards de dollars qui lui ont été volés ne correspondent pas aux services qui ont été rendus au peuple Koweïti.

Mais 10 % de droit d’auteur doivent lui revenir ! »

Et tiens donc !

Une prime d’aviseur d’un côté, des droits d’auteur d’un autre !

« Désolé Messieurs, je ne peux que transmettre vos doléances. Ce n’est pas moi qui dispose de cet argent. Et je ne l’ai même pas encore récupérer » fait-il pour toute réponse.

Et puis, cet entretien relève peut-être dans la grande esbroufe, après tout : comment un Président de la République, normalement au-dessus des contingences bassement matérielles peut-il mettre la main dans la caisse pour y puiser ce qu’il a envie et d’un pareil montant ?

« Oh là c’est très simple ! Il a suffit d’un ministre de l’industrie au fait des brevets déposés, et de quelques coups de téléphone pour « capter » les droits sur ces brevets, au moins quant au contenu. Avec une photocopieuse, le tour est joué.

Il suffit alors de mettre en jeu quelques intermédiaires qui n’ont rien à vous refuser, genre « Sir-vaine » capables de tout pour faire modifier, à lui en faire-faire un « 180° », une politique d’embargo sur les vente d’armes par un ministre bienveillant. »

Juste réactiver des réseaux préexistants, en effet.

 

Et Paul a en tête les réseaux « A », « B » et « C » de l’affaire des frégates. Il a encore en mémoire les détails des « avatars » autour de « Clearstream », de l’argent qui se ballade par centaines de millions de dollars.

Il y a les 7 milliards (7,89 pour être précis) des indemnités de guerre jamais reçues ni du Koweït, ni de l’ONU pour « défraiement des troupes engagées ».

Tout ça signale bien un « réseau de blanchiment » fonctionnant au quart de tour : ce qui a marché pour 7 milliards, peut fonctionner pour plus du triple, bien évidemment.

S’il n’y avait pas eu en plus, les morts « suicidaires » autour du Président de la République d’alors, avec classement de première classe, du fait du manque de trace sous la dent, tout cela pourrait n’être que fantasmagories, pures spéculations romanesques, délires d’esprits complètement parano.

Mais voilà, il y a Grossouvre, l’ami de trente ans, écœuré de l’affairisme ambiant dans l’entourage de l’Élysée.

Il y a Bérégovoy et le prêt de R-P. Latpel et Tramoulsi, à ce dernier, qui lui a tant coûté de ne pas aller au bout de son discours de politique générale devant l’AN contre la corruption, comme pour lui couper les ailes, les lui brûler pour avoir été trop proche du soleil comme Icare, Latpel qui est aussi un « ami personnel et de toujours » du fameux Président.

Et l’ex-expert-comptable, de narrer son aventure : on s’est servi de son identité pour ouvrir des comptes, 6 au total, où ont transité sans qu’il ne le sache, presque 8,5 milliards de dollars et être fermés tout de suite après.

Il explique à Paul qu’il se bat de son côté pour faire ouvrir une enquête et être réhabilité après avoir été radié de l’ordre et empêché d’exercer son métier faut d’avoir payé une cotisation de 1.200 euros ! « Moi, le milliardaire putatif ! Vous vous rendez compte ! »

Il détaille ses emmerdements avec le fisc venu en rajouter une couche pour des prunes, les classements verticaux de ses plaintes successives par procureur de Paris, « celui qui a même reçu la légion d’honneur pour services rendus à la patrie » !

Gros sur la patate, le bonhomme en costard gris…

Paul est sonné quand il prend congé de ces deux là.

 

On est en plein délire : Maintenant, il faut retrouver, dans l’immense masse d’informations volées par Miss Lidoire, et l’autre base de données fournie par les patrons de Lison, les traces de ces sommes pour confirmation.

Soit d’avoir perdu son temps, soit la preuve que tout cet argent existe.

Mais alors vient et taraude la deuxième question, si la réponse est positive : Pourquoi ?

Dans quel dessein ?

Paul rentre tout tourneboulé par cet entretien matinal. Joëlle est toute bronzée et souriante. La secrétaire de Paul encore plus rouge que d’habitude, la faute au soleil dans les deux cas. Les traits reposés des gens qui rentrent de vacances avec des images encore plein les yeux.

Une tonne de paperasse sur la table de travail de Paul de Bréveuil : la saison a recommencé pour la MAPAE et on n’a toujours pas le premier rond pour poursuivre les travaux de recherche sur l’avion en céramique ! Un été pour rien à planer en tout sens à éviter d’éventuels tueurs…

« Joëlle, J’aimerai qu’à l’avenir, quand vous bossez pour moi, vous me disiez ce que vous faites. Je viens de me prendre le plus mauvais week-end de ma vie entre les gencives à cause de vous ! »

De moi ?

Joëlle note le vouvoiement soudain…

Et Paul de lui raconter que ces petits bidouillages, d’inventions d’IP fantôme, d’ID de « password » et autres billevesées, c’est très bien, mais pas quand on vole un IP d’un bureau de la police de Shanghai !

« J’ai failli être tué avec ce genre de conneries ! Vous ne vous rendez-pas compte !… »

À son tour d’être ébranlée sévère… Un vrai savon !

Elle ne sait plus quoi inventer pour s’esquiver avant même d’essayer de comprendre comment elle avait pu faire une erreur pareille. « Mes IP sont d’abord vérifiés avant d’être utilisés ! »

Eh bien ses vérifications datent : les choses ont pu être modifiées entre-temps. Les puces qui sont mis en route peuvent s’attribuer ces IP fantômes à n’importe quel moment.

Il faut qu’elle vérifie avant de les emprunter.

Bref, elle se fait engueuler un long moment, Paul rouge de colère de la peur rétrospective pour cause d’ânerie de débutant.

 

…/ (Aparté n° 12) /…

 

« Bien, il faut rester sérieux et professionnel. Nous n’en avons pas terminé. Il me faut tout ce qu’il est possible de savoir sur un trust anglais. À Londres. De sa création que je suppose être des années 90/91 à nos jours. Est-ce possible pour la fin de la semaine ? »

Pas folle la guêpe ! « C’est ce qu’on cherchait depuis le début ? »

Oui, et on l’a déjà dans les fichiers : « SJ trust ! Solutré-Jarnac trust… Mais il me faut le reste, tous les mouvements. »

« Solutré-Jarnac ? Ça me fait penser à quelqu’un, ça. Pas vous ? »

Que surtout elle ne pense pas. Jamais !

Secret défense. « On ne touche pas comme ça à n’importe qui sans réfléchir, avant, à une voie de sortie. Mais pour sortir, il faut savoir de quoi ce truc-là est fait ! »

Et d’expliquer que c’est peut-être une mauvaise piste. Alors pas d’emballement.

 

Joëlle se met au travail dans la salle de réunion au moment où le téléphone sonne.

Emily. « Je peux te voir en urgence ? » De quoi il s’agit ? « Encore un attentat imminent ? »

Non ! On lui a juste fait savoir qu’il a un agent-double depuis récemment dans son entourage.

« On te propose de l’exfiltrer rapidement en Allemagne sur une Base de l’Otan. »

Et puis quoi encore ? Elle arrive par la route à la « piscine » ou ailleurs et sous bonne garde.

« Désolé. Ça m’a un peu retardé, mais j’ai balancé son cadavre en Méditerranée hier soir. Je ne savais pas que vous en aviez besoin. Faut être plus rapide que ça, les amis, sur ces coups-là ! »

Toujours un répit de gagner avant qu’ils ne découvrent, à Washington, que c’est un bobard…

Joëlle n’en croit pas ses oreilles et en écarquille les yeux grands comme des soucoupes volantes !

Sur le coup, Emily ne sait pas quoi répondre non plus. Elle ne voit pas « l’amour de sa vie » en tueur à gage acharné contre quiconque : ça ne cadre pas avec ce qu’elle sait de lui.

« Mais t’en fais pas, tu diras à tes chefs que l’agent-double a confirmé l’histoire des pirateries de mon « hacker » personnel, qui vient de se prendre un savon monumental. »

Là, elle est complètement déboussolée. « Tu ne te souviens déjà plus de notre RDV dans la baie de Calvi ? Et des messages que tu m’as fait porter en urgence le soir du 15 août dernier ? »

Non, elle ne se souvient plus : un parfait agent de liaison, complètement cruche en plus…

« Puisque je t’ai au téléphone, dis donc à tes employeurs que je suis sur une piste. Mais qu’il faut qu’ils m’introduisent à London-city avec peut-être l’appui des autorités locales. Il se peut que j’aille y faire un tour avec un lasso et des pistolets à la ceinture, un de ces quatre. Autant ne pas être tout seul : plus on est de fous, plus on rigole ! »

Là, complètement larguée, la fille.

Mais ce sera peut-être l’occasion de rencontrer ses « guides naturels » à eux deux aussi.

D’ailleurs, Paul insiste : « Tu leur dis, hein ! Et ça me fait penser que j’ai rencontré un type très bien, y’a pas longtemps, assez loin d’ici et lui de ses bases. J’aimerai bien le rencontrer à nouveau, mais pas forcément pour le rodéo londonien. Plutôt après. Tu peux le lui dire aussi ? »

Quelques onomatopées embarrassées plus tard, elle réitère son invitation à déjeuner ensemble pour bien redire le message qu’elle a à transmettre.

« Écoute, j’ai plein de boulot à rendre. Je n’ai pas trop le temps de deviser avec toi. Et je te réaffirme que ton agent-double est à la flotte en train de se faire bouffer par les petits poissons : une glissade de mon hydravion. Il a oublié d’attacher sa ceinture et n’a pas maîtrisé les phénomènes d’appel d’air en haute altitude, c’est tout, mais c’est comme ça. Ok ? »

Faut vraiment passer à autre chose… Il raccroche donc brutalement.

 

Avant la fin de la matinée, c’est Isabelle Nivelle, la pédégère d’Aubenas qui appelle un peu catastrophée : Il y a grève générale à l’usine ! L’attentat de la mi-août a laissé des traces sur les peintures, mais également dans les mémoires des cerveaux échaudés du personnel.

Ils veulent savoir si le personnel de l’usine et des bureaux est en danger.

« Tu leur racontes que non. Mais pour les calmer, tu leur dis que j’arrive ce soir sur le coup des 18 heures et qu’on fait une réunion pour explication. Les délégués, les représentants syndicaux, les membres du comité d’entreprise et les chefs de service. »

Tout le monde alors ?

« Si tu veux. Une AG si ça les chante. Mais qu’entre-temps, on remette l’outil de travail au propre pour demain matin. »

 

Un peu plus tard dans l’après-midi, c’est autour de la « Dominiquette » de se faire introduire par la secrétaire de Paul dans son bureau.

Elle vient au rapport. Miho est à Satory au secret. « Faut faire gaffe à celle-là : les bleusailles des services secrets américains veulent lui remettre le grappin dessus. »

Comme elle n’a pas l’air de comprendre tout l’enjeu, Paul précise. « S’ils ne l’ont pas, ils vont la descendre ! »

Un agent d’une puissance étrangère de plus ou de moins…

« Pour le moment, je leur ai fait croire qu’elle est morte. Mais ça ne va pas prendre éternellement, surtout si elle ressort. Bref, on a peut-être une monnaie d’échange : il faut en avertir « le grand patron », depuis que je ne cause plus au mien ! »

Mais ça veut aussi dire que Paul bosse pour une puissance étrangère ? Ça vaut bien un rapport, ça !

« Ce n’est pas ça. Ça veut surtout dire que les ricains sont sur le coup et qu’ils tuyautent depuis le début. Je t’en ai parlé le mois dernier… mon « ex ». Elle fait trop agent de liaison de la CIA depuis le début pour ne pas me rendre compte que je suis piloté depuis Langley. C’est un fait, c’est comme ça. Alors autant que ça serve. »

Et c’est quoi, cette mission du ministère en relation avec l’allié américain ?

Toujours aussi curieuse, la « Dominiquette » : Elle n’en saura pas plus. Paul l’avertit seulement qu’il va devoir faire face à ses devoirs et charges envers la MAPEA qu’il dirige.

« Ce qui veut dire que mes déplacements vont redevenir prévisibles. Je me suis pris trois attentats, y compris sous les fenêtres de la DCRI alors qu’en principe personne ne savait où je me promenais, alors là, ça va vraiment devenir drôlement plus difficile d’assurer ma protection pour le service ! »

Et comme l’avant-dernière fois, c’était au missile, il va peut-être falloir mobiliser un char Leclerc avec des chenillettes anti-aériennes sur les autoroutes…

La perspective n’amuse manifestement pas le Capitaine de corvette Gijou. Qu’elle en choit réellement de la mâchoire.

« De toute façon, j’y vais ce soir, avec l’hydravion. J’ai des places pour des gars en tenue de combat équipés de l’artillerie d’usage… Départ 16 heures de Pontoise. Ah, et puis, va falloir assurer jusqu’au Royaume-Uni. Il se peut que j’aille y faire un tour… »

Là, c’est trop pour elle… Elle tourne le talon comme dans un demi-tour réglementaire et file, l’air furieux.

Une vraie tornade ce type.

 

Et Paul épluche le dossier remis le matin par maître Lardco et Bassano.

L’ex-expert-comptable niçois est en fait le héros malheureux d’une histoire très complexe liée à la Guerre du Golfe. Il s’est d’abord rendu compte qu’on s’était servi de son identité et de ses papiers pour transférer, via une banque hollandaise, des fonds provenant du Koweït.

Et puis les billets qu’il collecte au fil du temps sont très complets.

Paul en vérifie les détails dans les nombreuses bases de données fournies par Lidoire et Emily.

On y retrouve, datant tous de la même période, des mouvements de fonds « entrants » suivants :

Étienne T… : Banca dei Gottardo (États-Unis), compte n° 191.974 : 5.263.000.000 US $ ;

François C… : UBS (Genève), compte n° 248.466.71 : 710.000.000 US $, VOLKSBANK (Fribourg), compte n° 240.075.7739 : 1.280.500.000 US $ ; Bank America International (New-York), compte n°393.72139 : 1.750.000.000 US $ ;

Serge R… : BNP (Luxembourg), compte n° 63.114.887 : 1.320.000.000 US $, BNP (Luxembourg), compte n° 52.195.582 : 50.000.000 US $, BNP (Luxembourg), compte n° 165.964 : 3.363.600 US $, UBS (Genève), compte n° 564.911.DF : 380.000.000 US $, UBS (Genève), compte n° 20.087 S : 410.000.000 US $, Bankgesellschat (Buelach), compte n° 80.5696.7 : 300.000.000 US $;

Fouad H… : Lloyds Bank (Genève), compte n° 952.655 : 563.200.000 US $, Kreddietbank (Genève), compte n° 195.583 : 109.000.000 US $, UBS (Genève), compte n° 22.633 M : 690.000.000 US $, Citibank (Londres), compte n° 400.515.018 : 130.500.000 US $ ;

Victor G… : ABN AMRO Bank (Rotterdam), compte n° 18.157 : 29.500.000 US $, SBS (Genève), compte n° 15.018/C.3.112.957 : 650.000.000 US $, SBS (Genève), compte n° 16.287/C.3.112.957 : 715.000.000 US $, SBS (Genève), compte n° 15.018/C.3.112.957 : 9.000.000 US $, DANER HENTSEH & Cie (Genève), compte n°10.465 : 13.000.000 US $, ABN AMRO (Basel), compte n° 1.068.635 : 1.420.000.000 US $, BMB (Genève), compte n° 7915 : 2.485.000.000 US $, Royal Trust (Toronto), compte n° 436.543 : 1.811.000.000 US $, First Interstate Bank (New York), compte n°477.925 : 1.200.000.000 US $, First Home Bank (Grand Cayman), compte n° 392.857 : 1.122.000.000 US $ et enfin UBS (Genève), compte n° 231.215 : 381.987.200 US $

Pour un total hallucinant de vingt-deux milliards sept-cent-quatre-vingt-seize millions et cinquante milles huit cents $ US...

 

Et Bassano de préciser dans une note jointe au dossier que, malgré les pressions et les menaces, il a été le seul à refuser de signer ses lettres d’instruction bancaire préparées par les notaires car il avait compris (de par mon expérience d’auditeur de banques notamment à Monaco) : la manipulation et le piège pour déposséder totalement les Ayant-Droits Economiques Réels (clients « effectifs ») de la possibilité de regard, par rapport aux sommes versées sur chacun desdits comptes. Ce que n’ont pas comprit à temps les autres ADER, qui furent malheureusement à l’époque, tous manipulés par leurs avocats respectifs.

Une note plus loin est cité le montant total des comptes légalisés par les notaires s’élève à : 23.005.341.300 US $. Il manque donc 209.290.500 dollars ! Le prix des commissions diverses, se dit Paul. À peine 9,09 pour 1.000…

Paul cherche dans ses fichiers, avec une requête Access, les mouvements sur ces comptes depuis 1991.

Tous sont effectivement soldés, à 1 % près au total au profit de « SJ Trust »…

Ça et les 7,89 milliards, on devrait donc trouver 30,895 milliards dans les comptes du trust de droit anglais.

En tout cas en mouvements d’entrée. Quant aux sorties, c’est à la conseillère régionale de la Cour des comptes de lui faire un topo complet d’ici quelques jours.

 

Retour au premier chapitre.

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http://infreequentable.over-blog.com/article-operation-juliette-siera-xxiv-53521027.html

 

Opération « Juliette-Siéra » (XXIII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Vingt-troisième chapitre : Révélations…

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

 

« Le sémaphore, ça n’existe même pas en rêve, vous vous souvenez de votre promesse, Lydia ! Quoiqu’il se soit passé, il ne s’est rien passé, il ne s’est rien dit, vous n’avez d’ailleurs rien vu, vous n’y êtes jamais venu, vous ne savez même pas que ça existe, ok ? »

Trop excitée au souvenir de ce qu’elle vient de vivre, de toute façon elle sera de retour au soir comme promis sans que personne n’en sache rien. Et elle pourra toujours expliquer qu’elle s’est promenée à la recherche de sa « belle-sœur putative » sans succès, où qu’elle a seulement accompagné le commandant de la fondation jusqu’à Rouen pour livrer des légumes frais et biologiques à « La péniche » de Mylène… elle aurait tout acquiescé de toute façon.

 

Maintenant que Paul sait ce qu’il doit savoir, il n’y a plus qu’à redonner forme décente à la coréenne encore sous le violant choc émotionnel qu’elle vient de subir, se croyant mourante et abandonnée, presque miraculeusement vivante, et la ramener à Fox où doit l’attendre la « Dominiquette ».

 

Il pourra même lui faire un rapport et tancer la conseillère régionale de la Cour des comptes.

Quelque part, ça tombe bien, il a son RDV avec Lardco à Paris lundi matin, et elle est censée être revenue au siège parisien dans la matinée.

Normalement, elle aura matière à affiner les recherches à suivre.

 

Sitôt le trio embarqué à bord de l’hydravion le téléphone portable remis en ligne fourmille de messages audios et scripturaux.

 

À la descente d’avion en pleine nuit, l’équipe en tenue de combat arme au ceinturon des commandos de marine de « Dominiquette » est sur les nerfs.

Où était-il ? Où est la prisonnière ? Qu’est-ce qui s’est passé depuis vendredi dernier ?

« J’ai débriefé la coréenne en la menaçant de la passer par-dessus bord au-dessus de la méditerranée. Il me fallait bien un copilote pour contrôler le pilote automatique, non ? » expliquant ainsi la présence de Lydia dans l’hydravion.

 

« Elle vous a appris quoi ? »

 

Un truc étonnant.

« Par on ne sait quel hasard, Miss Lidoire, vous savez ma « hackeuse » que vous avez croisée début août à Paris, nous a fait un coup tordu par inadvertance. »

 

Lequel ? Peut-être qu’elle va enfin savoir pourquoi on la tourne en bourrique depuis le début de cette mission de protection du bonhomme…

« Juste une bévue informatique. Elle a emprunté un « IP » qui correspond à une adresse informatique chinoise de Pékin ! Pas de chance, n’est-ce pas. Et je pense que je vais avoir d’autres précisions de sa part. Ce qui a déclenché une réaction via le seul agent asiatique pour qui j’aurai pu avoir quelques amitiés d’armes dans le temps, à savoir mon navigateur coréen lors d’un vol « top-secret » pour l’Otan qui a failli mal-tourner il y a quelques années. »

 

Ce sera en tout cas le contenu de son prochain rapport.

Là-dessus, coups de fil à Paris, confirmations, etc.

L’information circule de bas en haut.

 

Ordre est donné de rapatrier Mihado dans les locaux de la « Piscine », QG du ministère de l’intérieur qui prend le relais au grand dam de Solre, sans doute, à moins que ce soit lui qui soit « à la manœuvre ». Peu importe, finalement.

 

« De toute façon, je rentre sur la Capitale. J’ai un RDV matinal demain. Je vous offrirai bien de rentrer avec moi, mais il vaut peut-être mieux que vous vous occupiez de la coréenne, non ? » fait-il subrepticement à la Capitaine de corvette Gijou…

 

Il ne tient pas particulièrement à la garder sur son siège de copilote, l’agent-double ligoté derrière : elle prendrait soin de le cuisiner pour en savoir plus sur cette mission qui la promène à travers tout le pays sans rien y comprendre !

Déception visible dans le regard de « Dominiquette ».

Est-ce de devoir encore courir dans tous les sens, où seulement de se taper le sale boulot de convoyage sur 800 bornes ?

 

Arrivé au soir au siège social, Paul peut reprendre sa lecture des dossiers sur son ordinateur portable après s’être fait livré un repas du restaurant du coin, comme à son accoutumée.

 

Pierre Bérégovoy 13ème Premier ministre de la Vème République, du 2 avril 1992 au 28 mars 1993, successeur d’Edith « Lassalade » qui a chauffé la place à Édouard « Bat-la-mou », le mentor de l’actuel Président.

Ancien Ministre de la Défense, en mars 1993, ancien Ministre de l'Économie et des Finances de mai 1988 à mars 1992, Ministre des Affaires sociales et de la Solidarité de juin 1982 à juillet 1984, Secrétaire général de la Présidence de la République de mai 1981 à juin 1982.

 

Brillant parcours pour un petit bonhomme aux chaussettes tire-bouchonnantes qui ne payait pas de mine, né en décembre 1925, diplômé de la Faculté de droit de l'Université de Strasbourg (formation continue), pour avoir d’abord été « ajusteur-fraiseur » à la SNCF en 1942.

 

C’est en 1950 qu’il entre à Gaz de France comme agent technico-commercial à Rouen, puis obtient en 1957 sa mutation pour Paris. En 1972, il est promu chargé de mission à GDF pour y terminer sa carrière en 1978 comme directeur adjoint. La « grande secte des gaziers »…

 

Par ailleurs, il devient secrétaire national chargé des affaires sociales dans son parti politique en 1973 puis, à partir de février 1975, chargé des relations extérieures.

Élu maire de Nevers en septembre 1983 et pendant 10 ans, il en est aussi le député de 1986 à 1993.

 

Ce qui reste étonnant, une fois arrivé au poste de premier ministre, c’est son discours d’investiture à la Assemblée Nationale le 8 avril 1992 : il se présente d’emblée comme le chantre de la lutte contre la corruption affairiste et politique du moment, juste après la guerre du Koweït, exactement au moment où se situe l’affaire des puits de pétrole en feu.

« [...] Urgence, enfin, dans la lutte contre la corruption. [...] Avec le garde des sceaux […], je veux publiquement apporter mon soutien aux juges qui poursuivent la fraude, sans autre passion que le droit. On soupçonne certains hommes publics de s'être enrichis personnellement de manière illégale. S'ils sont innocents, ils doivent être disculpés ; s'ils sont coupables, ils doivent être châtiés ; dans tous les cas, la justice doit passer.

[...] J'apporte également mon soutien aux policiers qui travaillent consciencieusement sous le contrôle des juges pour traquer les corrupteurs.

[...] Toutes les procédures seront conduites à leur terme, dès lors qu'elles révèleront des actes frauduleux commis à des fins d'enrichissement personnel.

[...] S'il est des dossiers qui traînent, croyez-moi, ils ne traîneront plus.

[...] Croyez-vous que je prendrais la responsabilité de tels propos devant la représentation nationale - que je respecte - et devant l'opinion publique, si je n'avais pas l'intention d'honorer tous les engagements que je prends devant vous ? »

Et curieusement, il répond aux invectives de certains députés, en brandissant alors une feuille de papier et déclare : « Comme je suis un Premier ministre nouveau et un homme politique précautionneux, j'ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler. Je m'en garderai bien !

[...] S'il existe encore des élus qui, à quelque niveau que ce soit et à quelque parti qu'ils appartiennent, ne respectent pas les nouvelles règles de financement de l'activité politique, qu'ils le sachent : le gouvernement sera impitoyable. »

Le dernier qui leur avait fait ce coup-là, c’était Danton…

 

En mars suivant, il est battu aux élections législatives après avoir essuyé quelques scandales en rafale sur son propre compte et ses amitiés douteuses et prolixes. Il est très vite rattrapé par le cas de Samir Tramoulsi, un financier libanais, ami de la famille qui, depuis 1989, se débat avec la justice dans l'affaire Pechiney-Triangle, encore un délit d'initié qui remonte autour de la fameuse compagnie pétrolière aujourd’hui absorbée qui aura servie à bien d’autres choses que de distribuer du pétrole en station-service. Même son directeur de cabinet semble impliqué…

 

Dans le même temps, éclate l'affaire du prêt Latpel, révélée par « Le Canard déchaîné », en février 1993. Il s'agit d'un prêt d’un million de francs, sans intérêt, que Pierre Bérégovoy avait reçu en 1986 de l’ami intime du Président des gauches-unies, pour l’achat d'un appartement à Paris dans le 16ème arrondissement. Or cet « ami » est lui-même impliqué dans l'affaire Péchiney-triangle, se retrouve au centre d'une autre affaire de corruption, concernant l’entreprise de travaux publics Heulin, au Mans, qui constituera elle-même le point de départ de l'affaire Urba.

 

Le 1er mai, Bérégovoy se suicide.

 

En fait, d’après le dossier, il est évacué encore en vie, et il meurt quelques heures plus tard, lors de son transfert héliporté vers l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.

 

Bérégovoy est en effet retrouvé gravement blessé en fin d'après-midi le 1er mai 1993, presqu’un an avant Grossouvre, le long du canal de la Jonction à Nevers, victime d'un traumatisme crânien causé par un tir de revolver : autrement dit, son suicide commence par un long calvaire, incapable de « s’abréger » de lui-même.

 

Les pompiers de Nevers, prévenus par téléphone à 18 h 18, arrivent sur place vers 18 h 22.

 

L'enquête de police a conclu, de manière formelle, à son suicide au moyen de l'arme de service de son officier de sécurité…

 

Tout de suite, c’est le grand « Chabadabada » de la presse qui indique que « ses proches le décrivaient comme dépressif depuis la défaite de la gauche aux législatives de mars 1993 et la polémique à propos de l'achat d'un appartement à Paris grâce à un prêt à 0 % consenti par R-P Latpel ».

La meilleure vient quand même du président de la République d’alors, déclarant lors de ses obsèques : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie, au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous. L'émotion, la tristesse, la douleur qui vont loin dans la conscience populaire depuis l'annonce de ce qui s'est passé samedi [...] lanceront-elles le signal à partir duquel de nouvelles façons de s'affronter – tout en se respectant – donneront un autre sens à la vie politique ? Je le souhaite, je le demande et je rends juges les Français du grave avertissement que porte en elle la mort voulue de Pierre Bérégovoy. »

 

Voulue par qui ?

 

En 2002, bien que la hiérarchie des Renseignements généraux déclare officiellement ne pas la tenir pour crédible, le quotidien « Le Parisien » fait état d'une note interne de ce service concluant à l'assassinat.

Signée par Didier Rouch, cette note de 27 pages, intitulée « L'étrange suicide », résume une contre-enquête réalisée sous la responsabilité de l'ex-commissaire des Renseignements généraux de la Nièvre de l'époque.

Ce dernier affirmera avoir travaillé pour le compte du directeur des RG, Y. Bertrand (et ses petits carnets sulfureux), qu’on retrouve dans les démêlés de « Clearstream » aussi, qui lui aurait demandé de creuser la piste du meurtre, en parlant notamment d'un « commando » chargé de surveiller Bérégovoy. Bertrand a catégoriquement nié cette version des faits. Selon ce rapport, Pierre Bérégovoy aurait été abattu par des hommes-grenouilles. L'argument le plus probant concerne le calibre de la balle tueuse qui serait différent de celui de l'arme de service supposée avoir été utilisée par Pierre Bérégovoy, ce qui serait en effet assez peu banal.

 

En 2003, puis en 2008, deux journalistes, signent chacun un livre dans lequel ils prennent parti pour la thèse de l'assassinat, affirmant que Bérégovoy aurait menacé de révéler des informations explosives.

 

Mais lesquelles ? Les fonds de la « division Daguet » ou ceux de l’affaire « Ferrayé » dont les montants ahurissants justifierait en effet « mort d’homme » pour en protéger la destination ?

 

Paul avait bien essuyé et le tir d’un tueur à gage et celui d’un missile…

 

En 2008, un documentaire diffusé sur France 2 en avril rejette cette hypothèse en prétendant lever les principales zones d'ombre sur lesquelles elle se fondait.

Le documentaire apporte une explication aux « deux coups » de feu entendus par certains témoins : le premier aurait été un coup d'essai tiré par l’ex-premier ministre (logique… Le « garde-du-corps », possesseur de l’arme, et le chauffeur, ne se sont évidemment pas rendus compte de rien alors qu’ils fumaient à quelques mètres de là en tournant consciencieusement le dos …), de manière à s'assurer du fonctionnement de l'arme dont il n'avait pas l'habitude !

Il révèle également que le directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy à l'époque a subtilisé le répertoire de l'ancien premier ministre, du fait qu'il contenait des informations personnelles qu'il aurait été fâcheux de montrer à sa femme.

 

En revanche, un journaliste rapporte dans son livre de 2008, les confidences de l'ancien gendre de Pierre Bérégovoy, l'avocat Vincent Sol, concernant deux lettres que Pierre Bérégovoy lui aurait remises en main-propre quelques semaines avant sa mort, dont celle, qui lui était destinée, lui demandant de s’occuper de la famille après sa mort : mort qu’il pressentait ou seulement propos suicidaires ?

 

Dans la même optique, l’enquête diffusée en mai 2008 sur France Inter, a apporté les précisions de témoins qui n’avaient pas encore parlé : le responsable des pompiers de Nevers, un lieutenant-colonel, le docteur responsable du SAMU de la Nièvre, premiers sur les lieux, confirment le suicide, eux.

Sans apporter de précision sur la deuxième balle… enfin la première !

 

En mai 2008, un énième documentaire diffusé sur France 3, présente quand même certains éléments perturbants qui laissent persister le doute :

– Rétractation ou refus de parler de certains témoins,

– Déclarations invraisemblables du garde du corps et du chauffeur,

– Impossibilité d'accès aux scanners effectués à l'hôpital,

– Impossibilité d'accès aux résultats de l'autopsie,

– Police scientifique et technique écartée,

– Aveux de gendarmes reconnaissant que l'enquête était de pure forme,

– Cliché photographique semblant démentir la balistique officielle,

– Apparition en 2007 d'un témoin de la scène relatant la présence sur les lieux d’au moins deux personnes, manifestement militaires, bloquant l'accès à la zone au moment même des coups de feu, etc.…

 

Quand même curieux cette épidémie suicidaire qui s’abat sur ces gens qui ont fait de la résistance active, Grossouvre, Bérégovoy, dès qu’ils approchent « Dieu » en son palais se dit Paul !

Des hommes forts, intègres, aux longues carrières, qui ont essuyé des coups, mais qui meurent abruptement pour être écœurés par « les affaires », se préparant à révéler ou à lutter contre, les corruptions du moment.

 

« Soyons clairs ! » se précise pour lui-même Paul.

Est-ce l’époque des « grandes truanderies » au plus haut de l’État ?

 

C’est Taïwan, plus tard les sous-marins pakistanais, les ventes d’armes et de munitions dans les divers pays du Golfe.

Mais ce ne sont que des centaines de millions de francs ou d’euros, pas des milliards de dollars.

Avant, c’est de la gnognotte avec les affaires Urba et Cie, à peine de quoi se payer quelques campagnes électorales, quelques millions de francs.

Les caisses noires s’emplissent et se dissolvent au rythme des « bons coups », des restitutions d’otages, au Liban, au Tchad peut-être, des affaires Gordji, Eurodif, des mirages de Bagdad.

Et puis là, au début des années 90 ce serait le détournement de deux dizaines de milliards de dollars.

Comment ? Par qui ? Pourquoi ? Pour qui ?

 

Paul en apprend nettement plus le lendemain matin, dans le cabinet parisien de l’avocat de Ferrayé.

Est présent un dénommé Bossana, qui se présente comme un ex-expert-comptable.

L’entretien est amical, presque désinvolte et reste sur le mode « confidentiel ».

De Bréveuil se présente et explique qu’il est à la recherche des « milliards volés », mais pas pour rendre justice au client de Lardco : ils ne lui sont pas dus.

 

Éclats de rire de l’avocat. « Mon client a été victime d’une escroquerie et je compte bien qu’il soit dédommagé, volé par des aigrefins de passage au plus haut niveau de l’État ! Jusque-là, on le lui refuse et je suis moi-même menacé sur ma vie si je vais plus loin.

Votre « entrée » dans le circuit est nouveau et je ne sais pas encore si vous êtes cette « menace »… ».

 

Paul le rassure partiellement : « Je ne suis pas missionné pour rendre justice, même et surtout de façon expéditive. Je dois juste identifier, non pas les aigrefins, mais les détenteurs de ces sommes. Après, notamment l’usage de ces sommes, ce n’est plus mon travail. »

 

Les détenteurs ?

Mais ils sont connus des deux types, sûrs de leur fait.

« Ah ? »

« Pour nous c’est clair comme de l’eau de roche. Nous vous avons préparé un dossier avec tous les mouvements de fonds, les comptes et les noms. Je vous le remets : tout y est ! » fait l’avocat en poussant dans la direction de Paul un épais dossier, le seul et unique trônant sur le table.

« Bien sûr, il faut savoir lire. Il n’y a là que les intermédiaires, les commissionnaires. Les ramasse-merdes. Ils en ont gardé partie pour eux-mêmes au titre de leurs honoraires et commissions. L’essentiel est ailleurs. Et pour ça il vous faudra remonter par les fichiers « Clearstream » pour en savoir plus ! »

 

Les fichiers « Clearstream », les vrais, Paul les a. Non seulement Emily les lui avait procurés, manifestement venant depuis les bureaux de la CIA, mais toutes les affaires pendantes autour des frégates de Taïwan, les avatars et procès entre « balamouriens et rackchiquiens », les « secrètes » et celles qui étaient étalées dans les prétoires et sur la voie publique, au vu et au su de l’opinion publique qui s’en fout pas mal depuis tout ce temps, depuis plus d’une décennie, tournent manifestement et justement autour de ça.

 

Et Maître Lardco et son acolyte ex-expert-comptable, de raconter le détail de ce qu’ils savaient de comment les choses s’étaient passées.

L’invention, la démarche incongrue et néophyte de l’inventeur. Le pillage de son brevet par le ministre de l’industrie et des finances de l’époque, celui qui fait banquier mondial à Washington, les commissions et rétrocessions. Pas loin de 24 milliards de dollars qui s’évaporent dans la nature.

« J’estime à 20 milliards de dollars le montant détourné, disparu, volé. Au détriment et tout d’abord du Koweït.

Vous verrez, ils n’ont reçu, le 15 novembre 1996, du fait du Conseil d’Administration de la Commission d’indemnisation des Nations Unies dans le cadre du programme humanitaire « Pétrole contre nourriture », qu’une indemnité de 950.715.662 dollars, pour être précis et pour les frais afférents à la maîtrise des éruptions de puits.

Leur coût réel facturé par Red Adair. Vous pouvez vérifier.

Or, les opérations autour du brevet ont généré 23 milliards et 5 millions de dollars de mouvement.

Enlevez 10 % de commissions, frais et honoraires, il en reste 20 milliards. Le compte est bon ! »

Énorme, non ?

 

« Ce n’est pas tout. Le Ministre du Pétrole koweïtien fait le déplacement jusqu’à Matignon pour rencontrer le Premier ministre de l’époque, un 13 septembre 2000 si mes souvenirs sont exacts : Vous vérifierez dans les coupures de presse de l’époque, ou sur Internet.

Pour lui réclamer au nom de son pays une indemnisation de 22 milliards de dollars pour le coût supplémentaire engendré par l’utilisation de la méthode de mon client. »

 

L’ex-expert-comptable rajoute aussitôt : « Cette somme correspond très exactement au devis envoyé en juin 1991 par mes soins au Directeur de la National Bank of Kuwait. Soit un peu plus de 19,4 millions par puits ou environ la moitié de la première estimation des opérations de soufflage/forage de puits en feu par la méthode de « Red Adair ».

Le bonhomme gère encore actuellement un fonds d’investissement (TMW Asia Fund) de justement 22 milliards de dollars.

Et, comme par hasard, le 27 septembre 2000, lors de sa 37ème session le Conseil d’Administration de la Commission d’indemnisation des Nations Unies, sur proposition de la France, 15,9 milliards de dollars ont été consentis à une compagnie pétrolière koweïtienne (K.O.C). »

Ca veut dire quoi au juste ?

 

Je te prends 23,005 milliards d’un côté, je te paye l’extinction des feux de puits pour un peu moins d’1 milliard, et je te restitue via l’accord « pétrole contre nourriture » 16 milliards payés par Bagdad.

 

« Il en manque, non ? » D’autant qu’on en retrouve bien 22 à l’arrivée (23 moins le coût des équipes de Red Adair) dans le TMW Asia Fund… « Qui qu’a payé les 6 milliards, dont vous me dites qu’il faut compter 2 milliards de commissions et d’intermédiaires ? »

Ça, ils ne savent pas.

Mais en fait, ils récriminent Paul !

 

« Ce n’est pas tout à fait ça. Vous faites entrer dans une boîte noire 23 milliards… Vous payez 1 à Red Adair, vous payez 2 à vos intermédiaires. Et quand le Koweït réclame ses 23 milliards, les 1 de Red Adair sont payés par l’ONU, 16 également, le tout par la population irakienne, et 5 viennent d’ailleurs, de fonds secrets. Pas très important, puisqu’il vous en reste 15 en caisse noire ! »

 

Et perfide, l’avocat de rajouter : « Mais je ne suis même pas sûr que ce ne soit pas un tiers qui n’ait pas mis la main à la poche pour combler les trous. À mon avis, il se peut que les 5 + 16 aient été avancé par les caisses noires des USA pour calmer son allié koweïti. »

 

Ce qui expliquerait le déluge d’informations venant d’Emily : ils veulent récupérer leur argent, pense Paul. Et mettent la pression sur le gouvernement français.

 

« Où est tout cet argent ? »

« Cher ami. Si le gouvernement français vous charge de le retrouver en son nom, c’est qu’il ne l’a pas et ne l’a jamais eu. Donc, c’est quelqu’un d’autre, qui avait forcément pouvoir sur tous les autres. Je suppose que vous avez moyens de le vérifier. Si tel est le cas, qui reste probable, il vous faut aller voir du côté de deux supports juridiques de l’ancien chef d’État… Sa fondation et, ou, son trust anglais.

Le premier est une vitrine officielle dédiée à « sa mémoire », ici en France. Le second s’appelle « Solutré-Jarnac Trust » et a son siège à Londres. »

  « SJ », une nouvelle fois, « Sierra-Juliet », le verlan de « Juliet-Sierra », « SJ – Trust », mention déjà vu dans les listings d’Emily et de la conseillère de la Cour des comptes…

Solutré et sa roche. Solutré et son « pèlerinage ».

Jarnac, nom d’une petite ville dans le cimetière duquel repose la dépouille d’un Président de la République dans le caveau familial ?

Ou le « coup de Jarnac »…

Tout désigne donc bien, le même homme.

 

Mais pourquoi aurait-il fait une pareille horreur ?

 

Ce n’est évidement pas possible, quelqu’un s’est servi de lui, de son autorité, de son aura. Lui n’aurait jamais commis une pareille arnaque.

 

« Arsouille » peut-être, pour reprendre le mot d’un de ses prédécesseurs et réentendu à Malaga dans la bouche du « capitaine Haddock », à la plus haute magistrature du pays, ses proches et amis peut-être, ce qui expliquerait les « suicides » dans son entourage, mais pas lui !

 

Proprement impossible, pense Paul, bien évidement…

 

 

 

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http://infreequentable.over-blog.com/article-operation-juliette-siera-xxiii-53520860.html


Opération « Juliette-Siéra » (XXII)

 

Pour les vacances d’été, je vous propose une reprise des aventures du Capitaine de corvette Paul de Bréveuil.

Elles forment un polar estival, intitulé « Opération Juliette-Siéra », mis en ligne durant tout le mois d’août sur le blog de « l’Ignoble Infreequentable » :

http://infreequentable.over-blog.com/

Bonne lecture.

Jean-Charles Duboc

………….

 

Vingt-deuxième chapitre : De fox au sémaphore

 

Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

À Paris, la note blanche matinale fait son effet. C’est journée « comité restreint » de défense à l’Élysée. Le Président ne manque évidemment pas de demander de « préciser » cette affaire, ni à son chef d’état-major, ni au ministre de la défense.

Réponse embarrassée du ministre : « Tu sais bien, c’est l’équipe qui s’est mise au boulot sur ta mission des recherches de fonds détournés demandé par les américains ! »

« Ah, c’est Charlotte ? » Comme si il ne savait pas déjà !...

« Oui, ça je sais ! Mais que viennent faire les coréens dans ce cirque ? Et que fait ton agent avec un prisonnier qui est sûrement un diplomate ? Et où est-il au juste ? Il en fait quoi ? »

Gêné, le ministre lui répond qu’il n’en sait trop rien.

« Il est dans son cantonnement du Var et je suppose qu’il doit l’interroger pour pouvoir répondre à toutes vos questions ! » propose le Chef d’état-major qui se tient à côté de son patron politique.

« Un diplomate entre les mains d’un militaire ! Je te jure, on va droit au conflit armé avec les coréens du nord ! J’espère qu’il le remettra à notre disposition avant ce soir et en bon état, sans ça je ne raconte pas tes oreilles ! », fait-il au ministre.

Le ministre n’a pas le temps d’évaluer la menace que déjà son collègue des affaires étrangères s’avance vers lui à pas rapides.

« Dis donc, man, tu te débrouilles pour ne pas biseauter les cartes avec cette affaire de diplomate coréen enlevé hier à Paris par tes militaires, apparemment : c’est l’affaire des ricains, la Corée, pas la nôtre ! Faudrait peut-être à voir à tenir tes troupes, camarade ou ça va chauffer ! »

L’algarade s’arrête là : Le président, sur un ton impérieux comme à son habitude, fait commencer la réunion ! Il a un emploi du temps surchargé en ce moment.

Comme d’habitude, pense le ministre de la défense.

 

Mais de retour au ministère, il fait convoquer d’urgence le lieutenant-colonel Solre et le général Wimereux pour le début d’après-midi.

Comme quoi, c’est encore sur lui que retombe les emmerdements pour quelque chose dont il ne sait absolument rien, comme il le redoutait.

Celui-ci l’apprenant, téléphone au Capitaine de corvette Gijou pour avoir des nouvelles fraîches de cette histoire abracadabrante.

« Monsieur le ministre, avec tous mes respects, le capitaine de corvette de Bréveuil ne ressort pas de ma compétence. Nous n’avons reçu d’ordre de l’amirauté que de protéger le capitaine… » Et de lui raconter par le menu les événements de l’après-midi d’hier.

« Pour le reste, nous n’avons pas compétence : il faut voir avec la hiérarchie de l’amirauté ! »

 « Vous lui avez pourtant bien confié une mission, général ? » dit le ministre en s’adressant à l’autre interlocuteur. L’autre acquiesce, mais les ordres viennent directement de l’état-major élyséen.

Là, c’en est à la fois trop et pas assez pour le ministre.

« Écoutez messieurs, premièrement, vos équipes ont échoué à protéger l’agent « Charlotte ». D’après ce que vous me racontez, je pensais, colonel, que vous étiez missionné pour ça et que vous aviez demandé les moyens optimum pour remplir votre mission.

Deuxièmement, elle agit en solo, général, et manifestement hors hiérarchie de l’amirauté. Je croyais vous avoir déjà dit que ce n’est pas normal. C’est juste un agent détaché. Il ne devrait répondre qu’à moi, et moi je n’ai de nouvelles que par vous, c’est-à-dire rien.

Alors troisièmement, vous vous débrouillez pour lui faire savoir qu’il faut qu’elle remette en liberté le diplomate coréen qu’elle a enlevé au plus vite et qu’elle fasse son rapport ici même demain matin.

C’est entendu ? »

« À vos ordres, Monsieur le ministre ! » Et les trois hommes se séparent sans un mot.

Le général Wimereux note tout juste que le ministre semble essayer de tirer la couverture à lui, même si elle est bien trop grande pour lui. Il lui en faudra rapporter à son supérieur au ministère qui rapportera à son collègue de l’Élysée…

 

Solre, de son côté, réussit effectivement à passer la consigne au capitaine Gijou, en plus d’un savon à la hauteur de l’humiliation qu’il a dû subir silencieusement dans le cabinet du ministre, sans pouvoir ni se défendre ni en savoir plus sur la mission de « Charlotte », un comble pour un des patrons des services de renseignements intérieurs unifiés du pays !

Une injure, même !

Il y a un secret particulièrement bien protégé qui circule autour du haut de l’État. Invraisemblable d’avoir des chefs politiques aussi suspicieux !

Honteux, même !

Le Capitaine Gijou reste calme pendant l’orage téléphonique : elle sera sur place vers midi et fera son rapport si tôt après avoir transmis les ordres du ministre.

Un bon agent.

 

Évidemment, « Canal habituel » transmet très rapidement à Langley l’information des nouveaux ordres reçus par la DCRI.

Charles Almont, dès qu’il apprend les nouvelles informations, comprend aussitôt qu’il faut fournir une échappatoire à « Charlotte ».

Saborder une mission en plein milieu d’opération, pour cause de grain de sable, ce n’est vraiment son ambition.

Et il faut que ni la « Maison-Blanche » ni le Pentagone n’ait vent de cette affaire.

Miho Mihado est en tout cas fichée à l’agence.

Agent double.

Née en février 1980, études d’informatique moyenne à l’université de Pyongyang, un seul séjour de 4 semaines en Californie en stage chez Sun, affectée aux services de transmission de l’armée nord-coréenne, mariée soi-disant de force à un sous-officier en 2001, passée en Corée du sud par la mer fin 2002, dans une équipée où elle a été la seule survivante.

Elle avait été débriefée par l’antenne locale de l’agence après celle des services sud-coréens en janvier 2003.

Rapport mitigé : le détecteur de mensonge s’est un peu trop affolé ! Elle a été affectée aux écoutes chez les sudistes. Victime de deux attentats sur le sol coréen quand même dans le courant de 2003, elle a été ensuite consignée sur la base d’Osan.

Volontaire pour une mission avec Paul De Bréveuil en octobre 2003, elle est blessée à son retour par son officier traitant, l’agent-double, venue l’arrêter.

Soupçonnée d’avoir tenté de faire capoter la mission, elle est relaxée mi-2005 par le tribunal militaire après que son officier traitant ait été reconnu coupable d’avoir dissimulé une balise automatique à retardement dans son équipement de vol.

Celui-là est encore en prison à purger une peine de 30 ans pour haute trahison et fait actuellement l’objet de tractations pour un échange de prisonniers avec Pyongyang.

2006, réaffectée aux écoutes.

2007, obtient le grade de sergent-major[1] chez les coréens de Séoul.

Démissionne en 2008, part au Japon à la recherche de sa famille et obtient un poste de pigiste dans un quotidien du pays pour les affaires coréennes. Quelques déplacements pour son journal à l’étranger et en Europe.

Jusqu’à ce qu’on la retrouve dans le dos de « Charlotte » fin 2009 !

 

Bien étrange parcours d’un agent-double manifestement tourné et retourné par son pays d’origine. Pas fiable, et à y regarder de près, il faudra aussi faire le détail sur ses déplacements depuis 2008, à recoller avec quelques affaires en archive : on ne sait jamais.

En attendant si « Charlotte » la détient, il faut savoir où et l’inviter à l’exfiltrer rapidement jusque sur une base de l’Otan, en Allemagne par exemple : il ne va pas pouvoir garder une bombe pareille très longtemps, pense Monsieur Charles pour lui-même.

Trop dangereuse.

À moins de l’éliminer tout de suite.

Il pèse le pour et le contre.

Emily ne sera pas capable de « l’effacer » proprement, ni aucune personne de son équipe. Il faudrait envoyer un agent depuis Londres, elle n’aura qu’à assurer l’intendance.

Non, pas facile pour une « amatrice du NSA ».

Et puis ce serait prendre le risque que son agence à elle s’inquiète du changement de cap de la mission d’accompagnement de jusqu’alors : un coup à ce que ça remonte via le Pentagone jusqu’à la Maison-Blanche.

Il vaut nettement mieux qu’Emily transmette les informations sur Mihado à « Charlotte » et lui propose l’exfiltration en Allemagne.

Lui au moins, on peut compter sur lui, pas comme tous ces ringards de français !

« Ah ! Si Rackchi avait bien voulu jouer le jeu au lieu d’en passer par son cornac de Pindevil : on n’en serait pas là », pense tout haut Charles Almont avant de donner ses ordres qui sont doubles : Plan 1, l’exfiltration, plan 2, Londres : Abattre la prisonnière de « Charlotte » le plus vite possible avant que les français ne la renvoie en Corée par la valise diplomatique.

Une question de jour, voire d’heures.

 

Pendant ce temps-là, Paul se repose : deux attentats, un kidnapping, c’est beaucoup.

Une affaire à régler, une prisonnière à gérer, c’est trop.

Il faut qu’elle parle au plus vite de façon à « déléguer le problème » rapidement.

Sûr qu’en plus, on va lui mettre la pression pour ça.

Mais revenir demain au sémaphore comme il en avait l’intention, ce n’est pas suffisant pour la faire craquer, il faut trouver une autre astuce.

Et la faire craquer sur quoi ? Quelle information manque pour expliquer que les nord-coréens se mêlent dans la danse de ces affaires de milliards disparus ?

Car il y a forcément un rapport…

Avant d’aller se coucher, il reprend son ordinateur nomade et poursuis ces lectures et recherches sur Internet.

Les morts suspectes des années 80/90 ?

Ça veut dire quoi ?

 

Il y a eu les morts dans « Clearstream » et les frégates, l’attentat de Karachi contre les ingénieurs de la DCN travaillant sur les sous-marins pakistanais.

On lui a cité le nom de Lagardère-père, mais c’est une affaire liée, éventuellement à la mafia russe ou à la furtivité des frégates et qui a dégénérée avec « Clearstream 2 » jusque devant le tribunal correctionnel.

Pas de trace de rien pour les ventes de Mirage 2000, ni le marché des missiles qui vont avec.

Dans l’entourage du Président de l’union de la gauche de l’époque ? Il y a au moins deux noms : Grossouvre et Bérégovoy. 

Grossouvre est mort en avril 1994 dans le palais de l’Élysée.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il est affecté comme médecin auxiliaire à un régiment de tirailleurs marocains, et rejoint ensuite une équipe d'éclaireurs skieurs dans le Vercors (où sa mère a une maison).

Il y rencontrera Bousquet, et créera avec lui l'un des premiers réseaux de l'Organisation de résistance de l'armée (ORA), puis revient à Lyon où il obtient son diplôme de docteur en médecine en 1942, et devient médecin du 11èmecuirassiers. Il rejoint quelques temps le Service d'ordre légionnaire (SOL), mais en 1943 il part pour le maquis de la Chartreuse (près de Grenoble) et participe aux combats du Vercors.

Après la guerre, sous le nom de code de « Monsieur Leduc », il devient le chef du réseau « stay-behind Arc-en-ciel », installé par l'OTAN en France, dans le cadre de l'opération « Gladio ».

Fondateur de la Générale Sucrière, la boutique de sa belle-famille, il installe la première usine Coca-Cola en France. Parallèlement conseiller du commerce extérieur de la France (1952-67) et vice-président de la Chambre de commerce franco-sarroise (1955-62), dès 1953, il investit dans la création du magazine « L'Express » où il noue, à cette occasion, une amitié avec Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber. C’est un industriel qui reprend une entreprise de soierie. Dans les années 70, il devient actionnaire majoritaire des quotidiens « Le Journal du Centre » et « La Montagne », deux quotidiens régionaux du nord du Massif central.

Avant-guerre, il est proche des milieux de l'Action française tout en se liant d’amitié avec le futur président de l’union de la gauche en 65, aux côtés de Charles Cornu (l’homme de « l’œuvre du diable » de l’affaire du « Rainbow-Warrior »). En 1974, il devient le parrain de Marazine Pageot, la fille qu'Anne-Laure Pageot donne à l’adversaire de Cisgard, et veille sur les secrets de famille, dont aucun ne sera révélé de son vivant.

Nommé en juin 1981 chargé de mission auprès du Président de la République, qui lui confie les problèmes de sécurité et les « dossiers sensibles », notamment ceux liés au Liban, à la Syrie, à la Tunisie, au Maroc, au Gabon, aux pays du Golfe, au Pakistan et aux deux Corée, il est également président du « Comité des chasses présidentielles », fonction qu'il conservera jusqu'à son décès, et qu'il utilise pour des rencontres informelles avec des personnalités politiques nationales ou étrangères.

En juillet 1985, il quitte ses fonctions de chargé de mission et embarque pour le rôle conseiller international des avions Marcel Dassault (1985-86), au moment de l’opération « Bravo » qui fournira frégates, missiles et avions à Taïwan.